POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: La popularité de Mbeki monte parmi les électeursurbains

JOHANNESBURG, 29 oct (IPS) – "Un menteur" et un "inhumain" étaient les mots utilisés par le caricaturiste populaire sud-africain Pieter-Dirk Uys pour décrire le président Thabo Mbeki. Mais, selon des sondages, la popularité du président s'est accrue en prélude aux élections de l'année prochaine.

Uys critiquait le président pour ses récentes remarques controversées rapportées dans un journal américain, selon lesquelles il ne connaissait, personnellement, personne qui soit morte de SIDA. "Mbeki ment et condamne ainsi sa nation à mort et il est temps de remplacer cet homme par un dirigeant qui fait attention", déclarait-il.

Au cours d'un récent voyage à New York, Mbeki a admis qu'un Sud-Africain sur 10 – environ 5,3 millions de personnes – était infecté du VIH, mais a affirmé qu'aucun de ses proches n'était mort de la maladie.

Selon un sondage effectué par 'ACNielsen Research Group', 41 pour cent des gens considéraient la performance globale du gouvernement comme étant "bonne" ou "très bonne", une augmentation par rapport aux 29 pour cent d'il y a un an.

La cote de popularité de Mbeki parmi les gens à revenus modestes – ayant des revenus de ménage de moins de 800 rands (environ 115 dollars US) le mois – était de 43 pour cent, une hausse par rapport aux 27 pour cent de l'année dernière. Cette tranche de revenus comprend un gros morceau de la population d'Afrique du Sud, qui est de 44 millions d'habitants, où le chômage s'élève officiellement à 30 pour cent.

Selon la recherche, la cote de popularité de Mbeki avait grimpé parce qu'il avait cessé sa rhétorique controversée mettant en doute le lien entre le VIH et le SIDA. Son opposition à la guerre en Irak et la force du rand face aux monnaies internationales avaient également arrangé les choses.

Pendant des années, Mbeki a refusé de reconnaître le lien entre le VIH et le SIDA et a nié la valeur des médicaments anti-rétroviraux. Mais le gouvernement a annoncé récemment qu'il fournirait des médicaments anti-rétroviraux aux hôpitaux publics pour combattre la maladie.

Selon des analystes, le sondage qui a impliqué 2.486 ménages à travers le pays, devrait donner un coup de pouce à Mbeki, en prélude aux élections générales largement attendues pour se tenir en avril 2004. Selon des prévisions, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir devrait l'emporter, mais des analystes estiment que la question clé sera de savoir s'il gardera sa majorité des deux-tiers au parlement.

Un deuxième sondage, effectué par 'Research Surveys', révèle que 46 pour cent de Sud-Africains croient que Mbeki fait du bon boulot en tant que président d'Afrique du Sud.

'Research Surveys' a indiqué que les résultats du sondage étaient issus d'interviews avec 3.500 personnes interrogées ayant plus de 18 ans.

Cinquante-sept pour cent des sondés étaient dans les principales zones métropolitaines, 25 pour cent en zones rurales, et les 18 pour cent restants dans des petits centres urbains.

Contrairement aux 46 pour cent, qui pensaient que le président faisait du bon travail, 43 pour cent estimaient que ce n'était pas le cas.

'Research Surveys' a indiqué que les résultats de la population métropolitaine s'étaient considérablement améliorés avec le temps. En février 2002, 27 pour cent seulement des Sud-Africains métropolitains pensaient que Mbeki faisait du bon boulot. Ce chiffre est passé à 37 pour cent en février 2003 et était de 43 pour cent en août.

La popularité de Mbeki était plus faible parmi les jeunes, les 18-24 ans, et dans la catégorie des 50 ans et plus, réalisant 43 pour cent pour les deux groupes.

En prélude aux élections de l'année prochaine, le leader de l'opposition démocratique, Tony Léon, a intensifié ses critiques contre le parti au pouvoir. Le "déficit de démocratie" en Afrique du Sud, augmente au fur et à mesure que l'ANC se concentre sur la monopolisation de beaucoup plus de pouvoir pour lui-même, a-t-il écrit dans son bulletin hebdomadaire, la semaine dernière.

Selon Léon, alors que l'ANC s'était engagé à rendre le gouvernement transparent et responsable en 1994, aujourd'hui, il se fait qu'il ne rend de comptes à personne, si ce n'est à lui-même. Il a souligné que les lignes de séparation entre le parti au pouvoir et l'Etat étaient devenues floues, comme c'est le cas des lignes entre le parlement et l'exécutif. "Puisque l'ANC continue de grignoter dans les pratiques mêmes de transparence et de responsabilité qu'il avait promis de respecter, le déficit de démocratie en Afrique du Sud continue de se creuser de plus en plus", a-t-il déclaré.

Le pays a besoin d'une puissante alternative politique à l'ANC — une qui propose une série complète de politiques alternatives, pourrait défendre la transparence, et demander des comptes au parti au pouvoir, a ajouté Léon..

La Commission électorale indépendante (IEC) a annoncé des initiatives pour amener environ neuf millions de Sud-Africains à s'inscrire sur la liste électorale à temps pour les élections de l'année prochaine. Elle a également dévoilé des mesures visant à s'assurer que les coordonnées personnelles d'environ 18 millions de citoyens déjà inscrits pour voter étaient exactes.

Au centre de ces efforts, indique l'IEC, se trouvent les inscriptions, les 8 et 9 novembre, quand tous les 16.799 bureaux de vote seront ouverts dans tout le pays.

Cela fait une hausse de près de 2.000 bureaux, par rapport aux 15.000 utilisés pour les élections municipales il y a trois ans – une initiative visant à accroître le nombre d'électeurs en supprimant des obstacles à l'accès. Les nouveaux bureaux de vote sont pour la plupart dans des zones rurales et sous-développées.

Quelque 17,9 millions de Sud-Africains sont déjà inscrits pour voter. Selon des statistiques officielles, il y a 27 millions d'électeurs remplissant les conditions pour voter dans le pays. Le porte-parole de l'IEC a dit à IPS que les discussions étaient en cours avec le gouvernement pour fixer la date des élections de l'année prochaine.

Conformément à la constitution sud-africaine, les élections devraient être organisées d'ici au 2 septembre 2004.