NAIROBI, 10 nov (IPS) – La perspective d'un avenir accablé par des pénuries d'eau en Afrique subsaharienne, était sous les feux des projecteurs la semaine dernière, à Nairobi, la capitale du Kenya.
Environ 200 scientifiques et décideurs politiques se sont rencontrés dans la capitale kényane sous les auspices du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR) pour débattre de la question. Le CGIAR est composé de 16 organisations indépendantes de recherche localisées dans des pays à travers le monde.
La conférence a servi également pour lancer le Programme défi du CGIAR sur l'eau et l'alimentation. Cette initiative tentera de mettre en relation la société civile et les instituts de recherche en vue d'aider la production alimentaire à utiliser plus rationnellement l'eau, en Afrique et ailleurs.
Selon des statistiques du CGIAR, près de 831 millions de personnes en Afrique au sud du Sahara pourraient se retrouver sans accès à l'eau potable d'ici à 2025, si les gouvernements continuaient avec les politiques actuelles de fourniture d'eau.
Ceci devrait avoir des répercussions sur les rendements agricoles. Si les tendances actuelles continuent, la région pourrait être confrontée à un déficit de 23 pour cent de la production agricole d'ici à 2025, conduisant à une plus grande dépendance à l'égard de l'aide alimentaire internationale.
Les statistiques du CGIAR reprennent les conclusions de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Dans un communiqué publié avant le Forum mondial sur l'eau qui s'est tenu dans la capitale japonaise Tokyo au début de cette année, la FAO a indiqué : "Même s'il n'y a pas une crise mondiale de l'eau, les graves problèmes d'eau et de sécurité alimentaire dans certains pays en développement et certaines régions, doivent être réglés instamment".
"Si nous voulons éviter une crise alimentaire future, nous avons besoin de plus d'investissements pour atteindre l'augmentation de la productivité agricole dans les pays en développement, en utilisant des technologies existantes et de nouvelles technologies", a ajouté l'agence.
Les scientifiques, qui se sont rencontrés à Nairobi, ont estimé que la clé pour produire plus de vivres avec moins d'eau pourrait résider dans l'adaptation du choix des cultures aux zones dans lesquelles elles sont produites.
Isaya Sijali, un spécialiste de l'irrigation au Laboratoire national de recherche agricole à Nairobi, affirme : "Laissons les cultures qui peuvent pousser dans les zones arides le faire. Si c'est une terre humide, concentrons-nous sur les cultures qui marchent bien à cet endroit, ensuite qu'il y ait un commerce mutuel au niveau local et régional".
Il ajoute que cela occasionnera le développement des technologies qui peuvent contrôler la consommation d'eau par les plantes : "(Si) l'on peut quantifier le volume d'eau qui est utilisée par culture…, les agriculteurs peuvent dire lesquelles plantes ont besoin de moins d'eau pour pousser, et se concentrer beaucoup plus sur elles".
Au début de la semaine dernière, le professeur Frank Rijsberman – président du comité de pilotage du Programme défi – a amené à une étape supérieure le concept de spécificité culturale. Il a dit aux délégués "qu'au lieu de se battre pour l'autosuffisance alimentaire, les pays qui manquent d'eau devraient importer des vivres des pays ayant beaucoup d'eau".
Sa suggestion a provoqué une critique immédiate d'Elly Wamari, un agroéconomiste basé à Nairobi, qui craint que cela n'ouvre la voie pour que des produits de qualité inférieure soient vendus en Afrique. "Nous ne devrions pas simplement accepter cela, de façon aveugle, parce que même des vivres qui ne sont pas propres à la consommation humaine peuvent se retrouver sur le continent", a-t-il indiqué.
Wamari a également souligné l'importance de la connaissance indigène par rapport à la production alimentaire. "En milieu traditionnel, il y a certaines méthodes qui étaient utilisées pour assurer un rendement élevé, et elles marchaient. La replantation des semences originales doit être oubliée", a-t-il expliqué.
Selon d'autres spécialistes, la réponse aux pénuries d'eau pourrait résider dans la récolte intensive d'eau. "Durant les saisons de fortes pluies, il est important de retenir autant que possible d'eau pour un usage futur.
Cela protège le pays contre des situations de pénuries d'eau", a déclaré Peter Ambenje, directeur adjoint des prévisions au département météorologique du Kenya.
Selon lui, tenir compte des premiers avertissements publiés par les stations météorologiques, peut protéger également les pays contre les pires effets de la sécheresse, et les inondations.
Ambenje cite les expériences du Kenya durant les sécheresses de 1994 et 2000 comme preuve de sa requête. "La sécheresse de 2000 était pire que celle de 1994, mais son impact n'était pas aussi sévère parce que le gouvernement a mis en place des mesures convenables après que nous leur avions fourni des conseils", affirme-t-il.
Les discussions pour trouver plus de moyens efficaces d'utiliser l'eau ont également mis en exergue la nécessité d'un investissement accru dans l'infrastructure.
Selon Daniel Renault de la FAO, ces investissements pourraient se focaliser sur "la modernisation de l'irrigation… en construisant des terrasses…
et de petits barrages".
Le Programme défi du CGIAR sur l'eau et l'alimentation étudiera également l'utilisation de l'eau à travers neuf des principaux fleuves du monde, dont le Nil en Afrique.
Environ 60 millions de dollars ont déjà été promis au projet, et le CGIAR espère réunir 120 millions de dollars pour financer la recherche pendant les six premières années du programme. La conférence de Nairobi a pris fin le 6 novembre.

