DROITS-KENYA: Les hommes battus rompent le silence

NAIROBI, 31 oct (IPS) – Pour la première fois, des hommes kényans admettent qu'ils font les frais de la violence conjugale.

Au Kenya, la tradition interdit aux hommes de pleurer ou de parler de toute maltraitance qui leur est infligée, en particulier par des femmes.

"Les hommes ne sont pas supposés parler franchement, ni pleurer, parce qu'ils seront perçus comme des poltrons. Par conséquent, ils choisissent de ne pas en parler ouvertement. Les filles ou les femmes, de l'autre côté, grandissent en sachant qu'il est salutaire de pleurer et de parler ouvertement de la douleur infligée par leurs époux", explique Ann Gathumbi de la Coalition contre la violence faite aux femmes (COVAW) dans la capitale, Nairobi.

Cette tradition est en train de changer.

Des hommes battus ont maintenant créé une institution pour les protéger contre leurs épouses. L'organisation, 'Hommes pour un changement maintenant dans l'égalité de genre', était relativement inconnue dans le pays jusqu'à ce qu'une affaire dramatique d'un homme désespéré, cherchant assistance, soit mise en évidence. Avec cela, l'attention nationale a été brusquement secouée.

A la mi-octobre, une femme de l'ouest du Kenya a été accusée d'avoir agressé son mari avec lequel elle a trois enfants. Selon les rapports médicaux, l'homme souffrait de blessures graves sur la tête et le corps.

George Angwenyi, qui a subi dix années de violence physique de la part de sa femme, a depuis demandé de l'aide à la 'Fédération internationale des femmes juristes-Section kényane' (FIDA-KENYA), une organisation qui offre une assistance juridique aux femmes se trouvant dans le besoin.

"J'ai décidé de tout raconter parce que je ne peux plus supporter plus longtemps cette souffrance physique. Cette fois-ci, elle m'a battu et m'a laissé pour mort", aurait affirmé Angwenyi, dans la presse locale.

Son affaire fait suite à celle de John Irungu, qui, il y a trois mois, a demandé le divorce par le biais d'un tribunal de Nairobi au motif que sa femme le maltraitait et qu'il ne pouvait plus supporter ses coups de poing.

Dans la dernière série de violence, Irungu a déclaré que sa femme l'a battu avec une barre métallique. "Alors que j'étais couché dans le lit, elle est entrée et m'a donné un coup sur la bouche à l'aide de la barre métallique.

Elle n'a pas expliqué pourquoi elle faisait cela puisqu'elle ne m'a pas parlé. J'ai supporté cette situation en silence pendant cinq ans et je ne veux pas qu'elle revienne", a-t-il indiqué devant la cour.

Juste à peu près au même moment, une autre victime de violence conjugale a choisi de pardonner à sa femme — expliquant que leur fils était encore trop jeune et que sa femme avait promis de ne plus le battre.

La femme, Ann Njeri, avait reconnu devant la cour qu'elle battait son mari pour le provoquer.

Ces incidents ont donné un coup de pouce à la nouvelle organisation, 'Hommes pour un changement maintenant dans l'égalité de genre', dont le nombre d'adhérents ne cesse d'augmenter de jour en jour, selon le président Daniel Mbekar.

La maltraitance des hommes est en hausse, notamment en "zones urbaines", souligne Mbekar. Son organisation essaie de démontrer, à travers la recherche, pourquoi l'abus est plus prononcé dans les centres urbains.

"Les hommes sont en train d'être renvoyés de leurs lieux de travail jour et nuit, laissant quelquefois la famille sans aucun soutien. S'il se trouve que la femme travaille, elle répondra aux besoins de la famille pendant quelque temps après quoi, elle sera fatiguée, stressée et le déversera sur le mari", ajoute-t-il.

"En outre, comme les femmes sont de plus en plus sensibilisées sur l'égalité, elles s'attendent à ce que leurs maris jouent certains rôles qui étaient culturellement collés à la femme. Si l'homme refuse, un conflit naît et se traduit parfois par des coups et blessures sur l'homme", explique Mbekar.

Selon lui, au moins cinq hommes sont battus chaque semaine.

La 'Coalition contre la violence faite aux femmes' dit qu'elle a traité seulement de trois cas de violence contre les hommes au cours de la seule année écoulée, comparé à sept cas de femmes qu'elle reçoit chaque jour.

Les groupes de femmes exhortent les hommes victimes de la violence conjugale à demander de l'aide. "Il est temps de sortir du cocon du silence" et d'aborder le problème, estime Gathumbi.

"Nous n'admettons aucune forme de violence conjugale, que ce soit sur les hommes ou sur les femmes. La violence conjugale est une offense criminelle et il n'y a rien de mal à ce que des hommes dénoncent leurs femmes, juste comme des épouses signalent leurs maris", fait remarquer Joyce Majiwa, présidente du FIDA-Kenya. Son organisation reçoit 5.000 cas de femmes battues annuellement.

Pour faire connaître leur sort, des hommes battus sont en train d'organiser une réunion continentale pour s'attaquer aux cas croissants de violence à leur encontre. La rencontre se tiendra à Nairobi le mois prochain.

En plus de cela, la promulgation du projet de loi sur la violence conjugale au Kenya (Protection familiale) par le gouvernement ira loin dans la protection des hommes contre la brutalité de leurs épouses, ajoute Mbekar.

Le projet de loi, rédigé en 2001, cherche à s'attaquer au problème de violence de genre.