DROITS-OUGANDA: Les femmes exigent une loi pour éradiquer la violencedomestique

NAIROBI, 24 oct (IPS) – Des militantes des droits en Ouganda exigent une loi pour protéger les femmes contre la violence domestique, qu'on accuse d'être responsable du fort taux de prévalence du VIH/SIDA parmi elles.

Les militantes, pour la plupart des groupes de femmes, ont soutenu que l'absence d'une telle législation atténuerait les efforts pour combattre la pandémie.

Cette nation est-africaine a été saluée pour ses progrès dans la lutte contre la maladie, comme l'ont démontré les taux de prévalence du VIH en baisse, d'environ 18 pour cent en 1992 à 6,5 en 2002.

Les groupes soutiennent que le projet de loi proposé sur les relations familiales, qui est supposé s'attaquer à la violence domestique, ne l'aborde pas suffisamment.

"Si nous retirons la violence domestique du projet de loi et que nous la laissons seule comme une loi à part, nous pouvons réaliser quelques progrès dans la réduction du risque de contraction de la maladie parmi les femmes", a indiqué, à IPS, Evas Ruhindi, directrice exécutive par intérim du Centre de documentation sur le genre en Ouganda, dans un entretien téléphonique, depuis la capitale, Kampala.

"Le projet de loi sur les relations familiales est trop général et contient des éléments qui sont controversés et, n'est pas, par conséquent, le bon instrument pour éradiquer la violence conjugale", affirme-t-elle.

Les militantes affirment qu'en l'absence d'une loi pour poursuivre les auteurs de violence conjugale à l'encontre des femmes, le taux du VIH/SIDA ne ferait que monter en flèche.

"S'il n'y a rien pour faire peur aux hommes et leur montrer que la violence domestique est mauvaise, alors les femmes et, en fin de compte les enfants, continueront de porter le poids du SIDA", fait remarquer Florence Mahoro du Centre d'information sur le SIDA (AIC) à Kampala.

Des statistiques fournies par Partenariat VIH/SIDA d'Ouganda, une coalition d'organisations de la société civile, d'organisations internationales et d'organismes gouvernementaux pour répondre à la crise du VIH dans le pays, indiquent que plus d'un million d'Ougandais sont infectés par la maladie.

L'Ouganda compte environ deux millions d'orphelins du SIDA.

La question de la violence conjugale, contribuant à la propagation du VIH/SIDA parmi les femmes, est également apparue dans une recherche récente effectuée par l'AIC en Ouganda.

Intitulée 'La non divulgation du statut séropositif des femmes à leurs partenaires hommes est un défi à la prévention', l'étude montre que 60 pour cent des femmes ne révèlent pas leur statut séropositif à leurs époux par crainte d'être battues.

Par conséquent, il y a de plus en plus de cas d'infection de VIH et de ré-infection. "Ceci est un obstacle aux efforts de prévention du VIH/SIDA", constate Mahoro.

Des groupes de défense des droits ont exhorté le gouvernement à redoubler ses efforts pour protéger les femmes contre la violence domestique.

"L'incapacité du gouvernement ougandais à s'attaquer à la violence domestique coûte la vie aux femmes. Tout succès connu par l'Ouganda dans sa lutte contre le VIH/SIDA sera de courte durée si le gouvernement ne s'attaque pas à ce problème urgent", a déclaré LaShawn Jefferson, directrice exécutive de la Division droits des femmes de Human Rights Watch, une organisation de surveillance des droits, basée aux Etats-Unis.

Le nouveau rapport de l'organisation, 'Mourir tout simplement en silence : la violence domestique et la vulnérabilité des femmes au VIH en Ouganda', parle du viol répandu et des agressions brutales des femmes par leurs maris.

La semaine dernière, Human Rights Watch a écrit au président George W. Bush pour qu'il exhorte son homologue ougandais Yoweri Museveni à promulguer une loi qui proscrirait la violence domestique, y compris le viol de la femme par son mari.

L'Ouganda fait partie des 14 pays proposés pour recevoir, des Etats-Unis, un appui au programme anti-SIDA, pendant cinq ans. On ne connaît pas le montant exact de l'aide que les Etats-Unis octroieront finalement à l'Ouganda.

En février, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a signé une subvention d'aide d'une valeur de plus de 36 millions de dollars US pour soutenir la lutte actuelle contre le VIH/SIDA en Ouganda. Human Rights Watch a demandé au Fonds mondial, au gouvernement américain, à la Banque mondiale, et à d'autres donateurs de faire en sorte que les programmes de prévention du SIDA ciblent en particulier la violence conjugale, y compris la violence sexuelle dans le mariage, comme des éléments centraux de leurs stratégies.

Les femmes législatrices en Ouganda demandent également au gouvernement de déposer sur la table le 'projet de loi sur les relations familiales' en veilleuse pour qu'il soit débattu au parlement.

Mais des responsables gouvernementaux ont soutenu que toutes les questions liées à la femme et au mari sont bien abordées dans le projet de loi, qui, selon eux, n'en a plus pour longtemps pour être votée.

"Le projet de loi mentionne tous les aspects des relations entre l'homme et la femme et passe encore par différents rouages du parlement", a indiqué, à IPS, Onapito Ekomoloit, conseiller spécial du président à la presse, dans une interview.

"Ce n'est pas que le gouvernement a fermé les yeux sur ce qui se passe actuellement. Notre projet de loi est complet et sera promulgué très bientôt", a-t-il déclaré. "Le gouvernement est sur la bonne voie dans le traitement de ce problème. Les organisations de défense des droits de l'Homme pourraient sembler impatientes, mais le gouvernement fait tout ce qu'il peut".

L'Ouganda n'est pas seul. Son voisin, le Kenya a été également accusé de manquer de législation pour protéger les femmes contre la violence domestique, y compris le viol de la femme par son mari.