ENVIRONNEMENT-BURUNDI: La guerre civile a détruit le parc national de la Kibira

BUJUMBURA, 11 déc (IPS) – La guerre civile au Burundi, longue de dix ans entre l'armée et les divers mouvements armés, a contribué à détruire le parc national de la Kibira. Des rebelles ont encore leurs quartiers généraux dans des forêts qui se sont constituées depuis des siècles au Burundi.

Toutefois, les combattants ne sont pas les seuls à être responsables de la destruction de la Kibira. La population riveraine ainsi que l'administration militaire et civile figurent également parmi les grands destructeurs de cet environnement naturel. Selon les dernières statistiques disponibles à l'Institut national pour la conservation de la nature (INCEN) du Burundi, au moins 10.000 hectares ont été défrichés pour des fins agricoles. Le sciage illicite du bois de valeur a atteint son plus haut niveau. La carbonisation et la coupe anarchique du bois ainsi que les feux de brousse ont transformé en fumée une bonne partie du seul grand parc national du Burundi qu'est la Kibira. Le parc couvre au moins 40.000 hectares.

Le parc national de la Kibira, qui est une forêt de montagne, offre un micro-climat favorable à la culture du thé, une des cultures industrielles que le Burundi exporte et dont la qualité est compétitive sur le marché international. Malheureusement, à cause de l'insécurité liée à la guerre, la production du thé a fortement régressé.

En outre, cette forêt de montagne protège toujours les eaux du lac Tanganyika contre des risques d'envasement qui réduiraient considérablement la production de poisson, le premier aliment de tous les riverains du lac et de ses environs. Le lac Tanganyika est le deuxième au monde en profondeur (1.435 mètres), après le lac Baïkal (1.620 mètres), en Sibérie (Russie).

Autre intérêt non négligeable de la forêt de la Kibira : c'est le barrage hydroélectrique de Rwegura qui alimente en électricité une bonne partie de la ville de Bujumbura, la capitale burundaise, grâce aux différents cours d'eau qui prennent source dans la Kibira où il pleut pratiquement tous les jours.

Dans cette forêt, vivent au moins 98 espèces de mammifères, 200 espèces d'oiseaux et une multitude d'espèces végétales. "Les animaux de la forêt de la Kibira ont complètement disparu, même les singes n'existent plus", explique Cyriaque Nzojibwami, expert burundais de l'environnement.

Pour Jérôme Karimumuryango, directeur général de l'INCEN, cela a été possible car "la population riveraine et l'administration locale n'étaient plus disponibles pour appuyer l'INCEN dans la sauvegarde de la Kibira". Tout le long de la Kibira, se trouvent des milliers de kilomètres carrés défrichés par des populations riveraines. Selon un paysan trouvé sur la lisière du parc, les terres sont tellement fertiles qu'un seul lopin suffit pour assurer la production de l'année.

Des rebelles des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) de Pierre Nkurunziza, dont la présence dans le parc date de 1995, affirment que les parties sous leur contrôle sont encore intactes. Un colonel rebelle déclare, sous couvert de l'anonymat : "A part les parties de la lisière du parc, nous n'avons jamais permis l'accès des populations dans le cour de la forêt. Là où nous sommes, tout est complet, car nous ne pouvions pas détruire nos caches, sinon, il serait facile à l'aviation de l'ennemi (l'armée burundaise) de nous bombarder". Nzojibwami, expert et chef du projet Parc pour la paix, ne nie pas ces propos de la rébellion : "Ces rebelles vivent dans des zones inaccessibles, nous n'arrivons que sur des lisières. Des dégâts occasionnés par leur présence dans le parc pendant huit ans, on le saura quand ils quitteront leurs différentes positions, et c'est pour bientôt", explique-t-il sur une note d'espoir.

Certains éléments de l'armée burundaise, qui occupent plusieurs positions dans et autour de la Kibira, ont, eux-aussi, une part de responsabilité dans l'exploitation abusive du parc national.

Des arbres ont été coupés. Cependant, personne ne peut oser pointer du doigt ces officiers qui font du business avec le bois rouge appelé 'bois du Zaïre'. Même le gouverneur de la province de Muramvya, Sylvain Nzigamye, s'est contenté de répondre simplement : "Pour moi, je considère toute personne qui détruit la Kibira comme un destructeur. Que veux-tu que je te dise?", a-t-il demandé. Le porte-parole de l'armée burundaise, le colonel Augustin Nzabampema, a avancé des raisons pour justifier les étendues de terre brûlées le long des routes qui traversent ou longent le parc. "Nous avons été obligés de brûler tout ce qui est de part et d'autre de la route sur une distance d'au moins 200 mètres pour des raisons de sécurité", a-t-il dit. L'ancien ministre de l'Environnement, Gaétan Nikobamye, avait officiellement donné à un homme d'affaires du nom de Nzorigenda, 48 hectares du parc national. Interrogé à ce sujet, le gouverneur de la province a affirmé que "la mesure du ministre a été suspendue et notre position a été appuyée par le parlement".

"Comment expliquer qu'un ministre de l'environnement donne des terrains dans le parc", s'exclame Léonidas Nzigiyimpa, chef du parc national de la kibira, qui ajoute : "La plupart de nos dirigeants se souviennent de l'environnement quand ils vont en mission". Interrogé par IPS sur les mesures à envisager pour sauvegarder ce patrimoine naturel, le gouverneur de la province de Muramvya a déclaré : "Nous avons expliqué aux populations riveraines que désormais, les choses ont changé. Personne n'est plus autorisé à cultiver à la lisière de la forêt". En plus des efforts de l'administration qui seront difficiles à faire respecter, d'autres mesures devraient suivre. Certains environnementalistes estiment qu'il faut convaincre la population riveraine de conserver jalousement ce patrimoine national et régional, et avertir rapidement l'administration chaque fois que ce bien est menacé.