POLITIQUE-KENYA: Le projet de constitution divise le pays

NAIROBI, 17 déc (IPS) – Conformément à la constitution actuelle, rédigée durant la période coloniale, le président jouit de pouvoirs considérables. Pour réduire ces pouvoirs qui ont été parfois utilisés avec abus, certains Kényans ont réclamé le processus de révision constitutionnelle en cours pour obtenir le poste de Premier ministre.

Mais, d'autres ne sont pas de cet avis.

"Ce sont des gens autour du président qui jouissent du pouvoir à cause de leurs relations étroites avec lui. Ils sont opposés au parachèvement du processus de révision de la constitution", déclare Njeru Gathangu, président de Citoyens pour la justice, un groupe influent basé à Nairobi qui fait pression pour l'adoption d'une nouvelle constitution.

"Il y a en outre ceux qui rivalisent pour le poste de Premier ministre.

Ils veulent, avec leurs partisans, que les discussions sur la constitution prennent fin et que le projet de document soit adopté", ajoute-t-il.

Le gouvernement a annoncé le 12 décembre qu'une nouvelle constitution serait introduite d'ici juin 2004. Initialement, la Commission kényane de révision constitutionnelle avait obtenu deux ans, depuis octobre 2000, pour rédiger une nouvelle constitution.

Les 629 délégués de la commission, qui discutent du projet de document à Nairobi, devaient se réunir le 17 novembre pour un round final d'entretiens sur la question. Toutefois, ces discussions ont été reportées à janvier 2004.

Cette décision a provoqué une tempête de protestations parmi les Kényans qui espéraient une nouvelle constitution avant la fin de 2003. Pendant les élections en décembre 2002, le gouvernement de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) du président Mwai Kibaki avait promis d'introduire une nouvelle constitution en l'intervalle de 100 jours après son avènement au pouvoir.

Les discussions ont été ajournées par le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, Kiraitu Murungi, qui a affirmé que l'énorme quantité de travail, à laquelle est confronté le parlement, allait entraver le processus de révision. Murungi serait opposé à la création d'un poste de Premier ministre.

Le ministre de la Justice et le ministre de la Sécurité nationale, Chris Murungaru, ont également réclamé la démission du président de la commission de révision, Yash Pal Ghai. Ceci parce que le mois dernier, il est allé contre une directive du gouvernement qui demandait de reporter les discussions à janvier 2004.

"Le refus du professeur Ghai de respecter la décision constitue un manque de respect et un mépris flagrants envers la direction de ce pays. S'il n'abandonne pas sa rébellion contre le gouvernement, le processus de révision de la constitution se poursuivra sans lui", a averti Murungi.

Le ministre de la Justice s'est vu attaquer, depuis, par certains de ses collègues du gouvernement qui affirment qu'il n'a pas le droit de demander la démission de Ghai. Ils ont demandé au président, qui aurait le soutien de la plupart des délégués de la commission, de ne pas quitter son poste.

Pour sa part, Ghai a rejeté les demandes de démission, qualifiant les remarques de Murungi de "preuve de son utilisation arrogante du pouvoir".

Des délégués de la commission ont également averti que toute tentative visant à faire remplacer le président sabordera le processus de révision, et conduira à des troubles sociaux.

Même avec l'assurance du président qui dit qu'une nouvelle constitution entrera en vigueur d'ici au milieu de 2004, certains Kényans sont sceptiques.

"On nous avait promis une nouvelle constitution (une) centaine de jours après l'entrée en fonction du gouvernement (en décembre 2002) – et jusqu'à maintenant il n'y a rien. (Il) n'y a … aucune garantie qu'au milieu de l'année prochaine, une nouvelle série de lois sera déposée devant le parlement", estime Reuben Eliuba, un habitant de Nairobi.

Des groupes religieux constituent l'une des exceptions à cette tendance.

Ils indiquent qu'ils feront confiance au gouvernement sur la question de la révision constitutionnelle.

"S'il s'est engagé à le faire en juin, alors nous pensons que c'est quelque chose de louable. Si c'est juste une autre déclaration politique, nous attendrons de voir", déclare Al-Haj Yussuf Murigu, président de la section kényane de la Conférence mondiale sur la religion et la paix.