LUSAKA, 18 déc (IPS) – Six personnes sont mortes de choléra et 165 autres seraient dans un état grave alors que la maladie rode à travers la capitale de la Zambie, Lusaka.
Il semble que les autorités locales aient été prises au dépourvu par l'épidémie. Elles se sont lancées maintenant dans une tentative effrénée pour contenir la maladie, qui se transmet par l'eau et la nourriture contaminées. Le choléra survient généralement en Zambie pendant la saison pluvieuse du pays.
Le conseil municipal de Lusaka est à la recherche de camionnettes supplémentaires pour ramasser les ordures. Il lance également des appels urgents aux gens dans le public pour l'aider à dégager les égouts et à enterrer les ordures dans des parties de Lusaka, à forte densité, où le choléra a frappé.
Le maire de Lusaka, John Kabungoa, a déclaré à IPS que le conseil n'avait que deux camionnettes à sa disposition, et ne pouvait pas collecter régulièrement les ordures dans une ville de 1,5 million d'habitants : "Il faut que le secteur privé s'implique et nous aide à y mettre de l'ordre.
Nous avons besoin d'au moins cinq à six autres camionnettes".
Le public a répondu en accusant le conseil de manque de prévoyance.
Selon le directeur des services techniques à la Commission centrale de la santé, Victor Mukonka, les épidémies de choléra ne viennent jamais comme une surprise. Au contraire, elles sont tout à fait prévisibles.
"Le choléra arrive par vagues, tous les deux ou trois ans, donc ce n'est pas que si le conseil ne savait pas qu'une épidémie était imminente", a déclaré Mukonka. "Il aurait dû commencer une campagne d'avertissement et de sensibilisation du public très tôt. Il n'était pas dynamique et maintenant, nous avons cette crise qui surgit", ajoute-t-il.
Davis Banda, qui prend soin d'un malade du choléra, est de cet avis : "Il n'y a aucune excuse. Nous savons que les pluies apportent le choléra, et cette fois-ci, même les pluies étaient de notre côté – elles ont commencé tardivement. C'était comme si les pluies attendaient que nous agissions ensemble, mais malgré cela, nous avions encore été pris au dépourvu".
Le chargé des relations publiques du conseil, Peter Kashiwa, refuse d'accepter toute la responsabilité de la crise. "Les gens devraient arrêter de blâmer le conseil pour son incapacité à enlever les ordures et apprendre à garder leur environnement propre", affirme-t-il.
"Oui, nous savons tous que les pluies arriveraient et que la menace de choléra est présente. Mais le conseil ne peut pas faire grand-chose avec ses maigres ressources. Les gens devraient-ils attendre le conseil pour leur dire de garder leur environnement propre?", demande-t-il.
Kashiwa dit qu'une autre raison pour laquelle le choléra s'est déclenché dans les zones à forte densité est que certaines d'entre elles n'ont pas été désignées comme des zones résidentielles par les autorités locales, et ne sont pas, par conséquent, pourvus de systèmes de drainage appropriés et d'eau potable.
Mais le député de l'une de ces zones, Henry Mtonga, dit que sa circonscription électorale – Kanyama- est reconnue par le conseil, mais n'est toujours pas couverte. Kanyama a été durement touchée par l'épidémie de choléra.
"Je suis en train de demander, sans succès, un autre trou de sonde pour compléter les deux que nous avons dans la zone. Maintenant, tout le système d'eau est contaminé. Les pluies ont causé des fuites des toilettes, des bâtiments d'ablutions et des déchets solides se déversent dans l'eau à boire", affirme Mtonga.
"Au lieu de chercher des excuses, le conseil devrait admettre qu'il n'a bien pris les choses en main, et mettre de l'ordre dans sa maison", ajoute-t-il.
Lorsqu'il a été interrogé sur ce point, Kashiwe a admis que le conseil n'a pas fait son travail à Kanyama. Mais il soutient que les habitants de Lusaka ne devraient pas attendre les autorités locales pour collecter les ordures lorsque les choses échappent à tout contrôle.
Le choléra a également affecté les commissariats et les prisons. Les autorités de deux prisons à Lusaka ont été obligées de mettre en quarantaine des détenus, de suspendre les visites et d'interrompre la fourniture de nourriture pour le moment.
Les mesures proviennent d'une peur légitime de la facilité avec laquelle le choléra pourrait se répandre dans les prisons surpeuplées. Une institution construite pour 260 détenus abrite actuellement 1.339 personnes.
"Nous avons quatre prisonniers souffrant de choléra. Nous avons dû les mettre en quarantaine parce que vous pouvez imaginer comment cela se répandra dans un endroit encombré", explique un surveillant de prison.
Toutefois, la plupart des prisonniers dépendent des aliments que leur apportent leurs parents, comme la ration de bouillie de la prison avec des haricots, servie une fois par jour, est insuffisante.
"Il sera difficile d'appliquer cette mesure et j'ai peur de ce qui vient", ajoute le surveillant.
La dernière fois que la Zambie avait eu une sérieuse épidémie de choléra, c'était en 1992, lorsque plus de 500 personnes sont mortes dans la Province centrale du Copperbelt (région du cuivre), et avaient été enterrées dans une fosse commune. L'année dernière, il y a eu six décès dans la zone éloignée de Sinazongwe, dans le sud du pays. Les experts de la santé reconnaissent qu'empêcher le choléra est une question assez simple qui consiste à observer les normes d'hygiène de base.
Toutefois, cela s'est révélé difficile en Zambie où 42 pour cent des 10,5 millions d'habitants n'ont pas accès à l'eau potable, et manquent d'installations sanitaires adéquates.
"Le point de départ devrait être de nettoyer la ville et d'avoir de l'eau et des installations sanitaires pour les populations afin de s'assurer que tout le monde a accès à l'eau potable et saine ainsi qu'à des systèmes d'égouts appropriés", indique Mukonka. "Cela signifie également sensibiliser les gens à la nécessité de garder leur environnement propre, avec l'élimination des ordures tout le temps".
Il a ajouté que le conseil devrait respecter, plus rigoureusement, la Loi sur la santé publique, pour débarrasser les rues des vendeurs.
Actuellement, ces vendeurs vendent tout, depuis la viande et le poisson frais jusqu'au fruit mûr – dont les restes jonchent les rues une fois qu'ils partent. La loi permet également le retrait des autorisations des restaurants et autres distributeurs de nourritures si ces lieux ne se conforment pas aux normes d'hygiène.
"Nous avons tant d'urgences épidémiques à traiter (que) le choléra ne devrait y figurer nulle part", a souligné Mukonka. "C'est une perte de temps inutile et de ressources parce qu'il est facilement évitable".

