NAIROBI, 28 oct (IPS) – L'espoir de recevoir la thérapie anti-rétrovirale s'est rapproché un peu plus des millions de Kényans séropositifs récemment, avec l'annonce d'une réduction des prix de certains des médicaments qui sont utilisés pour traiter le SIDA.
Le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), basé en Grande-Bretagne, a indiqué la semaine dernière qu'il allait baisser le prix de divers anti-rétroviraux (ARV), de 25 à 43 pour cent. Ceci intervient en pleine campagne des activistes du SIDA, pour demander la réduction du le coût des ARV, qui prolongent la vie des personnes infectées par le virus d'immunodéficience acquise. Le prix d'une dose quotidienne de Combovir a été réduit de 0,92 dollar à 0,69 dollar. Ce médicament est considéré comme "la base" de plusieurs programmes de traitement, et est recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Epivir et Retrovir – deux autres médicaments utilisés dans le soi-disant "cocktails de médicaments" – ont également vu leurs prix réduits. Un traitement quotidien de Epivir se vend maintenant à 0,20 dollar par jour (contre 0,36 dollar auparavant) tandis que le Retrovir se vend en détail à 0,62 dollar.
Des responsables de GlaxoSmithKline ont décrit les réductions comme une preuve de leur désir d'aider à combattre la pandémie du SIDA en Afrique.
Actuellement, 29,4 millions de personnes en Afrique subsaharienne sont infectées du VIH, dont 2,4 millions au Kenya.
"La pandémie du VIH/SIDA constitue un défi unique pour la communauté mondiale. (Les réductions de coût) démontrent notre engagement à jouer un rôle intégral dans la réponse globale – à travers une fixation de prix préférentiels et durables, l'investissement communautaire, la recherche et la mise au point de nouveaux médicaments et vaccins pour lutter contre la maladie", a déclaré Andrew Bullock, directeur exécutif de GSK pour l'Afrique de l'est. Des organisations anti-SIDA ont loué l'initiative, mais estiment qu'on doit faire beaucoup plus. "Ceci est un pas dans la bonne direction. Mais, nous devons nous demander combien de Kényans ont les moyens d'acheter ces médicaments", a fait remarquer Asunta Wagura, directrice exécutive du Réseau des femmes vivant avec le SIDA au Kenya. Wagura est elle-même séropositive. "Si une majorité de la population n'a même pas les moyens de suivre un bon régime, qui est obligatoire dans la gestion de la maladie, comment fera-t-elle pour acheter les médicaments?", a-t-elle ajouté. Wagura a souligné que les réductions de prix devaient être accompagnées de discussions sur l'amélioration de la distribution des ARV. Des statistiques du ministère de la Santé indiquent que 700 Kényans meurent de maladies liées au SIDA chaque jour. Des activistes ont également accusé le gouvernement de ne pas proposer une stratégie nationale pour fournir la thérapie anti-rétrovirale. "C'est triste que le pays n'ait aucun plan national de traitement ARV, alors que 250.000 Kényans ont immédiatement besoin de traitement – ou risquent la mort à cause de la négligence du gouvernement", a déclaré, récemment, Mercy Otim de la Coalition kényane pour l'accès aux médicaments essentiels. Le gouvernement soutient toutefois qu'il a l'intention de distribuer les médicaments gratuitement dans toutes ses 3.400 formations sanitaires.
"A l'heure actuelle, la plupart des ARV sont en train d'être distribués gratuitement dans les centres de santé; seul un petit pourcentage est vendu. Nous envisageons d'atteindre chaque Kényan infecté", indique Richard Abura, premier responsable des relations publiques au ministère de la Santé.
Présentement, les ARV gratuits ne parviennent qu'à environ 6.000 Kényans.
Mais, Abura affirme que son gouvernement négocie de nouvelles réductions de prix auprès des firmes pharmaceutiques.
Il croit que le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme faciliterait également les choses. "(Dès que) nous recevrons une partie du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, nous étendrons nos activités pour atteindre chaque personne infectée".
Toutefois, des inquiétudes sont apparues par rapport à la question de savoir si le fonds a reçu suffisamment de soutien financier pour satisfaire les demandes des nations sérieusement touchées par la pandémie. Selon Aidspan, une organisation non-gouvernementale (ONG) basée aux Etats-Unis, le fonds aura besoin d'un minimum de 5 milliards de dollars d'ici à la fin de 2004. A ce jour, un peu plus de 2,5 milliards de dollars ont été promis par des gouvernements donateurs.
La question des réductions de prix des ARV a été une pierre dans la chaussure des militants anti-SIDA. Le mois dernier, plus de 100 activistes ont manifesté pour appuyer leurs demandes pendant la 13ème Conférence internationale sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles en Afrique – qui s'est tenue dans la capitale kényane, Nairobi. L'OMS et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) soulignent que leur objectif est de fournir une thérapie anti-rétrovirale à 3 millions de personnes dans les pays les plus durement touchés par le SIDA, d'ici à 2005. L'ONUSIDA estime qu'à l'heure actuelle, un pour cent seulement des Africains ayant besoin d'ARV reçoit les médicaments.

