BAMAKO, 10 nov (IPS) – La fonction publique malienne employait 46.111 agents dont 36.343 hommes, soit 78,80 pour cent et 9.768 femmes, soit 21.20 pour cent, selon une étude réalisée par l'Observatoire national de l'emploi, en 2002.
L'étude indique que sur les 7.355 agents de la première catégorie 'A', on ne compte que 806 femmes, soit 8,3 pour cent. Par contre, on note une forte concentration des emplois féminins dans les catégories intermédiaires, même si leur nombre demeure de loin inférieur à celui des hommes. Par exemple, dans la catégorie 'B2', on compte jusqu'à 4.084 femmes contre 13.928 hommes.
La même étude révèle une discrimination au niveau du salaire. "En moyenne, les hommes sont mieux rémunérés que les femmes : on note un écart de 21.247 francs CFA (environ 38 dollars US) entre les hommes et les femmes au niveau du salaire brut mensuel moyen (101.430 FCFA, environ 181 dollars US) pour la catégorie A", révèle, à IPS, un responsable de l'Observatoire national de l'emploi qui a requis l'anonymat. Au Mali, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est de 24.730 FCFA (environ 44 dollars US) par mois. "Les femmes travailleuses souffrent du poids de la société au Mali…, elles n'arrivent pas à assumer leur responsabilité professionnelle à cause des multiples pesanteurs socioculturelles. Face au dilemme emploi-société, beaucoup ont accepté de perdre le premier", déclarait Oumou Traoré Touré, secrétaire exécutive de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), à l'ouverture d'un atelier de formation destiné aux femmes travailleuses, à la fin-octobre. Cet atelier de formation des femmes, portant sur le thème "Pour un changement de comportement professionnel", était organisé par le Projet d'appui à la mise en œuvre des principes et droits de la déclaration au travail de l'OIT – Organisation internationale du travail – (PAMODEC) à Bamako, la capitale malienne. Le séminaire a enregistré la participation d'une centaine de femmes leaders, représentantes des syndicats et des groupements de femmes. Il vise à renforcer les capacités des femmes pour une meilleure reconnaissance de leurs droits, notamment ceux relatifs au travail.
Pour l'administratrice du projet PAMODEC, Niamoye Traoré Baby, "Ce séminaire découle d'un constat : les femmes sont moins présentes dans les effectifs des salariés, elles sont souvent concentrées dans des catégories intermédiaires… dans des emplois moins rémunérés et bénéficient moins de formation professionnelle". Toutes choses qui contribuent à maintenir l'inégalité de salaire entre elles et les hommes, a-t-elle ajouté. "Il n'y a pas de discrimination entre les sexes dans la fonction publique.
Seulement, les hommes, de par leur responsabilité, bénéficient plus de certains avantages et allocations que les femmes. C'est ce qui explique cet écart", a affirmé, à IPS, le directeur national de l'emploi, du travail et de la sécurité sociale, Idrissa Koita. Les femmes ont profité de cette rencontre pour disséquer le mal que leur cause leur statut de femme. "Le fait d'être femme est un handicap dans notre milieu. Quatre-vingt-dix pour cent des femmes travailleuses ont des problèmes s'il s'agit de concilier les vies professionnelle et familiale", a souligné Touré de la CAFO. Elle reconnaît cependant que les femmes elles-mêmes ne facilitent pas leur propre promotion : "Le fait qu'elles ne soient pas régulières et se rendent coupables d'absences… au lieu de travail", constitue aussi un facteur de blocage pour la promotion des femmes. Evoquant d'autres facteurs bloquants, le ministre malien du Travail et de la Fonction publique, Modibo Diakité, a souligné le faible taux de scolarisation des filles et les difficultés pour les femmes d'accéder à une formation continue. Au cours de ce séminaire, les femmes ont également interpellé les autorités par rapport à la promotion des femmes, leur demandant "d'encourager, à travers des mérites, celles qui se distinguent sur le plan professionnel". "Au Mali, chaque fois qu'une femme avance ou est promue à un poste de responsabilité, on trouve toujours un argument…; jamais on ne lui reconnaît son mérite", s'indigne Oumou Faye Deme qui est une femme syndicaliste.
Les femmes sont très peu représentées aux postes de responsabilité dans le pays, comme l'attestent ces données : deux femmes ministres sur 22; 18 femmes députées sur 147; 281 femmes conseillères municipales sur 8.134; 34 femmes magistrats sur 273; cinq femmes conseillères d'ambassades sur 46…
Les femmes, au cours de ce séminaire, se sont engagées à militer pour un changement de comportement professionnel. Elles déclarent ne plus laisser les pesanteurs socioculturelles les empêcher d'accéder à l'emploi. Selon Fatoumata Dicko Maiga, de la Direction nationale de l'emploi, du travail et de la sécurité sociale, "pour un meilleur changement de comportement professionnel, les femmes doivent se débarrasser des préjugés et stéréotypes – qui font d'elles des éternelles incapables -, elles doivent aussi se battre en travaillant à la fois pour la reconnaissance de leurs droits et surtout faire triompher la maxime : à travail égal, salaire égal".
Dans une déclaration finale, face à ce qu'elles qualifient de "ségrégation professionnelle", elles s'engagent également à se battre pour la mise en œuvre de politiques d'emploi et de salaire favorisant, dans tous leurs secteurs, l'application des principes et droits fondamentaux relatifs aux femmes.
Le ministre du Travail et de la Fonction publique – syndicaliste de profil – a réitéré aux femmes sa détermination à les aider à éliminer tous les obstacles qui entravent leurs chances et les empêchent d'accéder à un emploi décent et de le conserver longtemps.

