JOHANNESBURG, 10 déc (IPS) – Depuis leurs débuts modestes où ils ont attiré quelque 135 concurrents, cette année, 308 artistes ont participé à la 8ème édition des Koras 'All-Africa Music Awards' organisés chaque année en Afrique du Sud. L'événement, qui s'est déroulé au Centre de convention Sandton à Johannesburg le 6 décembre, a pris, au cours des années, de l'ampleur et est devenu la plus importante plate-forme, pour des artistes africains, d'étaler leur talent.
La cérémonie est retransmise en direct par la télévision dans le monde entier.
Les prix, qui ont reçu le nom d'une harpe de l'Afrique de l'ouest, sont l'idée personnelle de Ernest Coovi Adjovi, un Béninois qui vit maintenant en Afrique du Sud. Le prix est l'équivalent des Grammies aux Etats-Unis et des Brits en Grande-Bretagne.
Des stations de radios et de télévisions nationales ainsi que des sociétés d'enregistrement sont invitées à soumettre des CD et vidéos de leurs artistes pour leur permettre de participer et d'avoir une chance de se qualifier. Les clips passent par différentes étapes d'élimination jusqu'au moment où ils sont réduits à quatre ou cinq concurrents dans chaque catégorie.
Cette année, il y avait 27 catégories, une augmentation par rapport aux 13 de la 2ème édition de la cérémonie des Koras. Pour se qualifier, la musique (vidéo-clip) doit être sortie durant une période spécifiée avant les finales.
En raison de la nature sous-développée de l'industrie de la musique dans la plupart des pays africains, il y a des pays qui ont dominé les Koras au cours des années, alors que certains attendent toujours de faire leurs premières entrées. Adjovi estime que son organisation peut faire peu de choses pour remédier à ce décalage. "Nous pouvons seulement encourager les pays à présenter des concurrents, mais nous ne pouvons pas amener les artistes ici, autrement, nous compromettrons notre impartialité", a-t-il déclaré.
Adjovi a fait l'objet de certaines critiques pour avoir maintenu les Koras en Afrique du Sud. Mais il souligne que même s'il aurait aimé organiser l'événement ailleurs, l'Afrique du sud est le seul pays africain ayant l'infrastructure technique et l'expérience pour organiser un événement de l'ampleur des Koras. "Déplacer les Koras nécessiterait beaucoup de frais, mais nous serons très heureux d'organiser l'événement ailleurs si l'argent est disponible", a-t-il affirmé.
Cette année, Adjovi était pratiquement forcé à déplacer l'événement hors de l'Afrique du Sud lorsqu'un sponsor a manqué à son engagement. "Nous avons tenté d'organiser la manifestation au Nigeria pour qu'elle coïncide avec la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement du Commonwealth, mais nous n'avons pas pu trouver un emplacement", a-t-il indiqué, se référant à la réunion qui a pris fin le 8 décembre.
Les Nigérians ont suggéré qu'elle soit organisée à une date ultérieure, mais l'un des partenaires n'était pas consentant. Le résultat d'un budget plus réduit était une cérémonie moins riche, qui toutefois, s'est montrée à la hauteur des normes élevées qu'on était en droit d'attendre de la cérémonie des Koras.
Il y a quelques années, Adjovi avait essayé de profiter de la présence des artistes en Afrique du Sud pour organiser un concert sur le VIH/SIDA le lendemain des Koras. Cela n'a pas marché puisque l'événement n'a pas reçu assez de soutien du public.
Certains artistes ont toutefois utilisé la plate-forme des Koras pour rappeler aux gens l'existence de la pandémie du VIH/SIDA.
Lorsqu'il est monté sur le podium pour prendre sa kora en miniature pour les Meilleurs artistes masculins de l'Afrique de l'ouest, Ghanian Kojo Antwi a dit qu'au moment où le monde commémorait la Journée mondiale du SIDA, le 1er décembre, chaque jour est une Journée du SIDA pour l'Afrique, le continent le plus durement touché par la pandémie. Il a demandé aux jeunes de s'abstenir des rapports sexuels et a encouragé l'usage du condom lorsque les gens veulent avoir ces rapports.
Les artistes voient également la cérémonie comme une occasion d'échanger avec des amis musiciens d'autres parties de l'Afrique. "C'est super bien de traîner et d'échanger avec d'autres musiciens, cela augmente certainement la possibilité de collaborations", a affirmé le Sud-Africain Jeff Maluleke qui a remporté la kora du Meilleur vidéo-clip africain.
Le Zimbabwéen Oliver Mtukudzi, un gagnant de l'année dernière dans la catégorie Meilleur arrangement, a progressé d'un pas cette année en décrochant le trophée du Meilleur artiste masculin d'Afrique australe et le Prix pour l'œuvre d'une vie. "C'est une grande plate-forme pour notre musique", s'est enthousiasmé Tuku, comme on l'appelle communément. "Cela expose notre musique à une audience plus large". Au nombre de précédents lauréats du Prix pour l'œuvre d'une vie, figurent l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, et feu la star nigériane de l'Afrobeat, Fela Kuti.
La tentative d'exposer la musique africaine à une audience plus large a conduit les organisateurs des Koras à créer des catégories pour les Africains de la diaspora. Cette année, il y a eu quatre catégories pour les Africains-Américains et une pour Europe/Caraïbes. Les artistes sud-africains, qui majoritairement disent que les musiciens africains ne prennent pas part aux trophées américains ou européens, ont critiqué l'arrangement.
Adjovi dit qu'il voit les Koras comme une tentative de rassembler les Noirs, qu'ils soient sur le continent africain ou ailleurs. "Nous espérons également présenter la musique africaine aux marchés lucratifs. Il y a beaucoup de piraterie en cours en Afrique et les musiciens perdent beaucoup d'argent. Ce ne sera pas le cas une fois que leur musique sera lancée et vendue aux Etats-Unis, par exemple".
En plus des 27 catégories dont les lauréats étaient retenus par un panel de juges, les téléspectateurs ont voté par téléphone, pendant la cérémonie, pour la Meilleur artiste africain et la Meilleure artiste africaine.
Cette année, les gagnants étaient George Okudi de l'Ouganda et Suzanna et du Cap Vert. Okudi, excité, a rendu hommage à l'Ouganda : "A ce pays qui s'est relevé de la ruine, du VIH/SIDA, de la dictature et de la pauvreté extrême, ma victoire est une indication du redressement de l'Ouganda".
Suzanna suit les traces de sa compatriote Cesaria Evora, la diva aux pieds nus, qui avait remporté plusieurs fois la kora. Contrairement à la très populaire Evora qui est maintenant dans sa 60ème année, Suzanna est l'un des musiciens à suivre de près puisqu'elle est encore dans 20ème année.

