OUAGADOUGOU, 12 déc (IPS) – Les pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) annoncent qu'ils maintiendront leur position lors de la réunion prochaine du Conseil général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue le 15 décembre à Genève.
Le conseil de l'OMC devrait permettre d'avancer sur les questions restées en suspens depuis le dernier sommet de Cancun, au Mexique, en septembre.
Cette rencontre doit, selon les responsables de l'OMC, aboutir à la conclusion du "Cycle de Doha" et à plus de libéralisation du commerce mondial. Les ministres du Commerce et de l'Agriculture de l'UEMOA, réunis à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, fin-septembre, pour arrêter une stratégie commune et harmoniser leurs vues avant la réunion de l'OMC, ont exigé que toute négociation sur l'agriculture aboutisse à l'établissement d'un système commercial équitable. Un tel système doit amener, selon eux, les pays riches à réduire leurs mesures internes en faveur de leurs producteurs et qui entraînent des distorsions sur le marché mondial.
Pour les pays membres de l'UEMOA dont plus de 10 millions d'habitants dépendent des revenus de la culture du coton, l'OMC doit, à cette occasion, traiter de façon spécifique ce produit "en dehors des négociations agricoles".
Les ministres exigent, avant toute concession sur une question quelconque lors des négociations futures de l'OMC, la prise de mesures transitoires en faveur des pays en développement africains producteurs de coton grâce à un mécanisme de compensation des pertes de revenus liées aux pratiques de subventions des pays développés.
Selon des estimations, les subventions accordées par les pays riches (Etats-Unis, Union européenne et Chine) font perdre annuellement plus de 250 millions de dollars aux pays d'Afrique de l'ouest et du centre, producteurs de coton. Ce chiffre doit être multiplié par quatre quand on prend en compte les pertes indirectes.
Pour le ministre du Commerce, de la Promotion de l'Entreprise et de l'Artisanat du Burkina Faso, Benoît Ouattara, le coton gardera sa spécificité lors de la prochaine rencontre de l'OMC. "La position de nos Etats, défendue au plus haut niveau, consiste à dire que le coton est un produit spécifique pour nos économies et comme tel, il doit être examiné comme une question spéciale", explique-t-il.
Selon Ouattara, il n'est pas question de laisser tomber le traitement spécial dont a bénéficié le coton à Cancun et le mettre au même niveau que les autres produits agricoles comme le sucre, le soja…
En avril dernier, quatre pays africains, le Burkina, Bénin, le Mali et le Tchad ont adressé une soumission à l'OMC pour exiger l'élimination des subventions que les pays riches accordent à leurs producteurs de coton ainsi que le payement des compensations pour les pertes subies en raison de ces subventions.
En juin, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, s'était rendu à Genève pour défendre en personne le dossier. Les quatre pays réclament une réduction graduelle de 33,3 pour cent – par an et sur trois ans, de 2004 à 2006 – du montant total des subventions accordées. Pour l'organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam, il est encourageant de voir que les pays membres de l'UEMOA réaffirment leur position et qu'ils continuent d'exiger que le coton soit traité à part tout en mettant en priorité la question des subventions.
Selon sally Baden, du bureau régional de l'ONG Oxfam à Dakar, la rencontre de Genève est importante pour les Africains qui pourront réaffirmer leur solidarité et constater si les Américains et les Européens sont prêts à prouver leur adhésion aux questions de développement au lieu des questions importantes uniquement pour le Nord.
"On ne pourra avancer que si les Européens et les Américains acceptent de faire des concessions sur les questions de l'agriculture en général et du coton en particulier", affirme Baden. Selon Oxfam, les pays de l'UEMOA comptent bénéficier, à Genève, du soutien des pays en développement comme l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et des grands groupes comme les ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).
"Nous avons réussi à mobiliser toute la communauté internationale sur le dossier coton depuis le retour de Cancun, malgré un climat de torpeur général à Genève, créé par l'échec de Cancun", rassure Samuel Amèhou, ambassadeur du Bénin à Genève et auprès de l'OMC.
Selon Amèhou, les représentants des pays africains doivent résister à des pressions les poussant à abandonner leur revendication de voir le coton garder son caractère spécifique en dehors des questions globales de l'agriculture.
Pour Baden, les Africains doivent avant tout mettre en priorité la question de l'élimination des subventions et éviter de tomber dans le piège de l'aide que veulent proposer les pays développés. "Les subventions sont la principale cause des distorsions sur le marché mondial, sur lesquelles il faut maintenir la pression avant les autres initiatives qui pourraient créer une impasse sur la question", explique Baden.
Selon le ministre du Commerce du Burkina, les récentes prises de position des personnalités comme le président français Jacques Chirac – qui a souhaité des mesures pour le renforcement des filières cotonnières africaines – sont la preuve que les pays africains ont "travaillé" pour renforcer et préserver le soutien qu'ils ont obtenu après Cancun.
Les pays membres de l'UEMOA ont également réaffirmé leur opposition à toute négociation sur les "questions de Singapour", conformément à "l'esprit de Cancun". Lors du sommet de Cancun, les questions de Singapour avaient aussi bien focalisé les travaux que le dossier du coton, les pays en développement ayant refusé tout lancement de négociations à Cancun avant l'épuisement des questions de développement édictées par la déclaration de la réunion ministérielle de Doha en 2001.
Les "questions de Singapour" incluent la transparence, les marchés publics, la concurrence et les investissements.

