MONROVIA, 7 nov (IPS) – Le Liberia a élaboré un programme pour désarmer quelque 40.000 combattants dont l'avenir semble incertain après 14 ans de guerre civile brutale qui a également déstabilisé des pays voisins.
La commission nationale sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration – annoncée le 1er novembre par le président intérimaire du Liberia Gyude Bryant – commence son travail à la mi-novembre, ont indiqué, à IPS, des responsables gouvernementaux, cette semaine.
La commission comprend le gouvernement du Liberia, les rebelles de 'Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie' (LURD) et du 'Mouvement pour la démocratie au Liberia' (MODEL), ainsi que les agences de l'ONU, l'Union européenne (UE), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et la Banque mondiale.
Selon des analystes, l'initiative cherche à aider le Libéria à oublier la guerre – qui a pratiquement contraint tous les 3,5 millions d'habitants du pays à fuir pour leurs vies – et à construire une paix durable.
Plus de 50.000 personnes ont été tuées et blessées et un nombre inconnu de femmes et de filles ont été violées, et des villages ont été rasés dans une guerre enracinée dans la rivalité ethnique ainsi que dans une lutte sinistre pour le pouvoir et les riches diamants, l'or et les réserves de bois du pays.
L'ONU tente de sauver le Liberia de l'abîme de la guerre perpétuelle qui a commencé en décembre 1989 lorsque le seigneur de la guerre, Charles Taylor, a mené une invasion contre le régime de l'ancien président Samuel Doe, exacerbant des années de répression contre les civils du pays. Doe a été tué en 1990, mais la guerre a continué après de brefs intermèdes de paix depuis que Taylor, aujourd'hui en exil au Nigeria, a pris le pouvoir dans une élection en 1997.
La communauté internationale a ignoré la guerre pendant si longtemps avant de décider d'isoler le régime de Taylor.
Sous des pressions soutenues des Libériens et de la communauté internationale, les rebelles et le gouvernement ont signé un cessez-le-feu en août dernier et ont formé un gouvernement de partage de pouvoir.
Ils ont convenu de désarmer les soldats rebelles et de rapatrier des centaines de milliers de réfugiés.
Avec le semblant de paix qui plane actuellement sur la capitale, Monrovia, les politologues estiment que le plus grand défi au Liberia, à l'heure actuelle, est le sort des milliers de combattants maraudeurs, y compris des enfants soldats qui ont propagé la guerre en Guinée, en Sierra Léone et en Côte d'Ivoire voisines.
Plusieurs des jeunes drogués — recrutés par toutes les parties dans le conflit — continuent de se nourrir de crimes. Dans les campagnes, plusieurs régions sont des zones interdites pour les civils et les travailleurs humanitaires qui craignent le banditisme et autres formes de violence.
Monrovia – où les Nations Unies ont commencé par déployer des unités militaires de la Russie, de la Chine, des Philippines, du Pérou et du Bangladesh, entre autres – est confrontée à des plaintes de vol à main armée et à la violence qui y est liée aux mains des milices.
Boakai Sambola, âgé de huit ans, est l'un des plus jeunes soldats. Il a dit que le LURD l'avait recruté dans son village natal, dans l'ouest du Liberia, en mars 2003. Il espère retourner à l'école.
Carlton Tarplah, âgé de 35 ans, a combattu pour le MODEL dans le sud-est du Liberia. Avec peu ou sans une éducation solide, il ne s'aventure pas dans la discussion académique. "J'ai travaillé pour une société de bois et je veux faire la même chose lorsque nous allons désarmer", affirme-t-il.
Jenevive Sackie, 18 ans, enlevée d'un ghetto de Monrovia par les forces gouvernementales, admet qu'elle "utilisait le pistolet pour tuer et terroriser les gens". Mais elle demande à être pardonnée pour ses méfaits et "désire déposer mes armes et faire quelque chose de mieux pour moi-même".
Un commandant de 22 ans, qui a requis l'anonymat, a affirmé avoir fait fonctionner l'un des canons anti-missiles du LURD lorsqu'ils ont attaqué Monrovia en juillet dernier. "Je veux rester soldat parce que j'y ai quelque connaissance", dit-il.
Un jeune de neuf ans a admis être un rebelle, indiquant qu'il se nourrissait de violence. Il a été "violent, agressif et renfermé", a dit de lui un parent.
Certains rebelles et miliciens veulent une prime incitative convenue pour rendre leurs armes. Beaucoup d'autres craignent le châtiment lorsqu'ils déposeront leurs armes puisqu'ils n'auront aucun moyen de se défendre.
L'exercice de désarmement de 1999 a été un gâchis, selon les critiques. Des milliers de combattants sont sortis du maquis et, après avoir reçu de la nourriture et des habits usagés, ont rendu leurs armes, mais plusieurs autres sont restés en liberté et certains commandants ont juré de continuer à combattre.
C'était ainsi parce que la communauté internationale s'est engagée à donner des ressources limitées et que les rebelles se plaignaient de n'avoir pas reçu un bonus convenu pour laisser tomber leurs armes.
Maintenant, les Nations Unies disent "qu'un financement adéquat et consistant sera nécessaire pour entretenir les sites de cantonnement, supporter les ex-combattants et leurs familles durant le processus, les transporter et donner de l'argent et autres incitations pour les encourager à désarmer et à démobiliser".
Même si certains chefs rebelles exigent actuellement de l'argent, les responsables onusiens sont opposés à donner des rémunérations en espèces aux combattants pour qu'ils désarment.
Selon la fonctionnaire de l'UNICEF responsable de la démobilisation des enfants et des filles soldats, Fatuma Ibrahim, l'ONU donnera plutôt une formation professionnelle et technique pour les soldats ayant dépassé l'âge d'aller à l'école et des programmes éducatifs pour intégrer ceux qui souhaitent retourner à l'école.
"L'argent ne peut rien faire pour assurer aux combattants leur futur gagne-pain", estime Ibrahim, qui croit qu'une vocation et autres formations techniques aux prétendus combattants les rendraient beaucoup plus utiles dans la société.
Pendant ce temps, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a lancé un projet qui permet à environ 750.000 enfants de retourner à l'école gratuitement.
S'exprimant depuis New York le 3 novembre, la directrice exécutive de l'UNICEF, Carol Bellamy a déclaré : "C'est une campagne courageuse lancée à un moment fragile dans le processus de paix au Liberia". C'est un pas courageux accepté par les signataires (de l'accord de paix) et c'est important dans le processus de paix".
Selon des analystes, le véritable test viendra lorsque les armes seront retirées aux rebelles et qu'ils retourneront dans leurs communautés d'origine pour regarder en face leur propre population.
Quelque 318.000 Libériens trouvant refuge dans des pays voisins et des civils au Liberia ont tous indiqué leur désir de retourner chez eux une fois que le désarmement sera achevé.
Un haut fonctionnaire du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a dit à IPS que les réfugiés retourneront chez eux avec beaucoup de connaissances qu'ils ont acquises, au moment où le pays a désespérément besoin d'eux.
Quel que soit l'arrangement auquel on est en train de parvenir pour assurer l'avenir des rebelles, des analystes estiment que le succès de l'exercice de désarmement repose en définitive entre les mains des leaders des factions belligérantes.

