MONROVIA, 13 oct (IPS) – La Mission des Nations Unies au Liberia (MINUL) s'est lancée dans une importante initiative la semaine dernière, pour retirer les armes des rues de la capitale, Monrovia, en prélude à l'investiture du gouvernement de partage de pouvoir, prévue cette semaine.
La pause de 72 heures et l'exercice de recherche — destinés à faire de la ville une zone sans armes — ont soumis des véhicules et des automobilistes à des fouilles vigoureuses aux postes de contrôle militaires, pour rechercher des fusils et du matériel de guerre avant de les autoriser à se rendre à leurs destinations.
Mais des témoins ont déclaré que la MINUL n'a retrouvé "que quelques grenades, des pistolets et d'autres matériels de guerre dans certains véhicules et bagages des gens, dont des femmes", dans une ville qu'on croit largement être infestée d'armes et de munitions.
Et ceci a provoqué des réactions prudentes de la part des habitants. "Nous sommes déçus que la recherche des armes n'ait pas donné le résultat escompté. Nous espérions que beaucoup plus d'armes et de matériels de guerre, qui ont été utilisés durant les trois semaines de combats à Monrovia, en juin et en juillet, mais qui n'ont pas été déclarés, auraient été retrouvés pendant les opérations de recherche", a indiqué Josephine Bryant, une ménagère de Sinkor Old Road, dans le sud de Monrovia.
"Les combattants ont toujours des armes cachées autour de la ville", a affirmé, à IPS, Samuel Wesley, un colporteur. "Monrovia a connu les pires combats de la guerre civile du pays, longue de 14 ans, en particulier les plus récents en juin et en juillet. Il est donc imprudent de conclure que les mortiers et autres armes lourdes, qui ont été utilisés durant les affrontements, ont été rendus", a-t-il souligné.
Pour l'étudiant Frederick Johnson, "Personne ne devrait être amené à croire que la ville est débarrassée des armes simplement parce que les combattants ne brandissent plus actuellement leurs armes dans les rues. Ils les gardent apparemment en prévision de se faire payer de fortes sommes par les Nations Unies, pendant la période de désarmement", a-t-il déclaré.
Même si la porte-parole de la MINUL, Margaret Novicki, a reconnu que les forces de maintien de paix avaient fait quelques progrès dans la récupération des armes, elle a assuré les Libériens que leur pays serait sans armes. Elle a révélé que la MINUL allait acquérir bientôt quelques appareils sophistiqués qui pourront détecter des armes et des matériels de guerre.
Des représentants des trois factions rivales du pays ont rencontré les commandants militaires de l'ONU lundi et ont convenu de "démilitariser Monrovia en l'intervalle de 72 heures", en prélude à l'investiture du gouvernement intérimaire le 14 octobre".
L'homme d'affaires devenu politicien, Gyude Brant, relayera le successeur du président exilé Charles Taylor en tant que chef d'Etat et dirigera le pays pendant deux ans, jusqu'aux élections en 2006.
Les chefs rebelles et les chefs de la milice pro-gouvernementale font partie du gouvernement de partage du pouvoir. Puisqu'ils doivent prendre part aux cérémonies d'investiture, la tension demeure vive avec les troupes de l'ONU qui intensifient leur recherche d'armes face aux rumeurs persistantes de vols à main armée et de pillage dans certaines parties de la ville.
Cette tension arrive à moins de deux semaines après l'éclatement d'une fusillade fatale au moment où les forces du principal chef rebelle Sekou Damate Conneh se sont heurtées à la milice gouvernementale alors que Conneh tentait de visiter Monrovia, en provenance de son bastion de Tubmanburg, dans l'ouest du Liberia, pour une rencontre de réconciliation avec le président intérimaire Moses Blah.
Selon des observateurs, cela aurait dû être la première visite de Conneh à Monrovia, depuis que son 'Liberia uni pour la réconciliation et la démocratie' (LURD) a lancé une rébellion contre Taylor en 1999.
Le commandant de la force de la MINUL, de nationalité kényane, Daniel Opande, a déclaré, après une rencontre avec des représentants des factions armées, que "ses troupes feront en sorte que nous fassions ce pour quoi nous sommes venus ici". La force onusienne a un mandat fort pour superviser et faire appliquer le cessez-le-feu entre les rebelles et le gouvernement ainsi que pour enquêter sur les violations du cessez-le-feu.
L'ONU a pris le commandement des opérations de maintien de paix au Liberia le 1er octobre pour mettre fin à une guerre civile de 14 ans qui a déchiré le pays, déstabilisé la région et provoqué l'instabilité en Sierra Leone, en Guinée et en Côte d'ivoire voisines.
Une force d'avant-garde, de 3.500 soldats ouest-africains est arrivée en août pour ouvrir la voie pour le départ de Taylor – qui faisait l'objet de pressions militaires et internationales – et préparer le terrain pour une force de l'ONU.
Avec l'arrivée des troupes bangladeshi de la Sierra Leone où elles faisaient partie d'une force de l'ONU qui assurait la paix dans ce pays, des sources de maintien de paix estiment que la force au Liberia avoisine maintenant les 6.000 hommes.
Des responsables de l'ONU ont indiqué à IPS qu'il y avait des plans pour accroître rapidement la force à 15.000 hommes, à des centaines d'observateurs militaires et d'officiers de police, ainsi que pour les déployer à travers tout le pays.

