TRAVAIL: La fermeture de l'usine française de la COMILOG inquiète lesmineurs gabonais

LIBREVILLE, 31 oct (IPS) – La fermeture annoncée à Boulogne-sur-Mer, en France, de l'usine de ferromanganèse de la Compagnie minière de l'Ogooué (COMILOG), inquiète les mineurs gabonais travaillant à Moanda, dans le sud du Gabon. Le manganèse exploité au Gabon est transformé dans cette usine française.

Après des grèves répétées, une paralysie menace l'usine de Moanda déficitaire, en proie à des conflits sociaux. Le directeur général de la COMILOG, Marcel Abéké, a déclaré que "la récente grève des mineurs avait engendré des pertes de plus d'un milliard de francs CFA (environ 1,7 million de dollars US)".

"C'est l'écart de traitement des salaires, entre les agents expatriés et les nationaux, qui était à l'origine de cette grève et les nombreuses plaintes liées à l'insuffisance en matière de protection sociale", a indiqué, à IPS, Michel Mve, membre du Conseil économique et social du Gabon. Mve souligne que "les écarts de salaires, pour une même qualification, sont supérieurs aux 40 pour cent normaux de la prime d'éloignement. Mais il y a aussi l'écart des salaires entre les cadres nationaux et cadres expatriés à conditions égales : même âge, même profil, même ancienneté.

Nous souhaitons que la rémunération des cadres nationaux soit améliorée".

Selon Abéké, "l'objectif est de réduire l'écart dans les salaires de telle façon que le cadre gabonais touche 1 million FCFA (environ 1.785 dollars US) et l'expatrié 1,4 million FCFA (environ 2.500 dollars US)". Selon lui, "Il ne faut pas perdre de vue que la plupart des agents de COMILOG sont logés ou bénéficient d'une indemnité de logement sur un total de 1300.

Mais il ne s'agit pas que du logement, il y a aussi les autres avantages environnants : eau, électricité, etc." C'est la situation financière de la COMILOG qui est la plus préoccupante à cause du déficit catastrophique enregistré en 2002, près de 20 milliards de FCFA (environ 35,7 millions de dollars US). Pis, les perspectives se sont assombries avec les problèmes de l'usine de Boulogne, en France.

Alors que des rumeurs dénoncent la mauvaise gestion de la compagnie, le directeur général réaffirme que "ce ne sont pas les problèmes de gestion interne qui sont la cause de la situation à la COMILOG, mais des facteurs externes au niveau d'un certain nombre de filiales à travers le monde et dont la maison mère, au Gabon, a la responsabilité d'assurer la survie".

Mathieu Ngouni, mineur à l'usine de Moanda, s'interroge sur le devenir de sa famille, notamment les conséquences sur l'éducation de ses enfants si l'usine de Moanda n'arrivait plus à vendre suffisamment de manganèse. Il reconnaît que la débâcle de la COMILOG est imputable à la baisse d'activité de l'usine de Boulogne, en France. "Il faut savoir que c'est une usine qui est très importante pour la COMILOG en ce sens qu'elle consommait 500.000 tonnes de minerai provenant de la mine de Moanda. C'est une triste réalité : quand Boulogne fait des pertes, la COMILOG en supporte 98 pour cent des frais", ajoute Ngouni.

Pierrette Avicka, secrétaire au bureau COMILOG de Libreville, s'inquiète de la baisse des activités de la compagnie car les familles bénéficiaient de l'assurance maladie et d'autres avantages qu'on ne retrouve pas dans les sociétés privées au Gabon. "L'instruction des enfants et leurs soins sont gratuits et si les écoles primaires de Moanda venaient à fermer, nous perdrions bien des avantages", explique-t-elle à IPS.

Les associations de protection de l'environnement s'inquiètent également du devenir des sites d'exploitation du manganèse et souhaiteraient que ne soient pas interrompus les transferts des déchets industriels en vue de leur traitement en France, à la suite d'une convention signée en février dernier.

"Les principales causes de la dégradation de l'environnement sont imputables à l'exploitation des ressources minières. L'exploitation de l'uranium et du manganèse utilise des processus qui avaient cours à une époque où les préoccupations environnementales étaient secondaires", souligne Juste Boussienguet, conseiller au ministère de l'Environnement.

Le site de Boulogne-sur-Mer a perdu 25 millions d'euros par an au cours des trois dernières années, à cause de la concurrence des pays à bas coûts de production, de l'inadaptation des produits de l'usine au marché européen et de l'insuffisance des améliorations techniques du site, a indiqué la direction de la société.

En 2002, la production mondiale de manganèse a enregistré un record historique avec 903 millions de tonnes, soit une croissance de 6,2 pour cent. Le Gabon a livré seulement 469.000 tonnes d'alliages en France en 2002 alors que l'usine de Boulogne-sur-Mer peut traiter 700.000 tonnes de minerai, soit une baisse de 6 pour cent, due à des difficultés techniques rencontrées par le nouveau haut fourneau de Boulogne.

La situation catastrophique à la COMILOG/France, qui emploie 351 salariés, est provoquée par un marché international difficile caractérisé par une forte concurrence des pays à monnaie fortement dévaluée comme la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud…

La Compagnie minière de l'Ogooué, qui exploite le manganèse au Gabon depuis 1962, a affiché une perte de 19,6 milliards de FCFA (environ 35 millions de dollars US) en 2002 contre 7,8 milliards de FCFA (environ 13,9 millions de dollars US) en 2001. Le Gabon est le troisième producteur mondial de manganèse. Les 95 pour cent du manganèse extrait au Gabon sont expédiés aux industries sidérurgiques à l'étranger, par le port d'Owendo, près de Libreville, la capitale gabonaise. La gamme des produits de COMILOG est composée de minerai métallurgique (66,7 pour cent de la production totale en 2001), de minerai chimique (18,2 pour cent), de bioxydes (2,5 pour cent) et d'agglomérés (12,6 pour cent). Au 31 décembre 2002, la COMILOG employait 1.300 salariés au Gabon alors qu'ils étaient 1.323 en 2001. La COMILOG a un capital de 32,8 milliards de FCFA (environ 58,5 millions de dollars US), réparti principalement entre le groupe français Eramet (Erap, Elf et Imétal, 61 pour cent), l'Etat gabonais (30 pour cent) et diverses participations, dont les Hollandais de Formang Holding.