LOME, 17 oct (IPS) – Les pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) souhaitent développer le transport maritime par la création d'une compagnie maritime sous-régionale dénommée Ecomarine International.
Ecomarine International a pour objectif de servir de relais aux grandes compagnies maritimes et d'offrir des services de cabotage maritime et de passagers en Afrique de l'ouest. Il s'agit de faire face à la défectuosité des infrastructures routières, aux obstacles à la libre circulation des biens et des personnes, aux coûts prohibitifs du transport aérien et à la faiblesse des liaisons ferroviaires entre les pays, ainsi qu'à l'inorganisation du transport maritime dans la sous-région.
"Nous avons investi dans ce projet car il ne saurait être question pour nous, opérateurs africains, d'accepter cette marginalisation de notre continent dans ce contexte des échanges et de la concurrence", déclare Baïdy Agne, président de la communauté des acteurs portuaires de Dakar, la capitale sénégalaise.
"Les opérateurs économiques de tous bords sont confrontés, depuis longtemps, aux problèmes transactionnels entre nos Etats, du fait de l'absence d'une ligne régulière sur la côte ouest-africaine. C'est ainsi qu'il fallait attendre une hypothétique occasion pour amener une marchandise de Dakar à Lomé ou de Lomé à Lagos", indique Laurent Takassi, directeur général de la Société togolaise d'affrètements et d'agence de lignes (TAAL).
Pourtant, le flux de marchandises issues des transbordements et du commerce inter-Etats de la CEDEAO est très important. "La création de cette compagnie de navigation trouve donc la plénitude de sa justification et vient combler le vide pour le plus grand bonheur de tous les importateurs et exportateurs économiques et de la population de la CEDEAO", ajoute Takassi. William Chindo, directeur du Projet Ecomarine, estime que le projet aura un impact en terme de développement économique général dans la sous-région. "En dehors des mouvements et des échanges intra-régionaux, il s'agit surtout de l'intégration régionale tout court, de l'expansion des marchés, du développement des industries", affirme-t-il, expliquant que tous les opérateurs économiques de la sous-région auront la possibilité d'envoyer leurs marchandises dans les autres pays de la sous-région.
Abdoulaye Wade, président du Sénégal, indique que l'importance des infrastructures, en tant que support du développement économique, est bien perçue par le secteur privé africain qu'il encourage à faire plus et mieux.
"Il était temps, car le développement du commerce intra-régional n'a que trop souffert de cette absence de capacité de transport régulier et fiable, ce qui nous éloigne de l'objectif de la CEDEAO : l'intégration économique", souligne Wade.
"Notre ambition est de faire de nos ports des outils modernes et performants adossés à la politique novatrice voulue par les pères fondateurs du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique)", déclare Bara Sady, directeur général du Port autonome de Dakar.
L'initiative de la création d'Ecomarine international est saluée par les opérateurs économiques des différents pays de la CEDEAO. Pour Solim Aliki, directrice adjointe du Conseil national des chargeurs togolais, c'est un grand événement et on peut désormais parler de "l'intégration sous-régionale par la mer".
Selon elle, "Le transport maritime est un maillon très important de l'économie, mais au niveau sous-régional, il n'existait pratiquement pas; alors Ecomarine est venue palier à ce manquement et les échanges inter-régionaux vont s'accomplir avec satisfaction".
"C'est une très bonne nouvelle pour nous qui faisons le commerce", se réjouit Sandra Ayivor, une commerçante de Lomé, la capitale togolaise. "Je pourrai désormais étendre mes échanges commerciaux aux pays de la sous-région sans risque", affirme Ayivor. Elle ne cache pas sa volonté d'intégrer le groupe des actionnaires de la compagnie. La Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), l'Organisation maritime d'Afrique de l'ouest et du centre (OMAOC), l'Association de gestion des ports d'Afrique de l'ouest et du centre (AGPAOC), ECOBANK, les 15 Etats membres de la CEDEAO, ainsi que des actionnaires privés ont participé à la création de la nouvelle compagnie dont le capital est de 35 milliards de francs CFA (environ 62,5 millions de dollars US).
Ecomarine envisage de construire, dans le Port de Lomé, une plate-forme automatisée, capable d'accueillir de gros bateaux. Cette plate-forme, dont la construction coûtera quelque 70 milliards FCFA (environ 125 millions de dollars US), fera du port de Lomé un 'hub' portuaire pour l'Afrique de l'ouest et du centre. Un accord de partenariat a été signé à cet effet entre Ecomarine et une structure américaine appelée 'Sea Point'. Les études de faisabilité technique et commerciale sont déjà bouclées. Les travaux pourront donc débuter bientôt, selon des sources portuaires à Lomé. Sur cette plate-forme, la moyenne de déchargement des navires sera de 200 conteneurs à l'heure, au lieu de 20 pour un port ordinaire. D'autres négociations sont en cours avec tous les ports côtiers, notamment Dakar au Sénégal et Luanda en Angola, en vue d'aménager des quais d'embarquement et de débarquement propres aux navires d'Ecomarine.
Il est également prévu la construction de 18 ports secs, à raison de trois au Nigeria, deux en Côte d'Ivoire, et dans les pays suivants : Cameroun, République démocratique du Congo (RDC), Sénégal, Guinée-Conakry, Sierra Leone, Liberia, Ghana, Togo, Bénin, Gabon, Congo-Brazzaville et Angola.

