MEDIA-AFRIQUE AUSTRALE: Les journalistes trouvent qu'ils constituent laprincipale histoire

JOHANNESBURG, 30 oct (IPS) – Les médias en Afrique australe sont sous les feux des projecteurs. Des articles de presse et des publications sont remplis d'histoires d'oppression des médias, de menaces à la liberté de presse ainsi que de gros titres sensationnels autour d'accusations de plagia et de journalisme contraire à la déontologie.

L'Institut des médias d'Afrique australe (MISA) a lancé récemment une campagne régionale, intitulée "Journalistes de la SADC sous le feu de sévères critiques : Oser parler pour une presse libre et ouverte – en ciblant des violations contre les journalistes dans la région de la SADC".

La campagne vise à faire pression sur les gouvernements au sein de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour qu'ils garantissent la liberté d'expression. "Le protocole de la SADC demande aux gouvernements régionaux d'harmoniser leur législation sur les médias, en quête de la liberté de mouvement et d'accès à l'information", a déclaré Thomas Deve, membre du conseil d'administration du MISA. Il a dit à IPS que l'organisation venait juste d'achever un audit sur le statut de la presse dans la région, avec un accent particulier sur le Zimbabwe. Cet audit sera utilisé pour faire pression pour un climat plus favorable aux médias en Afrique australe.

Une délégation du MISA parcourt actuellement les pays de la SADC pour exhorter les gouvernements à prendre des initiatives par rapport aux menaces à la liberté de la presse dans la région. Le Zimbabwe constituait une source d'inquiétude particulière.

"La loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée du Zimbabwe — qui contraint les journalistes à se faire enregistrer auprès du gouvernement avant de pouvoir travailler — et la fermeture récente du seul quotidien indépendant du pays, le Daily News, constituaient une atteinte à la liberté de mouvement de tous les journalistes de la SADC, comme le dit clairement le protocole de la SADC sur l'information, les sports et la culture", a indiqué Deve.

Il a ajouté que la délivrance de licences obligatoires aux journalistes pourrait être utilisée abusivement par les gouvernements, un fait qui a été souligné par la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples lorsqu'elle a adopté une Déclaration des principes sur la liberté d'expression en Afrique. "Cette déclaration indique que tout système d'enregistrement pour la presse écrite ne doit pas imposer des restrictions importantes sur le droit à la liberté d'expression", a ajouté Deve.

Durant le week-end, la police a arrêté au Zimbabwe au moins 20 travailleurs du Daily News et a fermé le journal quelques heures seulement après sa réapparition dans les kiosques, suite à une interdiction datant d'un mois.

Le quotidien, qui est fondé il y a quatre ans, a une longue série d'affrontements avec le gouvernement qui l'accuse d'être une couverture pour les intérêts occidentaux. Dans le passé, plusieurs de ses dirigeants ont été emprisonnés, dont Geoff Nyarota, premier directeur de publication très connu et fondateur du journal. Il y a eu également deux explosions non élucidées dans les locaux du journal et ses imprimeries respectivement.

Pendant ce temps, en Afrique du Sud, de récents événements ont soulevé des questions sur l'éthique, la fiabilité, l'utilisation de documents divulgués, les notes confidentielles, les droits d'auteur et droits de propriété intellectuelle dans la presse.

Au début de ce mois, la rédactrice en chef du magazine de mode 'Elle', Cynthia Vongai, a démissionné après la publication d'une chronique dans un quotidien, signée de son nom et non de celui de l'auteur d'origine.

Des accusations de plagia ont été également portées à l'encontre d'un journaliste populaire Darrel Bristow-Bovey, un ancien chroniqueur pour d'importantes publications dans les groupes de presse 'Johnnic' et 'Independent'.

City Press, un journal qui paraît les dimanches, a allégué la semaine dernière que Vongai avait plagié un article du site Internet askmen.com.

Bristow-Bovey aurait plagié le travail de l'auteur Bill Bryson pour son propre livre, 'Le Célibataire nu'. Le chroniqueur sud-africain est également accusé d'utiliser le travail de Jeremy Paxman, une personnalité de la télévision britannique, pour ses articles dans le 'Cape Times'.

Bristow-Bovey réfute ces allégations et attribue ses actions à la "négligence", tandis que Vongai admet qu'elle "n'a pas mentionné la source de l'article avant sa publication dans le Sowetan à cause d'une erreur d'inattention".

