KIGALI, 27 oct (IPS) – La prestation de serment du nouveau gouvernement, la semaine dernière, précédée de celle des 80 députés et 20 sénateurs, issus des dernières élections législatives au Rwanda, marque le début de la première législature après neuf années de transition politique dans ce pays.
Le principal mérite de cette nouvelle donne politique rwandaise est que les nouvelles institutions affichent une forte présence féminine, conformément aux dispositions de la nouvelle constitution. Celle-ci prévoit que 30 pour cent des places au moins, dans les administrations ou en politique, doivent être réservées aux femmes, au nom de la promotion de l'égalité de genre. Ainsi 39 des 80 députés sont des femmes; de même que cinq des 20 sénateurs, quatre des 17 ministres et cinq des 11 secrétaires d'Etat. Les deuxièmes vices-présidences des deux chambres du parlement sont occupées également par des femmes, respectivement Marie Mukantabana du Front patriotique rwandais (FPR) pour le Sénat et Pénélope Nkantarama du Parti social démocrate (PSD) pour la Chambre basse.
"Cette percée de la femme rwandaise est à la fois un progrès louable pour la nation et en même temps un défi qui nous est lancé. Nous devons désormais prouver que nous méritons d'occuper ces places qui nous ont été concédées", commente Agnès Kayijire, une des femmes sénateurs, élue de la province de Kibuye, dans l'ouest du Rwanda.
Mais globalement, les nouvelles institutions sont marquées par la continuité. Bernard Makuza, Premier ministre du gouvernement de transition sortant depuis mars 2000, a été reconduit à son poste. Sont également reconduits la plupart des ministres de son ancienne équipe : 14 ministres sur 17 et huit secrétaires d'Etat sur 11. De même, le nouveau parlement ressemble fort à l'ancienne assemblée nationale de transition. Les 80 députés et 20 sénateurs, élus ou nommés au terme des scrutins du 29 septembre au 2 octobre, sont tous des personnalités qui ont animé la transition. Ils étaient des ex-députés ou anciens ministres pour quelques-uns. Le président et le vice-président du parlement de transition, respectivement Vincent Biruta du PSD et Prospère Higiro du Parti libéral (PL), se retrouvent ainsi aux mêmes fonctions, à la tête du nouveau Sénat, tandis que la Chambre basse du parlement est présidée par Alfred Mukezanfura du Parti démocrate centriste (PDC). Ancien vice-président de la Commission juridique et constitutionnelle, Mukezanfura avait dirigé le projet d'élaboration de la nouvelle constitution adoptée à 93 pour cent par les Rwandais au référendum du 26 mai dernier.
Ce non-renouvellement de la classe politique dirigeante s'explique par un jeu complexe de scrutins directs à la proportionnelle, de scrutins indirects et de nominations. Sur les 80 siéges de la Chambre basse du parlement, 24 étaient réservés aux femmes, deux aux jeunes et un aux personnes handicapées. Ces sièges ont été pourvus, au scrutin indirect, par les collectifs d'associations respectifs de ces différentes catégories de personnes, le 29 septembre et le 2 octobre. Le 30 septembre, les 3,9 millions de Rwandais, inscrits sur les listes électorales, n'étaient donc appelés que pour élire les députés des 53 siéges restants. Quatre listes de partis politiques et 19 candidats indépendants étaient en lice pour ce scrutin. Au bout du compte, la coalition formée autour du parti présidentiel, le FPR, remporte le scrutin avec plus de 73 pour cent des voix. Arrive ensuite le PSD avec 10 pour cent, suivi du PL avec 7 pour cent. Le Parti pour le progrès et la concorde (PPC) et les 19 candidats indépendants n'ont obtenu aucun siège au parlement pour avoir réalisé moins de 5 pour cent des suffrages. Les 20 sénateurs, eux, ont été en partie nommés et en partie élus au scrutin indirect du 2 octobre : 12 d'entre eux sont élus à raison d'un sénateur pour chacune de 12 provinces, par un corps électoral composé des conseillers communaux des 106 districts et villes du pays. Le président de la République a nommé quatre sénateurs; le forum des partis politiques en a désigné deux et les universités privées et publiques en ont élu deux. Finalement, le président Paul Kagame, élu le 26 août avec 95,05 pour cent des voix, se retrouve avec un parlement qui lui est acquis aux trois quarts.
"Aussi complexe qu'a été le système législatif rwandais, le processus est néanmoins conforme aux prescriptions de la nouvelle constitution", fait remarquer Cyrien Kanamugire, juriste et politologue rwandais.
Jean Paul Tuyusenge, rédacteur en chef du journal bimensuel catholique 'Kinyamateka', déclare : "Avec la reconduction de la plupart des acteurs de transition, tant au niveau du parlement qu'à celui du gouvernement, l'après-transition prend les allures d'une transition bis". La mission d'observation de l'Union européenne (UE), invitée comme d'autres missions internationales, à superviser le processus législatif ayant conduit à ces résultats, a dénoncé des "fraudes et des irrégularités" qui ont émaillé le scrutin direct du 30 septembre. En outre, "Ces élections législatives se sont déroulées sans une véritable opposition", a déclaré la députée européenne, Collette Flesch, chef des observateurs de l'UE. Dans son rapport préliminaire, la mission des observateurs de l'UE déplorait la disqualification, la veille du scrutin, de Célestin Kabanda et Jean-Baptiste Sindikubwabo, candidats indépendants et co-fondateurs d'un parti politique interdit. Les deux avaient été reconnus, par la Commission électorale nationale, "coupables de faux" lors du dépôt de leurs candidatures.
"Ces irrégularités et ces disqualifications, qui n'enfreignent en rien la loi électorale, ne sont pas de nature à remettre en cause les résultats du scrutin", affirmait plutôt Hamidou Diabaté, chef de l'équipe d'observateurs de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). La majorité de plus de 1.000 observateurs nationaux et étrangers reconnaît cependant que ces premières législatives pluralistes au Rwanda, depuis le génocide de 1994, se sont déroulées dans le calme et sans incidents violents. Elles auront constitué "une étape importante vers l'établissement d'institutions démocratiques durables", indique le rapport des observateurs européens.

