BAMAKO, 4 nov (IPS) – Au Mali, les malades ont honte de dire qu'ils souffrent de tuberculose. Elle est considérée comme une maladie "honteuse" par les populations de ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest, où l'infection resurgit.
"La tuberculose que l'on croyait disparue à tout jamais, effectue un retour inquiétant : les tuberculeux sont passés de 1.886 à 2.757 cas entre 1995 et 2002, soit une hausse de 46,18 pour cent", indique Alima Diallo Nacko, coordinatrice du Programme national de lutte contre la tuberculose au Mali (PNLT).
"La tuberculose est une cause majeure de morbidité et de mortalité chez les personnes infectées par le VIH/SIDA", indique Nacko. Mais, la coordinatrice du PNLT souligne : "La résurgence de la tuberculose ne s'explique pas par le seul fait du VIH, mais plutôt par les difficultés liées aux dépistages".
Pour vaincre le préjugé de "honte" lié à la tuberculose, le premier adjoint au maire de Sikasso, Abdoul Salam Coulibaly, a fait un témoignage pathétique qui a ému l'assistance, au cours du lancement d'une campagne pour le dépistage de la maladie. Ancien malade, complètement guéri, Coulibaly a invité les porteurs du bacille de la tuberculose à sortir de l'anonymat. "La tuberculose se traite et est une maladie curable", a-t-il insisté.
Le lancement de la campagne avait eu lieu le 22 octobre à Sikasso, une ville située à 375 kilomètres au sud de Bamako, la capitale malienne. Le choix de cette localité est lié, selon les organisateurs, à son déficit de dépistage contre la tuberculose. Les autorités maliennes ont profité des activités du mois d'octobre – choisi depuis 1992 comme mois de la solidarité et de la lutte contre l'exclusion – pour commémorer la Journée mondiale contre la tuberculose.
"Parce qu'avant tout, la tuberculose est une maladie sociale", a déclaré Fatoumata N'Diaye Coulibaly, ministre malienne du Développement social. "La tuberculose est l'une des premières affections ayant obligé les pouvoirs publics à mettre sur pied un programme étendu de mesures collectives", a rappelé à IPS, la coordinatrice du PNLT. Le programme national de lutte contre la tuberculose a été institué en 1963.
Et depuis 1972, les autorités maliennes ont engagé, avec le soutien de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une lutte implacable contre la maladie. En 1985, le Mali a expérimenté la chimiothérapie de courte durée sous assistance directe (DOTS) dans certains hôpitaux.
"Le traitement est aujourd'hui étendu même aux centres de santé communautaires afin de le décentraliser pour qu'il soit accessible à tous les niveaux. Mieux, au Mali, la prise en charge de la maladie est gratuite, du dépistage au traitement. Et cela, grâce à une subvention, sur fonds propres de l'Etat à hauteur de 200 millions de francs CFA (environ 357.142 dollars US) par an", a indiqué la ministre malienne de la Santé, Rokiatou Keita N'Diaye, au cours d'un entretien avec IPS.
Cette année, le thème de campagne, à l'occasion de la Journée mondiale contre la tuberculose, est : "Le traitement DOTS m'a guéri, il te guérira aussi". Un ancien malade guéri, Alassane Doumbia, témoigne : "C'est l'ignorance qui fait que la tuberculose fait des ravages au Mali…, sinon comment comprendre que les Maliens se laissent exterminer par une maladie curable et dont le dépistage et le traitement sont gratuits?". Pour le médecin du centre de traitement et d'internement "Lazaré", Dr Modibo Keita, "La lutte contre la tuberculose est celle qui doit être menée contre une maladie sociale, c'est à dire une maladie dont les causes, les signes et les conséquences concernent une grande partie de la population jeune et de ses activités". Les statistiques montrent que sur 100.000 Maliens, 142 sont susceptibles de développer la maladie, et la tuberculose concerne notamment la tranche d'âge des 25-44 ans. "Malheureusement, moins du tiers de ces personnes ne sont pas dépistées à temps", déplore Nacko du PNLT. Ce qui rend difficile l'interruption de la chaîne de transmission — un aspect important de la lutte contre cette maladie, selon elle.
Au Mali, sur les 36 pour cent de cas détectés grâce au DOTS, 60 pour cent seulement aboutissent à un traitement couronné de succès ou à la guérison alors que la cible mondiale est de 85 pour cent, a rappelé la ministre de la Santé.
N'Diaye a par ailleurs souhaité, comme le premier adjoint du maire de Sikasso, l'implication de tous, notamment des personnes qui ont souffert jadis de la maladie et qui peuvent jouer un "rôle d'ambassadeur" auprès du grand public.
Pour le représentant de l'OMS au Mali, Dr Ignace Ronse, "Il est inadmissible que de nos jours, des gens continuent à mourir pour un mal qui est curable et dont le traitement est de surcroît gratuit". Il a plaidé, auprès des populations et du gouvernement, pour l'application de la stratégie DOTS mise en œuvre par son organisation.
La présidente des femmes de Sikasso, Nialy Berthé Kamissako, a remercié les initiateurs de la campagne, tout en réitérant l'engagement des femmes à sortir de la gêne due à l'aspect honteux de la maladie. "Désormais, dès que quelqu'un commence à tousser, on l'emmènera au dispensaire" a-t-elle promis. La présidente de la Fondation pour l'enfance, marraine de la campagne, Lobo Touré Traoré, épouse du chef de l'Etat malien, a, pour sa part, souligné que "La campagne contre le fléau offre l'opportunité d'identifier les voies et moyens de redynamiser la lutte contre une maladie qui demeure un problème de santé publique".
Elle a également mis en garde le public contre les dangers et risques liés à l'automédication et à l'utilisation des "médicaments par terre", qui sont des médicaments informels vendus sur les trottoirs. Le Mali espère bénéficier d'un financement de 3 millions de dollars, en mars 2004, du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, selon le coordinateur de l'ONUSIDA dans ce pays, Jean Louis Ledecq.

