DROITS-AFRIQUE DU SUD: Des activistes du SIDA s'attaquent à ladiscrimination dans l'armée

JOHANNESBURG, 15 oct (IPS) – Alors que le gouvernement rejette la responsabilité de sa décision d'exclure du service actif des soldats séropositifs, sur les règlements des Nations Unies, des activistes envisagent d'attaquer l'Etat en justice.

"Nous respectons le droit international dans la mesure où il est en conformité avec la constitution, mais à notre avis, les recommandations de l'ONU ne constituent pas le droit international", a indiqué, à IPS, Mark Heywood du Projet de loi sur le SIDA.

Des avocats estiment que le projet du gouvernement est inconstitutionnel parce qu'il viole la clause anti-discrimination dans la constitution.

Le ministre de la Défense, Mosioua Lekota, a laissé tomber une bombe la semaine dernière lorsqu'il a déclaré : "Tout individu ayant le statut séropositif ne peut pas être recruté dans l'armée. Cela ne sert à rien.

Vous ne pouvez pas prendre des personnes malades à des postes dans l'armée.

Ce n'est pas utile".

Les commentaires de Lekota ont provoqué une véritable tempête au sein des personnes vivant avec le VIH/SIDA, ainsi que parmi des activistes du SIDA qui envisagent, à l'heure actuelle, de poursuivre le gouvernement en justice pour ce qu'ils affirment être une large discrimination dans l'armée.

La Force nationale de défense d'Afrique du Sud (SANDF) est essentiellement engagée dans des opérations de maintien de paix, le plus souvent sous l'égide des Nations Unies. Ces missions reçoivent des ordres pour ne pas accepter des soldats séropositifs dans l'armée, indique Jackie Cilliers de l'Institut d'études sécuritaires à Pretoria.

"Les affirmations du ministre Lekota étaient alors une bonne déclaration de principe parce qu'il n'a aucune option, c'est une exigence de tous les déploiements sous l'ONU. Si des soldats se proposent pour une mission onusienne, alors vous travaillez pour l'ONU", a expliqué Cilliers. Il a ajouté qu'une infection était difficile à prévenir en situation guerre.

Mais Heywood conteste le fait que l'ONU impose une interdiction totale. Il affirme que leur recherche préliminaire a révélé que l'ONUSIDA recommande que "le statut séropositif ne devrait pas être une condition préalable d'exclusion des opérations de maintien de paix. La SANDF a choisi de l'ignorer". Des soldats peuvent être séropositifs et servir toujours leur continent, déclarent des médecins, parce que l'infection n'équivaut pas à la maladie ou à l'invalidité. L'Association nationale des personnes vivant avec le VIH/SIDA est de cet avis. "La science a montré que des personnes séropositives peuvent vivre longtemps. Même des gens haut gradés à qui on devrait avoir recours pour l'instruction ne comprennent pas les notions élémentaires sur le VIH", a déclaré Nkululeko Nxesi dans des articles de presse.

Rappelant un procès anti-discrimination intenté contre l'armée namibienne, Dr Fundile Nyati a fait remarquer que le tribunal a conclu que le statut séropositif ne constituait pas, à lui seul, un motif suffisant pour l'exclusion médicale.

Si les divers indicateurs immunitaires des postulants (comme les totaux de CD 4 et des charges virales) indiquaient une faiblesse invalidante, cela pourrait constituer des motifs d'exclusion.

Ecrivant dans le journal 'The Star', Nyati a souligné qu'il était préférable, pour le gouvernement sud-africain, de procéder ainsi plutôt que de passer par une interdiction totale.

Environ un soldat sur cinq est séropositif et même si Lekota leur a promis le soutien et des soins, il a ajouté qu'on avait besoin de soldats de maintien de paix "valides" pour servir dans des missions en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, entre autres pays.

L'administration dans l'armée n'exclurait pas de nouveaux venus qui sont séropositifs, a indiqué le bureau de Lekota.

Tandis que la déclaration de Lekota est venue comme un coup de tonnerre, Heywood affirme que cela s'était passé en pratique au cours de la dernière décennie. "L'armée n'a jamais cessé d'exclure depuis que l'apartheid a pris fin. Le dépistage est obligatoire et le refus suit. Il n'y a aucune analyse exacte de l'état de santé réel et aucune distinction de ce que la personne fera". Parmi les procès que la société civile intentera à l'armée, figurent ceux d'un aumônier à qui on a refusé le service, et d'un infirmier.

"Nous initierons une campagne parce que nous pensons qu'une interdiction est constitutionnellement inacceptable", a déclaré Heywood.

A peu près 5,3 millions de personnes ont le VIH/SIDA en Afrique du Sud, l'un des taux les plus élevés au monde.