RELIGION-KENYA: L'église rompt les relations avec l'évêque homosexuel américain

NAIROBI, 11 nov (IPS) – L'église anglicane du Kenya a interdit à tous ses 28 diocèses d'avoir une quelconque relation avec Gene Robinson, le nouvel évêque de New Hampshire aux Etats-Unis — et le premier pasteur qui ne cache pas son homosexualité.

La consécration de Robinson le 2 novembre a menacé de diviser la communauté anglicane mondiale.

Robinson a vécu avec un partenaire homme pendant ces 13 dernières années.

"Avec sa consécration, nous avons atteint un point crucial et critique dans la vie de la communion anglicane et nous avons dû conclure que l'avenir de la confession elle-même sera compromis. Dans ce cas, l'église anglicane du Kenya ne reconnaîtra pas le ministère de cet évêque", a indiqué une lettre, qui a été adressée à Rowan Williams, l'archevêque de Canterbury, en Grande-Bretagne.

Williams est le leader des 70 millions d'Anglicans du monde entier, dans 164 pays. Sur ce nombre, environ 38 millions sont des Africains.

L'église anglicane du Kenya a également rompu les liens avec tout diocèse s'associant à l'église épiscopale – la branche américaine de l'église anglicane. " Nous n'avons aucune confrérie avec ceux qui sont d'accord avec Robinson", a indiqué, dans un entretien téléphonique à IPS, un assistant personnel de l'archevêque Benjamin Nzimbi du Kenya.

De même, l'église anglicane en Ouganda voisin a coupé ses liens avec le diocèse de New Hampshire.

"Nous sommes désolés de voir que l'église aux Etats-Unis a continué de défier la Conférence de Lambeth qui a proscrit l'homosexualité. Ce faisant, ils se sont isolés de la procédure convenue", aurait déclaré le révérend Canon Jackson Turyagenda, secrétaire provincial aux communications, dans des journaux locaux en Ouganda.

Un schisme est envisagé dans l'église anglicane, puisque la plupart des pasteurs des pays en développement sont opposés à la nomination de Robinson, ce qui jette l'église vieille de 450 années dans le plus grand dilemme de son temps.

La controverse entourant l'homosexualité dans l'église s'est accrue au début d'août, lorsque Robinson a été élu évêque du diocèse de New Hampshire.

Des archevêques africains avaient menacé de rompre les liens avec des églises membres pratiquant l'homosexualité, mais une réunion de crise impliquant toutes les églises africaines s'est tenue dans la capitale kényane Nairobi, le mois dernier, pour tenter de résoudre le problème.

La rencontre de plus de 50 hommes d'église dont des évêques et des pasteurs, avait affirmé que la controverse Robinson n'allait pas casser la communauté anglicane en Afrique. "Au contraire, cela va nous renforcer", avait fait remarquer l'archevêque de l'église du Nigeria, Peter Akinola.

Mais elle les divise, plutôt que de les unir. Durant la consécration de Robinson, Akinola, dirigeant de la communauté anglicane de cette nation ouest-africaine, forte de 17,5 millions de fidèles, a indiqué dans une déclaration : "Nous ne pouvons pas et ne reconnaîtrons pas l'office ou le ministère du canon Gene Robinson comme évêque. Nous déplorons l'acte de ces évêques qui ont pris part à la consécration, qui a maintenant divisé l'église".

Une réunion d'urgence rassemblant des responsables d'église d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine se tiendra le 17 novembre à Nairobi. Elle devrait sauver la confession anglicane d'un effondrement imminent.

La consécration de Robinson a, toutefois, été applaudie par la communauté gay du Kenya, qui mène encore une existence largement clandestine. Au lendemain de la consécration de l'évêque américain, un groupe d'hommes homosexuels a pris part à une réunion secrète à Nairobi, où ils ont applaudi et crié "Bravo Robinson", alors que des séquences de la cérémonie étaient montrées par une station de télévision locale.

"En consacrant Robinson, le monde a démontré qu'il commence par reconnaître l'existence de la communauté gay", a dit, dans une interview exclusive à IPS, un homosexuel kényan qui a requis l'anonymat.