Dans une autre affaire, trois organisations de presse ont exprimé leur opposition à la délivrance d'une citation à comparaître à la journaliste politique sud-africaine Ranjeni Munusamy. La citation lui ordonne de fournir la preuve devant la Commission Hefer — nommée par le président Mbeki — pour enquêter sur les allégations selon lesquelles le procureur national, Bulelani Ngcuka, était un espion pour le gouvernement d'apartheid.

Le Forum national des éditeurs d'Afrique du Sud, l'Institut de liberté d'expression et la section kényane du MISA ont indiqué, dans une déclaration la semaine dernière, qu'ils étaient "totalement" opposés à ce que les journalistes soient interrogés sur leurs sources d'information confidentielles.

Munusamy a récemment démissionné du Sunday Times après avoir admis qu'elle avait transmis des documents à un journal rival 'City Press', documents qui montraient que le Congrès national africain avait enquêté sur Ngcuka pour espionnage présumé. Le directeur de publication du Sunday Times, Mathatha Tsedu, a affirmé qu'il avait refusé de publier l'information parce qu'elle manquait de crédibilité et de fiabilité. Dans leur déclaration, les trois organisations de presse indiquaient que, obliger un journaliste à témoigner, à fournir l'information, à remettre du matériel ou à révéler des sources confidentielles violait les droits constitutionnels de la liberté d'expression et de la liberté des médias.

Cela violait également la liberté de recevoir ou de donner des informations et des idées.

"En obligeant des journalistes à témoigner, des sources d'informations confidentielles vont inévitablement tarir puisque les gens ne feront plus confiance aux promesses de confidentialité de la presse, et finiront par craindre que donner l'information ne puisse avoir pour conséquence leur identification ou leur comparution devant un tribunal", souligne la déclaration.

Les organisations ont demandé à la commission de retirer la citation à comparaître et aux institutions étatiques, judiciaires et quasi-judiciaires de respecter et de soutenir la liberté de presse en tant que pierre angulaire de la démocratie.

Toutefois, le président de la commission, le juge Joos Hefer, a déclaré que la constitution n'accordait pas l'exemption de témoignage à "tous les journalistes dans toutes les circonstances". Il a ajouté : "Un journaliste, comme toute autre personne, (est) obligé de témoigner, mais a le droit de refuser de répondre à toute question spécifique contre laquelle il y a une objection valable".

Hefer a déclaré que Munusamy n'aurait pas nécessairement à révéler ses sources confidentielles si elle devait témoigner, et qu'il lui reviendrait en fin de compte de décider des questions auxquelles elle devait répondre.

Il a ajouté qu'il n'était pas persuadé de l'existence d'une quelconque menace réelle contre la sécurité personnelle de Munusamy, contre laquelle elle ne pouvait pas être protégée par des mesures et décisions appropriées.

Selon Tawana Kupe, un ancien professeur dans le Programme des études des médias à l'Université de Witswatersrand à Johannesburg, l'intégrité éditoriale est un terme qui englobe les normes éthiques comme l'exactitude, l'équilibre et l'impartialité, ainsi que le respect des idées publiées par d'autres. Cela a également rapport à la vérification rigoureuse durant le processus éditorial. Les lois sur les droits d'auteur et la propriété intellectuelle protègent les idées publiées et la créativité des autres.

Il a souligné que les allégations de plagia auxquelles doivent faire face Bovey et Vongai soulèvent une question plus vaste, relative à la minutie avec laquelle la vérification est faite dans le processus éditorial. Dans les deux cas, les articles passaient par le système et parvenaient au public. Alors que les directeurs de publication ont eu le mérite d'agir en retirant les chroniques, la question de savoir comment cela pouvait arriver reste toujours posée. "Les vérifications sont-elles assez rigoureuses?", a-t-il demandé.

Pippa Green, de la 'South African Broadcasting Corporation', a dit à IPS que bien que les normes du journalisme en Afrique australe aient connu une amélioration au cours des 10 dernières années, il était nécessaire que la presse regarde au-delà des événements quotidiens — et voie "l'image plus grande".

"Actuellement notre défi est de bâtir une culture de journalisme et d'enquête intellectuelle", a affirmé Green. "(Nous devons) considérer comme étant facile l'approche qui dit simplement que parce qu'un gouvernement est au pouvoir, tout ce qu'il fait doit être rejeté et vu comme un stratagème électoral. (Nous devrions) trouver un récit en explorant les thèmes et les questions plutôt que de nous précipiter d'un événement à un autre", a-t-elle ajouté.