JOHANNESBURG, 3 nov (IPS) – Les économies déterminent le destin des nations et de leurs populations, et pourtant les informations économiques restent déconnectées de la majorité de gens qui ont besoin de connaître les développements touchant à leurs vies entières, a conclu une assemblée de rédacteurs économiques africains, la semaine dernière.
"Les informations économiques ont toutes rapport à la création de la richesse. Mais combien de gens lisent des reportages financiers? Le problème n'a rien à voir avec les lecteurs de journaux, cela nous concerne, nous, les rédacteurs, qui ne parvenons pas à raconter les histoires de façons intéressantes, débarrassées du jargon technique", a indiqué, à IPS, Sylvestre Tetchiada, rédacteur en chef de "L'Univers" au Cameroun.
Se réunissant à Johannesburg pour la 4ème Conférence des journalistes économiques africains, des spécialistes des médias sur l'entreprise issus des 35 nations africaines, ont débattu des voies et moyens de rendre compréhensibles les informations économiques à un lectorat de masse. Des directeurs généraux d'entreprises et des responsables gouvernementaux se sont joints au débat.
De récents Etats démocratiques comme l'Afrique du Sud ont produit les défenseurs les plus passionnés de la "démocratisation" des informations sur les affaires en débarrassant les articles des termes techniques connus seulement des experts financiers, et en illustrant des données sur des sujets comme l'inflation et la dette nationale avec des histoires de la vie réelle, vécues par des gens affectés à la base.
"Notre but, en tant que nations africaines, est d'éradiquer la pauvreté et d'élever les niveaux de vie. La presse couvre ces sujets beaucoup plus d'un point de vue politique que commercial. Mais c'est le secteur privé, les entreprises, les industries et les services, qui constituent les moteurs de la croissance des économies", a déclaré Chibamba Kanyama, de 'NSJ publications' au Mozambique.
Partageant l'avis de Kanyama, d'autres directeurs de publication ont constaté que le secteur public – le gouvernement et les projets initiés par lui – donnent seulement l'impression de créer de la richesse en fournissant des emplois et des projets, alors que ces derniers sont en fait financés par le secteur privé par l'utilisation des taxes provenant des individus et des entreprises. La création de l'emploi et de la richesse aurait pu être mieux faite par des entreprises privées, qui pourrait le faire plus facilement, sur le plan financier, si elles étaient soumises à moins de taxes pesantes.
Un autre consensus était que les gouvernements devraient rester en dehors des affaires, et ceux qui ont des entreprises, comme les sociétés de fourniture d'énergie et les compagnies nationales aériennes, devraient les privatiser pour rendre ces entreprises plus efficaces et plus rentables.
La privatisation épargnerait également aux contribuables la charge d'avoir à capitaliser des opérations peu rentables.
Mais ces problèmes, comme la plupart des articles économiques, résonnent la plupart du temps dans un vide d'indifférence chez le lecteur, parce que les lecteurs de journaux ordinaires n'accordent pas d'attention aux informations financières. Ceci peut avoir également un effet négatif sur les jeunes démocraties.
"Comprendre les informations économiques est essentiel pour le progrès démocratique, les populations auront alors l'information pour faire des choix informés", a souligné Andrew Gower, rédacteur en chef au 'Financial Times' à Londres, un conférencier invité.
Les organes de presse connaissent un accroissement partout en Afrique. Non seulement "les nouveaux médias" comme les informations d'Internet augmentent le nombre d'endroits où les consommateurs de nouvelles sur le continent peuvent aller, mais les journaux et les magazines traditionnels continuent de proliférer.
La bonne nouvelle est que cette croissance est perçue par les éditeurs africains comme un développement naturel lié à l'instruction. Mieux les populations seront éduquées, plus elles auront besoin de sources d'information.
La mauvaise nouvelle est que l'information essentielle n'arrive pas à rivaliser avec les informations politiques, les désastres, les conflits armés et les histoires sensationnelles qui constituent le gros de la couverture médiatique.
Tawana Kupe, professeur de médias à l'Université de Witwatersrand, en Afrique du Sud, a parlé de la nécessité d'avoir des "articles à multiples facettes ayant des enjeux multiples; des histoires intéressantes racontées de façons intéressantes".
Une façon de rendre le reportage économique pertinent est que les journalistes quittent les salles de conseil d'administration des banques centrales des pays, où les taux d'intérêt et autres questions sont décidés, et qu'ils descendent dans les rues, au marché et dans les magasins pour voir comment les décisions affectent les citoyens ordinaires.
Dans plusieurs pays africains, l'activité du soi-disant secteur informel reflète la santé d'une économie. Le commerce des colporteurs de marché, des vendeurs de rues et d'autres, qui font un travail qui n'est pas pris en compte sur les indicateurs économiques nationaux – principalement parce que ces entreprises marginales ne paient pas des taxes et n'ont aucune adresse fixe -, peut montrer une croissance robuste ou des conditions de récession partout dans la nation.
L'organisateur de la conférence, Nixon Kariithi, un professeur de journalisme à l'Université de Rhodes à Grahamstown, en Afrique du Sud, qui était l'hôte de la conférence, a répondu aux directeurs de publication qui se sont plaints de ce que les données sur le secteur informel ne sont pas disponibles. "Vous pouvez envoyer un reporter dans un magasin le matin. Il y a 20 paires de chaussures sur les étagères. Il revient à midi et il y a onze paires de chaussures sur les rayons. A 17 heures, il reste quatre paires.
Vous faites votre propre enquête sur l'entreprise", a-t-il dit.
De telles investigations vous donneraient non seulement une image plus grande de la performance économique du pays, mais fourniraient également une substance anecdotique pour réaliser la vision de Kupe "d'histoires intéressantes racontées de façons intéressantes".
"La vérité est que les lecteurs sont plus fascinés par ce qui se passe sur le marché local qu'ils ne le sont par la performance de la bourse. C'est parce que dans les pays africains en développement, il y a peu d'individus actionnaires dans des entreprises, mais tout le monde va au marché", a souligné un délégué du Malawi.

