CONAKRY, 13 oct (IPS) – D'anciennes prostituées libériennes cherchent à se former à divers métiers pour réussir leur réinsertion sociale, à Nzérékoré, dans le sud de la Guinée, à 954 kilomètres de Conakry, la capitale de ce pays d'Afrique de l'ouest.
Pour faciliter leur projet, Emilie Sloboh, une Libérienne réfugiée en Guinée depuis près d'une décennie pour échapper à la guerre dans son pays, a créé en 2000 une organisation non gouvernementale (ONG) dénommée 'Twin' (Jumeau) dans laquelle environ 140 de ses compatriotes s'initient à des métiers pratiques.
"Nous avons remarqué que de nombreuses jeunes réfugiées libériennes dans le besoin choisissaient souvent de fréquenter les hôtels, bars et autres lieux publics pour se prostituer. Nous avons donc décidé de créer l'ONG Twin pour leur apprendre un vrai métier et leur permettre ainsi de se refaire une nouvelle vie", a expliqué Sloboh qui est coordonnatrice de Twin. L'ONG compte une demi-douzaine de responsables. "Nous avons commencé à les sensibiliser pour les convaincre d'abandonner la prostitution et c'est ainsi que nous avons réussi à les attirer vers le centre de formation les unes après les autres", ajoute Sloboh.
"Ce qui était dramatique, c'est que la plupart de ces jeunes filles étaient souvent l'objet de mauvais traitements de la part de leurs partenaires. Ces derniers refusaient de les payer après leur service et les battaient si elles protestaient", souligne la coordinatrice de Twin.
Mary Tamba, ancienne prostituée, reconvertie en apprentie coiffeuse, fulmine : "Que voulez-vous que je fasse avec trois enfants à ma charge? J'étais obligée de faire ce métier". Selon elle, "la vie de prostituée est dure. On nous frappe très souvent et nous n'avons pas les moyens de nous plaindre".
Tamba jure qu'elle ne retournera plus sur le trottoir et qu'elle se consacrera désormais entièrement à la coiffure.
Abijail Koné, une autre prostituée libérienne, qui fréquente encore un des hôtels de Nzérékoré, indique avoir entendu parler du centre Twin. "J'ai été poussée dans ce métier par une copine parce que nous ne trouvions pratiquement plus à manger ici". "Je vais voir si je peux intégrer le centre Twin, mais si j'arrive à monter un petit commerce, ce serait mieux", a-t-elle dit à IPS. Koné, qui soutient être nouvelle dans le métier de prostituée, affirme être "très gênée de le pratiquer".
Katherine Price, formatrice en coiffure, qui précise n'avoir jamais pratiqué le plus vieux métier du monde, explique : "Je suis venue en Guinée en 1990, alors que j'étais à l'école. Mon mari a été tué durant la guerre du Liberia et je ne pouvais pas rester comme ça. J'ai donc intégré une école de coiffure pour apprendre le métier de coiffeuse".
"Je vivais en nettoyant les maisons. J'ai traversé des temps très durs car parfois, je ne parvenais même pas à trouver à manger. Mais aujourd'hui, ma vie a beaucoup changé avec le centre Twin", affirme-t-elle.
Kopo Mulibah, une jeune fille qui faisait partie des agents de terrain qui ont participé à la campagne de sensibilisation, ajoute : "Notre tâche n'a pas été facile. Car malgré l'alternative qu'on leur proposait, les filles étaient hésitantes. Nous sommes allées de bar en bar et dans les communautés pour les convaincre de rejoindre le centre Twin".
"Personnellement, je ne me suis jamais prostituée. Je suis aujourd'hui formatrice dans le département de broderie où je m'occupe de 18 élèves", indique-t-elle.
Piou Sakouvogui, assistant administratif, un des responsables guinéens de Twin, précise qu'il "y a huit départements de formation dans ce centre.
Pour le moment, nous avons la saponification (fabrication de savon), la coiffure, l'artisanat, la pâtisserie, la teinture, la broderie, la couture et la décoration intérieure".
Selon Mulibah, "Pour éviter le retour des filles dans les bars, nous avons sollicité une subvention de certaines organisations internationales en vue d'aider les filles à s'adonner au petit commerce et à être auto-suffisantes".
"Nous veillons à ce que les filles ne soient plus tentées de retourner dans les bars, mais nous ne pouvons en avoir la garantie totale parce qu'elles sont libres de venir et de quitter le centre", souligne-t-elle.
Pour assurer le bon fonctionnement du centre, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) apporte son aide matérielle à Twin. Ainsi, environ 70 enfants des pensionnaires de Twin devraient bientôt être accueillis dans une garderie située à proximité du centre.
Mais des réfugiés continuent d'arriver dans le sud de la Guinée qui est frontalier avec le Libéria. Selon Jean Lieby, responsable l'UNICEF à Nzérékoré, "En l'espace de deux semaines, plus de 2.200 nouveaux réfugiés ont été enregistrés en Guinée". Cinquante-cinq Ivoiriens sont présents dans ce lot, précise-t-il. "L'afflux est constant et la situation sécuritaire au Liberia laisse présager qu'il va continuer", explique Lieby. Selon des chiffres officiels, plus 68.000 réfugiés, dont 58 pour cent d'enfants et 27 pour cent de femmes, se trouvent actuellement dans les camps guinéens aménagés par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).
"Ces chiffres représentent uniquement le nombre de réfugiés vivant dans les camps et pris en charge par le HCR", indique Ibrahima Fofana, l'officier de liaison de l'UNICEF.

