ECONOMIE-AFRIQUE DU SUD: Plus de ménages pauvres qu'il n'y en avait durantl'apartheid

JOHANNESBURG, 27 oct (IPS) – Qu'est ce que la liberté a apporté? Cela fait presque 10 ans que l'apartheid a pris fin et le gouvernement a publié son projet de revue de sa première décennie au pouvoir pour présenter le reflet de sa propre performance.

Son image des années de liberté révèle un schéma en dents de scie – bon à certains endroits; inégal à d'autres.

Il y a plus de ménages pauvres qu'il n'y en avait en 1994 lorsque le Congrès national africain (ANC) était élu. A l'époque, 28 pour cent de tous les ménages vivaient dans la pauvreté; ce chiffre est maintenant passé à un ménage sur trois. Mais cela ne veut pas dire nécessairement que les gens sont plus pauvres, affirme le gouvernement.

Le dernier recensement révèle que 20 pour cent de la population dans les provinces, ayant les plus grands centres métropolitains, sont de nouveaux migrants internes, un facteur qui a conduit à une pléthore de nouveaux et plus petits ménages qui ont accru le taux de la pauvreté totale des ménages. Mais le tableau de la pauvreté ne devrait pas être vraisemblablement trop loin de la réalité malgré la hausse soudaine des ménages, et ceci parce que le chômage a considérablement augmenté.

En général, le marché du travail a connu une croissance de 1,6 million de nouveaux emplois entre 1995 et 2002, mais c'est là le hic : "Durant la même période, le nombre de chômeurs est passé de 1,9 million à 4,2 millions, une augmentation de 2,3 millions". Le chômage sera le plus grand défi de l'Etat durant la prochaine décennie, indique la revue.

Pour rédiger son carnet d'évaluation, le gouvernement a institué un système "d'indicateurs composites" semblables aux indicateurs de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin de mesurer l'infrastructure (comme le logement, l'eau et les installations sanitaires); la qualité de vie (comme les services de base y compris la santé, les programmes d'alphabétisation et la qualité de l'environnement) ainsi que l'inclusion politique et sociale.

L'indicateur est mesuré par des variables allant de zéro à 1; 1 étant la fourniture complète du service. Chacun de ces indices révèle des améliorations, le plus élevé étant 0,6 pour l'infrastructure. Mais les indicateurs de sécurité ainsi que ceux de la participation économique ont reculé parce que le crime et le chômage ont constitué de grands défis.

"Ces indicateurs font penser que la légitimité de la politique et le tissu social s'améliorent, notamment dans des institutions formelles", selon la revue.

La croissance économique a atteint en moyenne 2,8 pour cent – trop bas pour parvenir à la création d'emplois nécessaires pour conjurer le chômage endémique, mais le gouvernement a entrepris une extension massive des services. La fourniture d'eau a été étendue à 85 pour cent de ménages, de 60 pour cent en 1996; l'électrification a doublé dans la même période. Mais le logement fait face à une énigme : avec l'augmentation du nombre de ménages de deux millions pendant les 10 dernières années, la liste d'attente devient de plus en plus longue. S'exprimant à titre personnel, le conseiller politique principal du PNUD à Pretoria, Asgar Adelzadeh, a décrit la transformation de l'Afrique du Sud au cours des dix dernières années comme "incomplète".

Il fait remarquer que dans certains domaines, le gouvernement a obtenu vraiment de bons résultats, notamment dans l'établissement d'institutions démocratiques, comme un système juridique indépendant non racial.

Toutefois, Adelzadeh est critique à l'égard de certaines politiques économiques du gouvernement. Alors que l'Afrique du Sud a reçu des éloges tant sur le plan national qu'international, d'hommes d'affaires et d'investisseurs, entre autres, pour ses politiques économiques relativement orthodoxes, il s'en est toutefois suivi que le pays n'a pas pu créer des emplois sur l'échelle nécessaire et qu'il a été relativement conservateur dans ses dépenses pour le développement social.

"Ils savaient qu'ils devaient faire des concessions mutuelles, avec la politique économique", fait-il remarquer, "mais ils n'ont pas fait nécessairement les meilleurs choix". Il est également préoccupé que le programme de réforme agraire du pays, qui aurait pu être utilisé pour créer la richesse et la sécurité des pauvres ruraux, avance très lentement.

Pour sa part, le gouvernement admet qu'il se bat toujours pour transformer les services publics dont il a hérité en une fonction publique efficace et en un instrument de développement social et économique.

"Les succès du gouvernement se produisent plus souvent dans des domaines où il a un contrôle significatif et son manque de succès immédiat intervient plus souvent dans des domaines où il ne pourrait avoir qu'une influence indirecte". Le rapport souligne que ses zones de moindre influence sont le comportement de l'administration et son interaction avec la société civile qui sont beaucoup moins lents à montrer des améliorations.

Une raison de son manque d'influence est que la bureaucratie d'Etat est toujours à court de compétences en matière de gestion et d'autres aptitudes techniques dont elle a besoin pour être une administration efficace et un outil de politique gouvernementale.

Ceci, en dépit des tentatives répétées du gouvernement de remanier, de recycler et de réduire le nombre des employés de l'Etat ces dernières années. La résistance des syndicats de travailleurs du secteur public aux plans et politiques du gouvernement constitue l'une des principales raisons de ces échecs.

Une autre raison est l'incapacité de certaines parties de la bureaucratie d'Etat, en particulier les structures gouvernementales locales et provinciales, à assurer des services essentiels aux communautés à cause de leurs faiblesses inhérentes. Selon la revue, cela a poussé le gouvernement national à commencer par envisager d'intervenir plus directement dans le fonctionnement de ces structures gouvernementales provinciales et locales.