KINSHASA, 11 nov (IPS) – La récente visite du président congolais Joseph Kabila aux Etats-Unis, a abouti à une remise de 300 millions de dollars sur la dette totale de la République démocratique du Congo (RDC) envers Washington, annonce une source officielle à Kinshasa, la capitale de la RDC.
La dette du Congo envers les Etats-Unis s'élève à quelque 2 milliards de dollars sur une dette extérieure totale de 14 milliards de dollars, selon une source du ministère des Finances, à Kinshasa.
Selon Antoine Ghonda Mangalibi, ministre congolais des Affaires étrangères, membre de la délégation présidentielle aux Etats-Unis, une part importante des 300 millions de remise sera consacrée à la lutte contre le SIDA en RDC.
"Si le président de la République a tant insisté sur la lutte anti-SIDA, c'est sur base des résultats catastrophiques révélés par les enquêtes médicales sur les régions anciennement occupées par les différentes rébellions", a-t-il déclaré. "Les Américains, en nous accordant cette faveur, entendent contribuer à la cicatrisation des blessures de la guerre et à la reconstruction des infrastructures. La lutte anti-SIDA se situe en bonne place sur la liste des priorités", a ajouté Mangalibi. A son arrivée à Washington, le président Kabila avait d'emblée placé le sens de sa visite aux Etats-Unis, début-novembre, dans le cadre de la lutte contre le SIDA qui ravage dangereusement son pays.
Selon le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), la prévalence du VIH dans le Sud-Kivu se situe autour de 20 pour cent et 22 pour cent à Bukavu, dans l'est de la RDC, contre une moyenne nationale de 5 pour cent avant la guerre. Selon Dr Kiningi de l'hôpital général de Bukavu, cette hausse brutale est due à une arrivée massive de femmes infectées en provenance des régions anciennement investies par différents groupes armés.
Bukavu et ses environs comptent environ 700.000 habitants dont 20.000 malades de SIDA, indique Dr Kiningi.
Interrogée par IPS à ce sujet, Bernadette Mulelebwe, secrétaire nationale de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Femme Plus' qui s'occupe des veuves et orphelins du SIDA, s'est réjouie de la place de choix que les pouvoirs publics accordent à la lutte contre la pandémie. Mulelebwe, dont l'ONG est sponsorisée par Christian Aid, une ONG britannique, vient de terminer une tournée à travers le pays. Elle se dit sidérée devant la "totale passivité" de la population envers le SIDA et ses ravages. "Dans les régions anciennement sous contrôle des rébellions", dit-elle, "les gens vivent les misères qui les frappent comme une fatalité. Ils n'ont pas voulu de la guerre, mais celle-ci est venue à eux avec, entre autres conséquences directes, le SIDA. Ce sont des régions qui ont connu beaucoup de déplacements de troupes armées qui ont pillé les villages et violé les femmes et les enfants. Les populations ont pratiquement renoncé à comprendre ce qui leur est arrivé", affirme Mulelebwe.
Mulelebwe a implanté des antennes provinciales de son ONG, notamment à Kisangani, dans la province orientale et à Bukavu, dans celle du Sud-Kivu, pour, dit-elle, "redonner de l'espoir de vivre à toutes ces personnes qui ont désespéré de la vie" dans ces régions dévastées et meurtries par près de sept années de guerre.
Les Congolais attendaient beaucoup de cette visite, la première depuis la fin du dialogue inter-congolais et la cessation officielle des hostilités sur le front de la guerre. Ils espèrent que la visite ouvrira la voie à une reprise progressive de la coopération structurelle entre Washington et Kinshasa. Pour beaucoup de Congolais, il vaut mieux avoir les Etats-Unis dans son camp plutôt que contre soi. Aussi la rencontre Kabila-Bush du 5 novembre ouvre-t-elle une nouvelle ère dans les relations entre la RDC et les Etats-Unis après de nombreuses années de méfiance et de suspicion bien que celles-ci n'aient pas totalement disparu. "Les Etats-Unis ont entretenu la guerre, par deux fois en sept ans, en RDC", s'insurge José Mpoyi, analyste politique à Kinshasa. "En tant que maîtres du monde, ils ont ensuite sonné la fin des hostilités et demandé à tous les belligérants de faire la paix. Un gouvernement de transition est en place toujours par la volonté de la communauté internationale incarnée par les Etats-Unis".
"Kinshasa, Kampala et Kigali sont brusquement prêts à se faire l'accolade après autant d'années de guerre. Mon opinion est que nous jouons le rôle trop négligeable dans une pièce qui se joue ailleurs et que donc, l'avis des Congolais ne compte pas dans la gestion géopolitique de l'Afrique centrale", explique Mpoyi.
En dépit de leur amertume envers la politique africaine des Etats-Unis, concernant notamment l'Afrique centrale, les Congolais préfèrent faire contre mauvaise fortune bon cœur et ne considérer que ce qui est positif entre les deux pays. La visite de Kabila aux Etats-Unis survient également au moment où le gouvernement de transition entame son cinquième mois d'activités. Un gouvernement éléphantesque auquel personne, à Kinshasa, ne donnait une longue vie, avec sa cinquantaine de ministres et vice-ministres chapeautés par quatre vice-présidents. Apparemment, l'assemblage hétéroclite a l'air de tenir, en dépit de quelques difficultés conjoncturelles. Le gouvernement congolais vient, par exemple, de réussir à convaincre le Rwanda et l'Ouganda – les soutiens des anciens rebelles congolais – de la nécessité de relancer progressivement les relations diplomatiques jusqu'au niveau des ambassadeurs entre les trois Etats voisins. Il est notamment question de relancer la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) qui comprenait la RDC, le Rwanda et le Burundi. La nouvelle CEPGL engloberait également l'Ouganda. Ensuite, coup sur coup, deux ministres importants des deux pays voisins de la RDC se sont succédé récemment à Kinshasa, notamment le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Muligande et le ministre ougandais de la Défense, Amamba Mbabazi. A ce sujet, le gouvernement congolais a reçu, dans une lettre, les félicitations et les encouragements du représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies au Congo, William Swing, pour avoir "assaini le climat politique régional".

