KAMPALA, 16 oct (IPS) – Pendant 17 ans, le gouvernement du président Yoweri Museveni n'a pas réussi à écraser la rébellion dans le nord de l'Ouganda, qui a déplacé près d'un million de personnes.
Il y a actuellement de plus en plus de signes que des pourparlers de paix sont en train d'être considérés comme une option.
Ces signes ont commencé par émerger au cours des cérémonies commémorant l'indépendance de l'Ouganda le 9 octobre. S'adressant à la nation, le président Museveni a dit qu'il n'avait pas perdu tout espoir de parler aux rebelles et qu'il considérait les pourparlers de paix comme un moyen de mettre fin au conflit, mais seulement si les rebelles renonçaient à la violence. "Je suis ouvert et prêt à parler (aux rebelles) pour leur permettre de sortir de la clandestinité", a-t-il déclaré.
Museveni, qui a également fait des commentaires similaires devant le secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, lundi, a conseillé vivement aux rebelles de tirer profit de l'amnistie d'un an, qui expire en décembre.
McKinnon, en Ouganda, deuxième étape d'un périple africain qui le conduira dans quatre nations africaines, en prélude au sommet du Commonwealth de décembre, au Nigeria, a affirmé que Museveni lui a donné "l'impression que les choses avaient l'air d'aller beaucoup mieux", dans le nord de l'Ouganda.
La plupart des Ougandais en ont assez de la guerre entre le gouvernement et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle connu pour l'amputation des oreilles et des lèvres des villageois et l'enlèvement des enfants pour les utiliser comme esclaves sexuels et enfants soldats.
Le conflit, qui était initialement perçu comme un problème du nord, a affecté pratiquement tous les Ougandais.
Les dépenses militaires du gouvernement augmentent sans cesse, éclipsant les provisions pour la santé, l'éducation et les services sociaux.
Des ressources ont été détournées pour payer les efforts de guerre.
Selon un rapport récent, les coûts sociaux et économiques du conflit dans le nord sont énormes. L'économie ougandaise perd annuellement près de 100 millions de dollars US, ou 3 pour cent du produit intérieur brut (PIB), ce qui affecte le développement d'une nation entière, ajoute le rapport.
Le rapport a été commandé par les Organisations de la société civile pour la paix dans le nord de l'Ouganda, une coalition de plus de 40 organisations non gouvernementales locales et internationales.
Immédiatement après la publication du rapport, le président Museveni avait rejeté les pourparlers de paix comme un moyen de régler le conflit. Il a déclaré qu'il ne croyait pas au dialogue, qualifiant la LRA, entre autres choses, de "criminels écervelés".
La décision de Museveni d'utiliser des options militaires plutôt que le dialogue a fait durer la guerre pendant 17 ans, entraînant l'enlèvement de plus de 12.000 enfants, ainsi que le massacre et le viol de milliers de villageois. Cela a également provoqué une crise humanitaire, avec plus de 800.000 personnes des districts septentrionaux de Kitgum, Gulu et de Padyer vivant dans des camps pour personnes déplacées.
Depuis mars, des centaines d'enfants sont devenus ce qu'on qualifie de "navetteurs de nuit", passant leurs nuits dans les rues de la principale ville nordique de Gulu, par crainte des attaques rebelles.
En mars 2002, Museveni avait même établi un camp à Gulu et avait lancé une 'Opération main de fer' le même mois en collaboration avec le gouvernement soudanais pour écraser les rebelles qui ont des bases militaires dans le sud du Soudan.
Museveni avait échoué. La guerre s'est maintenant déplacée vers l'est de l'Ouganda.
La décision de Museveni de discuter de paix arrive après des pressions venant aussi bien de la communauté locale qu'internationale, y compris des pays donateurs comme le Danemark, les Etats-Unis et l'Allemagne.
En août 2002, il a constitué une équipe présidentielle de paix (PPT), qui était composée de députés de la région affectée. Museveni a exprimé son désir d'engager des négociations directes et de déclarer un cessez-le-feu à condition que certaines conditions soient remplies. Depuis lors, la PPT, de même que certains responsables gouvernementaux, a pu parler aux rebelles par téléphone.
Malheureusement, l'équipe n'a pas fait beaucoup de progrès, notamment après la révocation, au début de cette année, de son président Eriya Kategaya (qui était ministre des Affaires intérieures) pour s'être ouvertement opposé à la décision du président Museveni de se présenter pour un troisième mandat, contrairement à la constitution ougandaise. Un nouveau président n'a pas encore été nommé pour remplacer Kategaya.
Santa Okot, député de Padyer, a indiqué à IPS, par téléphone, qu'elle était ravie d'entendre que Museveni voulait toujours parler de paix. "J'espère que les commentaires du président venaient du fond de son cœur", a-t-elle déclaré.
Okot, qui est également membre de la PPT, a souligné : "Nous ne faisons aucun progrès parce que le président de la (PPT) (Kategaya) n'est plus en fonction depuis longtemps. A l'heure actuelle, il n'y a pas grand-chose à faire", a-t-elle ajouté.
Okot a conseillé à Museveni d'inviter des représentants internationaux à se joindre à l'équipe de paix et d'accorder assez de temps à l'équipe pour négocier la paix. "Lorsque nous optons pour la paix, elle ne devrait pas être une chose précipitée. Cela demande quelque temps", a-t-elle expliqué.
Okot croit que la décision de Museveni de mettre fin à l'amnistie en décembre déstabiliserait le processus de paix.
"Le président dit que l'amnistie prend fin en décembre. Que se passera-t-il alors après, puisque les négociations n'ont pas encore commencé? Cela ne ferait que rendre les rebelles méfiants. Le temps de l'amnistie ne devrait pas être limité", a-t-elle déclaré.
Mais est-ce que les rebelles accepteront de parler de paix? "Nous n'avons qu'à essayer. Nous ne pouvons pas présumer qu'ils (rebelles) ne le désirent pas", a-t-elle poursuivi.
Bien que plusieurs tentatives aient été faites pour mettre fin au conflit depuis 1986, le gouvernement et les rebelles ne sont pas rencontrés face-à-face. Il y eu quelques contacts informels entre des chefs religieux et des leaders du LRA dans le maquis.
Pendant plus d'une décennie, des chefs Acholi ont préconisé une solution pacifique au conflit dans leur région.
Les populations Acholi, qui constituent le plus gros de la LRA, y compris son leader énigmatique Joseph Kony, se retrouvent de part et d'autre de la frontière Soudan/Ouganda. Plusieurs dirigeants Acholi ont persuadé un certain nombre de rebelles de sortir du maquis, prenant de grands risques personnels.
Des groupes oeuvrant pour la paix comme Kacoke Madit, un forum à but non lucratif, visent à identifier et à mettre en œuvre des initiatives pratiques pour mettre fin au conflit dans le nord de l'Ouganda, par des moyens pacifiques. Créé en 1996 par des populations Acholi du nord de l'Ouganda vivant dans la diaspora, il vise à freiner l'intensification du conflit armé affectant les districts de Kitgum et de Gulu. C'est maintenant un réseau mondial.

