CULTURE-MALAWI: Des femmes encore harcelées pour ce qu'elles portent

BLANTYRE, 23 oct (IPS) – Un matin, Maria Lucas, (pas de son vrai nom) marchait le long de la voie animée Haile Selassie qui pénètre au cœur du centre commercial Blantyre, au Malawi, lorsqu'un gang de vendeurs de rue incontrôlés s'est emparé d'elle.

La volontaire expatriée sans méfiance, âgée de 34 ans, était vêtue d'une minijupe collant lorsque le gang l'a attaquée.

Ils l'ont fait tomber, tout en se ruant pour la déshabiller et arracher de force son slip afin de la violer. Mais quelques bons samaritains sont intervenus juste à ce moment, déjouant le complot sinistre du gang et la soustrayant rapidement de leurs mains pour l'amener dans un lieu sûr.

"Je me sens encore dégoûtée par ce qui est arrivé. C'était si brutal et inhumain", se rappelle Lucas, qui travaille pour une organisation non gouvernementale (ONG) internationale au Malawi.

Exaspérés par l'incident, des groupes de pression de femmes ont organisé une marche de protestation dans la ville, pour dénoncer l'agression contre la femme.

Lucas a pris part à la marche, qui a retenu l'attention de la ville puisque les manifestants brandissaient une copie de la constitution du Malawi.

Certaines tenaient des pancartes sur lesquelles étaient inscrits des messages virulents comme 'Castrer tous les violeurs".

Lucas n'est pas la seule victime de harcèlements sexuels au Malawi.

La police indique qu'il y a eu une augmentation de la fréquence de cas où des femmes et des jeunes filles ont été violées ou harcelées pour avoir porté ce que leurs agresseurs décrivent comme étant 'des vêtements sexuellement suggestifs et excitants'.

"Cette tendance a refait surface après avoir été éradiquée. C'est déplorable", estime George Chikowi, porte-parole de la police à Lilongwe, la capitale du Malawi.

Selon lui, sur 10 crimes présumés signalés à la police chaque jour, cinq impliquaient des femmes qui ont été soit violées soit harcelées par des hommes qui ont tenté de les violer.

L'augmentation de la fréquence de cas de viol a donné lieu à un débat au Malawi avec des groupes de femmes suspectant des stéréotypes de jouer un grand rôle.

"Nos hommes refusent de changer leur mentalité. Mais ils n'ont aucune excuse parce que la liberté d'habillement est garantie par la constitution, et ce sont les temps modernes", souligne Emma Chanika, directrice exécutive de la Commission des libertés civiques.

Elle fait remarquer que le viol aboutit à un crime touchant à la moralité et portant préjudice au corps d'une autre personne – dans un pays où le SIDA affecte plus de 10 pour cent de la population du pays.

Malgré une transition à une démocratie multipartite en 1994, l'époque sombre du feu dictateur Hastings Banda, qui a imposé une loi vestimentaire stricte, refuse de mourir avec lui.

Dans le Malawi de Banda, pendant plus de 30 ans, le port de pantalons, des minijupes et d'autres vêtements collants par des femmes était interdit.

Banda lui-même respectait ce qu'il prêchait, préférant que ses 'mbumba' (les femmes leaders) s'habillent en boubous traditionnels longs balayant le sol (zilundu) qui vont du cou jusqu'aux pieds. Banda portait des vestes à la mode et une cravate, un chapeau feutre entouré d'un fouet à mouches.

Selon Lucas, c'est plus que stéréotyper que d'en faire voir les yeux.

"C'est une question de mentalité et de refus de s'adapter aux temps. Ce pays semble avoir beaucoup de chemin à faire avant que ses populations n'apprennent à respecter la liberté d'habillement", ajoute-t-elle.

Pour Margaret Kubwalo, présidente par intérim du Réseau des jeunes femmes leaders, la police et les tribunaux n'arrivent pas à faire leur travail.

Elle les accuse d'être laxistes et de prononcer des peines légères.

"Si ces vilains étaient punis suffisamment, ces affaires auraient fait partie de l'histoire maintenant. Ils sont excités parce que la punition est légère et d'une manière ou d'une autre, ils savent que personne ne se préoccupe de ce problème", affirme-elle.

Kubwalo suggère des peines plus sévères de pas moins de 14 années d'emprisonnement avec travaux forcés. Actuellement, un violeur risque une peine maximum de sept années de prison, qui est à peine infligée.

Penelope Kamanga, une chroniqueuse sur le genre au 'Malawi News', estime que "les femmes font face à des obstacles insurmontables pour essayer de traduire les auteurs en justice".

Mais le porte-parole de la police dit que les agents chargés de l'application de la loi font tout ce qui est possible pour obliger les coupables à rendre des comptes, même si beaucoup de cas ne sont toujours pas signalés.

"Le problème n'est pas la police. Nous accusons les suspects et les remettons aux tribunaux. A partir de ce moment, c'est la preuve qui compte", souligne-t-il.

Evoquant le vieil adage 'prévenir vaut mieux que guérir', Chikowi conseille aux femmes de ne pas se rendre dans des endroits où elles ne se sentent pas à l'abri des violeurs éventuels.

Le Malawi n'est pas le seul pays africain où les femmes sont harcelées pour ce qu'elles portent. Le Swaziland, le Soudan, la Somalie et le nord du Nigeria ont tous imposé un code vestimentaire strict aux femmes.