EDUCATION-CAMEROUN: L'égalité de genre à l'école préoccupe l'UNICEF et lasociété civile – Rapports

YAOUNDE, 15 oct (IPS) – "Les corvées ménagères et les contraintes sociales handicapent de plus en plus les filles camerounaises" pour la scolarisation, estime le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Cameroun.

"Malgré tout, le Cameroun a réussi à faire progresser l'égalité des sexes en matière d'éducation, les filles constituant 49,2 pour cent de tous les élèves inscrits à l'école primaire", souligne l'UNICEF dans son rapport d'activités 2003, intitulé "Pour un développement intégré du jeune enfant camerounais : Mouvement mondial en faveur des enfants". Les taux de scolarisation demeurent cependant globalement faibles – seuls 56,7 pour cent des enfants en âge d'aller à l'école primaire étaient scolarisés en 2002 – et les taux d'abandons scolaires restent toujours élevés : 17,1 pour cent dans le primaire et 38 pour cent dans le secondaire (chiffres de l'UNICEF en 1999). "Malgré la gratuité de l'école primaire, plus d'un million de filles ne sont toujours pas scolarisées", rapporte l'organisation non gouvernementale (ONG) Association camerounaise de défense des droits de la femme et de l'enfant (ACDFE), dans son rapport "Egalité entre filles et garçons : Le cas du jeune enfant camerounais" dont IPS a obtenu une copie.

"Néanmoins, même celles qui vont à l'école font face à diverses pratiques discriminatoires", selon le rapport.

Dans les trois provinces septentrionales du Cameroun où prédomine l'islam, les filles se rendent à l'école moins régulièrement que les garçons en raison de lourdes tâches ménagères et de pratiques traditionnelles orientées contre leur éducation, mais aussi à cause d'une ambiance dans les établissements scolaires, qui n'est pas favorable à leur scolarisation et à leur participation, indique l'étude de l'ACDFE.

Généralement, les résultats scolaires des filles sont systématiquement plus faibles que ceux des garçons dans le primaire comme dans le secondaire, notamment en sciences et en mathématiques. L'écart est plus prononcé dans les circonscriptions rurales, où deux fois plus de garçons que de filles ont de meilleurs résultats aux examens, probablement à cause, selon le rapport, "des travaux agricoles supplémentaires imposés aux filles des régions rurales, par rapport à leurs condisciples urbains".

La plupart des filles terminent leurs études primaires sans savoir lire ni écrire. Selon l'UNICEF, 33 à 57 pour cent des filles qui arrivaient au cours moyen 2ème année dans la ville de Ngaoundéré, chef-lieu de la province de l'Adamaoua, située à quelque 850 kilomètres au nord de Yaoundé, étaient illettrées, en 2003.

"L'insuffisance de l'eau et des installations sanitaires, dans les écoles, affecte plus souvent les filles que les garçons. Le manque d'hygiène et de portes aux toilettes pousse nombre de filles plus âgées à rester chez elles plusieurs jours par mois durant leurs menstrues", ajoute l'UNICEF.

"Les enfants doivent également souvent travailler pour les enseignants", a indiqué, à IPS, Vincent Ndinga Awono, assistant social, membre de l'Institut de recherche et des études de comportements (IRESCO), basé à Yaoundé, la capitale camerounaise. "Il est généralement demandé aux filles d'accepter des corvées ménagères, comme aller chercher de l'eau et du bois de chauffage, balayer, cuisiner, faire la vaisselle, tandis que les garçons accomplissent des travaux de désherbage et de construction", explique-t-il.

Même au cours de leurs loisirs, souligne Jacques Boyer, coordonnateur des programmes à UNICEF-Cameroun, "on demande aux filles de préparer du thé, d'apporter de l'eau pour les enseignants et de nettoyer leurs bureaux.

Parfois, on les envoie au marché ou dans le jardin pour qu'elles rapportent des légumes".

Hors de l'école, les filles ont moins de temps pour faire leurs devoirs de classe en raison des nombreuses corvées ménagères domestiques qu'elles doivent accomplir à la maison, notamment la préparation des repas, le nettoyage, la vaisselle, la lessive, la recherche de l'eau et le fait de s'occuper de leurs jeunes frères et sœurs.

"Nous autres, filles, n'avons pas le temps de nous amuser à çà (les devoirs de classe), car nous avons beaucoup de travail à la maison. Et, généralement, même les parents ne donnent du travail qu'aux filles. On se soucie peu de notre devenir", a dit, à IPS, Marie Gisèle Ebanda, élève en classe de 4ème, dans un collège d'enseignement secondaire de Yaoundé.

De plus, les mariages précoces limitent l'éducation des filles aux dernières classes du primaire ou du secondaire. Dans certaines régions du pays, notamment dans l'est et le nord, ou dans certains villages du sud-ouest, la perspective de recevoir une rémunération incite les parents à faire quitter prématurément l'école à leurs filles.

A Meiganga, une ville de la province de l'Adamaoua, située à la frontière du Cameroun avec la République centrafricaine, l'ACDFE rapporte que onze filles avaient refusé de rentrer chez elles durant les vacances scolaires de 2003, par peur d'être contraintes, par leurs parents, d'aller en mariage.

Pour Clarisse Mbappè, enseignante à l'école primaire à Yaoundé, la solution réside dans l'alphabétisation des femmes, qui, seule, peut procurer aux filles des capacités d'apprendre ou de s'instruire. "Outre les soins de santé, un abri et une amélioration des conditions de vie en général, nous avons le droit de savoir lire et écrire", ajoute-t-elle.