POLITIQUE-RD CONGO: Rapprochement sur fond de méfiance entre Kigali etKinshasa

KINSHASA, 28 oct (IPS) – Les fréquentations diplomatiques repartent lentement entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), mais toujours sur fond de méfiance entre les deux capitales, Kigali et Kinshasa.

Le séjour de 36 heures, à Kinshasa, de Charles Muligandé, ministre rwandais des Affaires étrangères, la semaine dernière, est considéré par des observateurs comme étant le signal de départ d'un "nouvel esprit dans les relations naguère tumultueuses" entre les deux pays. Et si l'on en croit le chef de la diplomatie rwandaise, il a même été question d'une probable reprise progressive des relations diplomatiques jusqu'au niveau des ambassadeurs. Inimaginable, il y a quelques mois, la visite, dans la capitale de la RDC, d'un ministre des Affaires étrangères du Rwanda constitue une véritable première. En fait, c'est curieusement un incident diplomatique assez grave qui est à l'origine de ce rapprochement entre le Rwanda et la RDC. Selon des observateurs à Kinshasa, Muligandé est venu éteindre un feu qu'il avait allumé lui-même à Kigali, début-octobre. En effet, alors qu'il recevait le sous-secrétaire d'Etat américain chargé des Affaires africaines, Muligandé avait accusé le nouveau gouvernement en place à Kinshasa "de continuer d'entretenir financièrement et en logistique les ex-Forces armées rwandaises ainsi que les milices interahamwe encore présents sur le territoire de la République démocratique du Congo". "Si cela perdure", avait-il ajouté, "nous sommes prêts à intervenir de nouveau militairement au Congo". Il n'en a pas fallu plus pour que les esprits s'échauffent à Kinshasa, du simple citoyen aux hommes politiques. Les déclarations de Muligandé avaient également suscité des vagues de protestations dans la société civile congolaise qui avait accusé le ministre rwandais de "n'avoir rien compris à l'évolution de la géopolitique en Afrique centrale". "Muligandé continue de jouer un disque complètement rayé devant les Américains pour entretenir l'éternel fonds de commerce du Rwanda", a déclaré, à IPS, Sylvain Singa, activiste de l'ONG Justice et Paix de Butembo, province du Nord-Kivu, en séjour à Kinshasa. "Le génocide rwandais, les Interahamwe et tout ce qui s'y rapporte n'ont jamais constitué un problème congolais. Les Congolais n'ont pas participé aux tueries à grande échelle qui se sont déroulées au Rwanda, pas plus qu'ils n'ont invité les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) sur le territoire congolais". Mais il n'empêche. La visite de Muligandé à Kinshasa a beaucoup intéressé la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC), qui, par le truchement de son chef, William Swing, a été la première à "féliciter les gouvernements de la RDC et du Rwanda pour cette importante première étape franchie dans la mise en application des principes de relations de bon voisinage et de coopération entre la RDC, le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda, adoptés à New York le 25 septembre dernier". De même, interrogé par la presse de Kinshasa, le général Mountanga Diallo, chef de l'état-major de la MONUC, s'était dit inquiet de constater que le Rwanda restait toujours sur le pied de guerre pendant que la donne avait complètement changé : "Les Rwandais ont administré ce territoire qu'ils disent infesté par les ex-FAR et les milices interahamwe sans réussir ni à les débusquer ni à les déloger".

A Kinshasa, le ministre rwandais des Affaires étrangères a eu l'occasion de rencontrer toutes les hautes autorités politiques de la RDC en commençant par le chef de l'Etat, le général Joseph Kabila. Les discussions auraient porté, en majeure partie, sur l'éternelle question de la sécurisation des frontières rwandaises dans l'est de la RDC, selon des sources proches de la présidence. Les autorités congolaises auraient promis de travailler, de concert avec la MONUC, à neutraliser les différents groupes armés issus du Rwanda et de ne pas laisser leur territoire servir de base arrière pour des opérations de déstabilisation d'autres pays. Il reste toutefois que la méfiance entre les deux pays n'a pas encore disparu.

Beaucoup d'ONG, opérant dans la province du Nord-Kivu, continuent de dénoncer des mouvements de troupes rwandaises dans les localités congolaises frontalières du Rwanda. Le RCD/Goma – ancien allié du Rwanda -, qui gère toujours cette partie de la RDC, reconnaît qu'il y a risque de confusion "du fait que les soldats congolais, basés dans la région, ont le même phénotype que les soldats rwandais". La visite de Muligandé à Kinshasa a tout de même l'avantage d'amorcer une évolution positive des relations de voisinage dans la région des Grands Lacs. Au sujet de ses déclarations incriminées, il a affirmé que celles-ci lui avaient été imputées alors que ce n'était pas exactement ce qu'il avait déclaré. "Les relations de bon voisinage entre le Rwanda et la RDC ont été trop longtemps perturbées par les conséquences du génocide au Rwanda", a indiqué Muligandé. "Il est temps que nous mettions fin aux suspicions et à la méfiance réciproques. Lors de notre dernière rencontre de New York, nous avons pris la résolution de ne plus entretenir des relations conflictuelles dans notre sous-région. Nous continuons d'y œuvrer", a-t-il ajouté.