POPULATION-AFRIQUE DU SUD: Les compétences et l'expérience des réfugiéssont gaspillées

PRETORIA, 16 déc (IPS) – L'Afrique du Sud semble recevoir la crème des réfugiés africains recherchant de nouveaux domiciles sûrs, en Afrique, mais leurs compétences et leur expérience sont gaspillées, indique une étude publiée le 11 décembre par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et l'Agence japonaise de coopération internationale.

Un tiers des 90.000 réfugiés et demandeurs d'asile en Afrique du Sud ont une quelconque forme d'instruction universitaire. Deux-tiers ont un diplôme secondaire ou l'équivalent et la même proportion avait des emplois qualifiés avant de venir en Afrique du Sud.

La situation a changé considérablement une fois qu'ils sont arrivés en Afrique du Sud.

Alors que trois pour cent des réfugiés étaient chômeurs dans les pays qu'ils ont fuis, un quart de ceux qui sont en Afrique du Sud sont sans emploi. Seule la moitié des demandeurs d'asile en Afrique du Sud ont les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école dans ce pays.

Les réfugiés ont autant de droit à l'éducation primaire et à l'assistance médicale que les Sud-Africains, mais beaucoup ne savent pas cela et ne résistent pas lorsqu'ils sont illégalement refoulés à cause du manque d'argent.

La première étude complète sur les réfugiés a duré deux ans et a été conduite sur un échantillon de 1.500 personnes à Johannesburg, au Cap, à Durban et à Pretoria. Les réfugiés sont venus de 12 pays : Angola, République démocratique du Congo, Somalie, Congo-Brazzaville, Burundi, Rwanda, Ethiopie, Ouganda, Sierra Leone, Soudan, Liberia et Cameroun. Des réfugiés d'autres pays, dont le Zimbabwe, ont été exclus à cause de leurs petits nombres, indique l'étude. "C'est la première fois que nous avons une vue d'ensemble schématique de la vie quotidienne des réfugiés en Afrique du Sud au moment où ils essaient d'exister dans un lieu en sécurité et dans la dignité après le traumatisme qu'ils ont subi parce qu'ils ont été contraints de quitter leurs pays d'origine", a déclaré Bemma Donkoh, représentant du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

"Avec cette information, nous pouvons déterminer où sont les besoins réels pour le gouvernement sud-africain et le HCR. L'une des choses que nous avons constatées est que l'Afrique du Sud n'utilise pas le potentiel que possèdent ces réfugiés. La plupart des réfugiés ont un bon niveau d'instruction et sont qualifiés. Ils peuvent et aimeraient contribuer au bien-être de l'Afrique du Sud si seulement on leur accordait la possibilité de le faire", a indiqué Donkoh.

L'étude note que 44 pour cent des réfugiés en Afrique du Sud survivent avec seulement un repas par jour, et que 21 pour cent disent que leurs familles et eux-mêmes se privent souvent de nourriture. Le revenu moyen par ménage pour les réfugiés en Afrique du Sud est de 650 rands (100 dollars) le mois et seulement trois pour cent n'avait pas du tout de revenu. Un cinquième des sondés affirme avoir payé pour les services d'immigration qui auraient dû être gratuits.

Dix-sept pour cent ont dit qu'on leur a refusé un traitement médical d'urgence.

Le représentant adjoint du HCR, Fedde Groot, a déclaré : "Il y a un besoin urgent de faire ce qui est approprié et de transformer les droits qui existent sur papier pour les réfugiés en avantages réels. Face au volume des besoins, le petit nombre d'ONG (organisations non gouvernementales) assistant les réfugiés ne sera toujours pas à la hauteur".

"Ces gens survivent malgré leurs problèmes qui rendent nombre de leurs existences misérables et indignes. Leur faculté de résistance et leur ingéniosité sont remarquables. Nous devons comprendre leurs mécanismes d'adaptation afin de pouvoir cibler efficacement le peu que nous avons à leur donner.

"Certaines de ces personnes survivent de façon très précaire. Le gouvernement sud-africain et nous-mêmes devons reconnaître leurs droits.

L'Afrique du Sud elle-même doit comprendre combien elle peut tirer profit des personnes talentueuses et pleines de ressources qui ont trouvé refuge dans notre pays", a souligné Groot.

Le directeur général des Affaires intérieures, Barry Gilder, a dit que son département était "sérieusement en manque de personnel, qu'il a une technologie sous-utilisée et connaît du retard dans le traitement des demandes d'asile et des statuts de réfugié.

"Néanmoins, nous mettons en place un certain nombre de mesures pour régler ce problème. Les documents des réfugiés, y compris les papiers d'identité, seront bientôt traités, exactement de la même manière qu'ils le sont pour d'autres Sud-Africains", a-t-il ajouté.

Sur le plan démographique, deux-tiers des étrangers se trouvant en Afrique du Sud étaient des demandeurs d'asile et le tiers restant était des réfugiés. L'âge moyen des réfugiés était de 31 ans et les trois-quarts étaient arrivés seuls en Afrique du Sud. Deux-tiers de ceux qui sont dans le pays maintenant sont arrivés après 1999.

Trois-quarts des sondés ont dit qu'ils ne pouvaient pas trouver du travail parce qu'ils ont des cartes de séjour de courte durée. La moitié a indiqué que les employeurs étaient découragés par l'absence de tout papier sur eux et ceux de l'autre tiers étaient convaincus qu'ils avaient été exclus du marché de l'emploi parce qu'ils n'étaient pas Sud-Africains. Un quart de ceux qui arrivent maintenant dépendaient de l'aide alimentaire initiale.

Elle vient principalement des mosquées et des églises (41 pour cent) et d'autres ONG (39 pour cent).

Sur les réfugiés qui ont fait des demandes de papiers avant le vote de la Loi sur les réfugiés en avril 2000, 27 pour cent attendaient toujours.

Actuellement, moins de 71 pour cent de demandeurs, depuis avril 2000, étaient toujours sans papiers.

Lorsqu'on leur a demandé de donner un ordre de priorité à leurs besoins, les sondés, qui étaient autorisés à choisir trois choses, ont pris l'emploi en premier (56 pour cent), suivi par les papiers (53 pour cent), l'éducation pour eux-mêmes (48 pour cent), l'hébergement ou l'asile (42 pour cent) et la nourriture (18 pour cent).