CULTURE: Des artistes chantent le désarmement et la paix en Afrique

LOME, 5 nov (IPS) – "Nous pensons qu'il est important de passer par tous les moyens pour qu'il n'y ait plus d'armes qui circulent sans contrôle en Afrique car c'est la circulation illicite des armes qui est à l'origine des différents foyers de conflits sur le continent noir", estime Dama Damawouzan, artiste musicien togolais.

Damawuzan fait partie d'un groupe de trois musiciens qui ont chanté le désarmement de l'Afrique à travers un compact disque (CD) intitulé 'Africa Disarm'. Il a chanté aux côtés de deux autres artistes, le Togolais Jimi Hope et le Camerounais Roger Ribouem. L'initiative de la réalisation de ce CD est du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique, basé à Lomé, la capitale du Togo. "C'est une idée assez louable et nous croyons que le message passera afin que notre continent retrouve la paix", déclare Damawouzan.

Le CD 'Africa Disarm' est une collection de dix chansons en français et en anglais, dont l'objectif est de sensibiliser le grand public aux vertus de la paix et du désarmement. Le processus de sa réalisation a duré trois ans, de 2001 à 2003, et il est distribué gratuitement depuis octobre aux radios et aux autres médias qui en font la promotion au Togo. "La musique est cet art qui pénètre l'homme en son âme, en sa conscience, et qui touche le cœur même de l'ensemble de la société sans distinction de race, d'origine sociale, d'appartenance religieuse ou politique", affirme Ivor Richard Fung, directeur du Centre régional de l'ONU pour la paix et le désarmement en Afrique "La musique, en effet, est un vecteur incontournable pour véhiculer les idées, éveiller les consciences et sensibiliser même les plus hermétiques aux discours politiques", soutient Fung.

Le projet a reçu l'appui du Département des Nations Unies pour les affaires de désarmement ainsi que du gouvernement du Togo, avec des contributions financières de l'acteur de cinéma américain Michael Douglas.

Selon un document du Centre régional de l'ONU pour la paix et le désarmement en Afrique, la philosophie de ce CD s'inspire de la tradition culturelle africaine dans laquelle existe un lien entre l'art musical et les processus de pacification et de transmission de messages forts, notamment à travers l'expérience des griots chantant l'amour de l'autre, la tolérance et la paix pour toute la collectivité.

"La réalisation du CD traduit l'effort du Centre régional de l'ONU pour la paix et le désarmement en Afrique de faire participer les artistes et les autres acteurs de la société civile à la recherche de solutions aux problèmes de paix et de désarmement en Afrique", indique le document.

Pour Martine Assogba, enseignante à Lomé, c'est bien de sensibiliser l'opinion et de prôner la paix à travers la musique. "Mais est ce que les vrais concernés par le problème de la circulation des armes en Afrique perçoivent le message?", demande-t-elle.

"Ce message de paix passera et nous sommes persuadés que ce disque fera changer les choses en Afrique", affirme Dama Damawouzan, en guise de réponse. Il estime que le désarmement en Afrique est l'une des voies pour une paix totale sur le continent noir.

"Nous ne voulons plus de guerre, mais rien que la paix partout dans le monde, c'est un vœu et nous savons que ce combat sera difficile à mener", reconnaît Fung. "C'est pourquoi nous explorons toutes les pistes pouvant nous conduire au désarmement et à la paix", ajoute-t-il. Lébéné Magnon, étudiante dans la capitale togolaise, exprime un espoir : "J'ai écouté la chanson Africa Disarm à la radio, j'ai beaucoup aimé et j'espère que le message sera vraiment écouté".

"Je trouve qu'ils ont fait de belles chansons, mais je reste sceptique par rapport à l'effet qu'elles feront car le même Damawouzan avait chanté contre la guerre pour le compte du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dont un bureau régional est en Côte d'ivoire et peu après, la guerre a commencé dans ce pays", rappelle Francis Akakpo, assistant médical à Lomé. Le général Assani Tidjani, ministre togolais de la Défense, soutient qu'aucun effort ne doit être épargné pour la promotion de la paix en Afrique. "Quand on parle de désarmement, cela veut dire que les gens sont armés et sur notre continent, la situation est grave", déplore-t-il. Selon l'organisation 'Small Arms Survey', basée à Genève, en Suisse, le nombre d'armes légères ne devrait probablement pas être supérieur à 30 millions en Afrique subsaharienne. Mais la majorité de ces armes légères se trouve entre les mains des civils (79 pour cent), les militaires en détiennent 16 pour cent, la police, 3 pour cent, et les 2 pour cent restants sont en possession des insurgés. Dans un rapport intitulé "Small Arms Survey 2003 : Impasse sur le développement", concernant l'Afrique subsaharienne, l'organisation indique que le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda ont chacun un stock national de 500.000 à un million d'armes légères; environ 77.000 armes légères sont entre les mains des principaux groupes insurgés en Afrique de l'ouest.

Toujours selon cette organisation, le nombre d'armes de guerre illicites en circulation ne devrait pas dépasser un million en Afrique subsaharienne; au moins 10 pays de cette partie du continent, dont le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, ont la capacité de fabriquer des armes légères et/ou des munitions. Des productions illicites d'armes légères ont été constatées dans certains pays d'Afrique subsaharienne dont le Ghana et l'Afrique du Sud.

La prolifération des armes légères est devenue inquiétante et Roger Glokpor, secrétaire administratif de la section togolaise de l'organisation de défense des droits de l'Homme, Amnesty International, estime que cinq millions d'Africains ont été tués entre 1985 et 1995. "En République démocratique du Congo, la guerre a entraîné la mort de trois millions de personnes depuis 1998", ajoute Glokpor. Il déplore le fait que de nombreux pays, y compris les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, continuent de fournir des armes aux régions en conflits, aux Etats et groupes rebelles qui violent les droits humains.