SANTE-SENEGAL: Des syndicats d'enseignants s'engagent dans la lutte contrele VIH/SIDA à l'école

DAKAR, 29 oct (IPS) – Conscients de l'ampleur du SIDA et de son impact sur l'école au Sénégal, les principaux syndicats des enseignants ont formé un Comité des syndicats sénégalais de l'enseignement pour la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le SIDA en milieu scolaire.

Le taux de prévalence du SIDA en milieu scolaire reste encore une réelle énigme pour les enseignants sénégalais. Cette méconnaissance résulte de ce qu'il n'existe encore aucune donnée fiable disponible pour quantifier l'ampleur du fléau chez les élèves.

Le secrétaire général de l'Union démocratique des enseignants du Sénégal (UDEN), Mamadou Diop, confirme cette réalité, précisant même "qu'il n'y a pas encore de dépistage systématique du fléau, ni de statistique fiable en milieu scolaire en ce qui concerne la prévalence du SIDA".

Néanmoins, les principaux syndicats de l'enseignement du pays, dont le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES), le Syndicat des professeurs du supérieur (SYPROS), et l'UDEN se sont retrouvés au sein du Comité des syndicats sénégalais de l'enseignement pour la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) et le SIDA en milieu scolaire (COSSEL-SIDA).

Officiellement, le taux national de prévalence du SIDA est de 1,4 pour cent. Le Plan national de lutte contre le SIDA (2002-2006) a pour objectif de maintenir ce taux en dessous de 3 pour cent. A la fin 2001, les chiffres officiels faisaient état de 80.000 personnes infectées par le VIH/SIDA dont 20.000 orphelins du SIDA. Partageant l'adage selon lequel "mieux vaut prévenir que guérir", le secrétaire général de l'UDEN, également député à l'Assemblée nationale, estime "qu'une action vigoureuse en matière scolaire permettra surtout de préserver de la pandémie les élèves qui constituent des couches vulnérables".

Selon Diop, "élever le niveau de conscience et de responsabilité des apprenants peut notamment contribuer à l'émergence d'un espace scolaire viable, pouvant favoriser la diminution de la progression du SIDA".

A cet effet, un millier d'enseignants des cours élémentaire, moyen et secondaire ont été formés comme des agents de plaidoyer. Quelque 600 autres enseignants devraient être initiés en 2004. Les enseignants regroupés au sein du COSSEL-SIDA ont initié un plan d'action basé principalement sur une démarche préventive de façon à attirer l'attention de la communauté sur les dangers qui guettent l'école. L'impact de l'infection du SIDA est d'autant plus préoccupant que la maladie s'étend maintenant au milieu scolaire où elle n'épargne ni les élèves ni les enseignants.

"Non seulement la maladie fait des ravages chez les enseignants eux-mêmes, mais encore, elle compromet les chances de réussite des enfants orphelins du SIDA et ceux dont les parents sont contaminés", explique Al Ousseynou Sy, chercheur-formateur à l'Institut national d'étude et d'action pour le développement de l'éducation (INEADE), basé à Dakar, la capitale sénégalaise.

La démarche du Sénégal dans la lutte contre le VIH/SIDA à l'école reste encore caractérisée par l'absence d'une vision politique claire, regrette Mame Seye Seck, secrétaire administrative de l'UDEN. Selon elle, cette situation a des conséquences évidentes sur les initiatives sectorielles de sensibilisation sur la pandémie, menées dans le monde scolaire. Le ministère de l'Education nationale devrait explorer toutes les possibilités qu'offrent les techniques modernes de communication pour l'élaboration des supports didactiques, suggère-t-elle.

Au Sénégal, les initiatives de lutte contre le VIH/SIDA dans le secteur de l'éducation se déroulent dans un contexte socioculturel très particulier.

"L'éducation sexuelle en tant que telle constitue une question sensible, délicate, elle est peu pratiquée dans les familles à cause de la pudeur qui entoure les rapports entre adultes et jeunes", souligne Sy. Sadikh Diaw, directeur de l'école Fass-Nantes de Rufisque, une proche banlieue de Dakar, confirme les difficultés qu'il éprouve, au même titre que la plupart de ses collègues, à aborder des sujets liés à la sexualité devant ses élèves, encore moins le SIDA.

"Le sexe, on n'en parle pas ouvertement dans nos cours, mais il fait irruption dans nos salons à partir du petit écran", reconnaît Diaw, ajoutant : "Pour le cours sur les IST, je fais appel à un spécialiste de la santé car j'ai des problèmes pour parler de sexe à mes élèves qui sont trop jeunes".

Conscient de la nécessité de briser le silence qui entoure le SIDA à l'école, Dr Ousmane Sokhna, de l'Inspection médicale des écoles, affirme "qu'un accent particulier doit être accordé à la sensibilisation et à la formation des enseignants sur les IST et le VIH/SIDA puisqu'ils constituent des piliers dans la lutte contre ces maladies".

Depuis environ une décennie, le Sénégal déploie des efforts pour préserver l'école de la propagation du VIH/SIDA. Ces efforts sont menés en classe et en dehors par des activités de formation et de sensibilisation, notamment avec le Groupe pour l'étude et l'enseignement de la population (GEEP). Le GEEP s'investit, depuis 1994, dans le domaine de la sensibilisation des jeunes sur les problèmes de population, de santé de la reproduction, d'environnement et de développement.

"La stratégie adoptée pour la santé de la reproduction (qui intègre les IST et le SIDA) repose sur des structures d'animation et de sensibilisation : les Clubs éducation à la vie familiale, considérés comme un moyen d'asseoir, de façon durable, les changements d'attitudes et de comportements souhaités", indique Babacar Fall, coordonnateur du GEEP. Cependant, bien que partageant avec la communauté internationale la même détermination dans la lutte contre la pandémie du SIDA, le Sénégal n'a pas encore procédé à une intégration cohérente de l'enseignement du VIH dans son système éducatif. Il n'existe pas encore une discipline SIDA, mais on peut dispenser un enseignement sur ce thème en sciences naturelles, en éducation morale et civique, en éducation sanitaire, et en économie familiale et sociale.

Ainsi, dans certains secteurs de l'enseignement, le SIDA ne figure même pas au programme. C'est le cas notamment de l'enseignement élémentaire. Dans d'autres secteurs, il figure au programme, mais de façon incomplète, comme dans l'enseignement moyen et secondaire. Dans les deux cas, l'enseignement du SIDA est considéré comme une activité pédagogique marginale puisqu'il n'a pas un statut de discipline d'enseignement comme l'histoire, la géographie, la physique…, avec un crédit horaire déterminé en fonction de son importance.

"L'enseignement du SIDA reste encore une discipline transversale, voire un SDF (sans domicile fixe) que les autres matières (sciences naturelles, éducation civique et morale, économie sociale et familiale, notamment) peuvent accueillir", ajoute Sy.