ACCRA, 14 oct (IPS) – Des experts de l'éducation suggèrent l'intégration de l'enseignement sur la prise de conscience sur le VIH/SIDA au programme des universités africaines pour réduire le nombre grandissant d'infections de la pandémie parmi les étudiants de l'Afrique subsaharienne.
Les experts ont réfléchi sur les grands maux de l'enseignement supérieur, en septembre à Accra, au Ghana, sous le thème : "L'amélioration de l'enseignement tertiaire en Afrique subsaharienne, ce qui marche". Selon eux, le taux de prévalence du VIH/SIDA parmi les étudiants est généralement supérieur à la moyenne nationale en raison de l'âge des étudiants (19-25 ans) qui sont les plus actifs sexuellement.
"Le SIDA affecte le cour même des institutions tertiaires comme l'enseignement, l'apprentissage, la recherche et la gestion", explique le professeur Baranabas Otaala de l'Université de Namibie. Cette université a intégré, dans les programmes d'études, un volet sensibilisation sur le VIH/SIDA que tous les étudiants de première année suivent avec des notions d'étique et d'instruction civique, a-t-il dit.
Les participants à la rencontre d'Accra ont préconisé l'introduction de l'éducation civique dans le curriculum des grandes écoles, avec l'espoir que cet enseignement pourra influencer un changement de comportement chez les jeunes. "Les institutions tertiaires ont cette position privilégiée où sont conduits des programmes d'échanges en matière de recherche, de stratégies, d'informations et d'expériences sur les meilleurs comportements", ajoute Otaala.
Pour Otaala, ces institutions ont une forte influence sur la bonne conduite non seulement au sein de l'enseignement supérieur, mais également au sein de la communauté tant au niveau national, régional qu'international. Selon l'ONUSIDA, le taux de prévalence du VIH/SIDA en Namibie est de 38 pour cent pour une population de 1,7 million d'habitants.
L'Association des universités africaines (AUA) a lancé, en 2002, une enquête dans les institutions tertiaires de l'Afrique subsaharienne sur le VIH/SIDA pour mieux attirer l'attention sur l'ampleur de la pandémie dans le milieu de l'enseignement supérieur.
"Nous avons besoin de politiques et de programmes qui permettent de briser le silence et protéger nos enfants car en Afrique, le tabou et la culture continuent de nous tuer", avertit Alice Lamptey, membre du Conseil d'administration de l'ONUSIDA.
"Nous avons besoin d'un courant fort comme celui d'une rivière qui entraîne tout le monde ensemble", ajoute Lamptey.
Les activités menées jusqu'ici dans les grandes écoles africaines sont des actions "isolées" et au "compte-gouttes", estime l'AUA qui constate que les institutions tertiaires ont été ignorées lors des campagnes de sensibilisation sur la pandémie alors qu'elles auraient pu contribuer pour beaucoup dans la prise de conscience et la recherche. L'association soutient actuellement des programmes de sensibilisation dans des institutions supérieures en leur allouant une aide de 10.000 dollars US chacune. L'AUA estime que les institutions tertiaires sont les mieux placées pour donner un exemple de leadership au gouvernement et à la communauté pour une meilleure appréhension des implications médiales, sociales, économiques, légales et politiques du VIH/SIDA.
Les bénéficiaires de l'aide de l'AUA sont l'Université du Botswana, l'Université de Nkumba, en Uganda, le Mombasa Polytechnique du Kenya, le Highridge College du Kenya, l'Institut pour la science et la technologie de Kigali, au Rwanda, et l'Université de Lomé, au Togo.
L'expérience de Highridge College au Kenya permet aujourd'hui d'accorder des compléments alimentaires à plus de 20 étudiants infectés par le VIH/SIDA afin de donner du tonus à leur système immunitaire. L'institution forme également des enseignants qui iront plus tard sensibiliser d'autres écoles et au sein des communautés.
"En 2000, nous avons senti la menace que faisait peser le SIDA, ceci nous a amenés à mettre sur pied un programme de sensibilisation à l'endroit des étudiants et du personnel infectés et affectés par la pandémie", explique Margaret Ojuando, directrice de Highridge College.
Selon Ojuando, l'école, qui forme des jeunes futurs enseignants provenant de tous les départements du Kenya, a perçu comme un défi l'ouverture de débats autour du VIH/SIDA en vue de trouver des réponses adéquates à la menace que représente le SIDA dans le monde des enseignants. Une dizaine d'universités vont bénéficier d'un appui financier en 2004 de la part de l'Institut africain américain pour mener des activités de sensibilisation et d'information sur le VIH/SIDA. Plus de 60 institutions tertiaires ont déposé des projets de sensibilisation et attendent des financements.
L'Association des universités africaines développe actuellement un kit de travail sur le VIH/SIDA qu'elle va poster sur son site Internet. Selon l'AUA, l'Université John Hopkins des Etats-Unis a promis de supporter la reproduction du kit et sa distribution à toutes les 172 institutions membres de l'association.
"Nous avons senti une étrange absence sur une épidémie grave que nous avons à nos portes depuis deux décennies alors que les étudiants, les communautés et les institutions sont infectés et affectés par la maladie", explique, incrédule, Dhianary Chetty, consultant pour l'AUA. "Si rien n'est fait, toute la chaîne de gestion de nos pays sera affectée dans les années à venir", prévient-il.
L'Afrique subsaharienne est touchée par la pandémie du SIDA avec près de 30 millions de cas actuellement. Dans certains pays, l'espérance de vie ne dépasse plus 40 ans à cause du SIDA.

