CULTURE-MALAWI: La saisie des biens appauvrit les veuves

BLANTYRE, 10 oct (IPS) – La mort du maître d'école, Juma Matemba, âgé de 48 ans, d'une crise cardiaque, aurait pu être simplement une autre perte au Malawi.

Mais ce n'est pas le cas.

Avant que le corps du défunt ne soit enlevé de l'Hôpital Queen Elizabeth à Blantyre, la capitale commerciale du Malawi, pour l'enterrement dans son village, ses parents ont envahi sa maison, partageant tous ses biens qu'il avait accumulés au cours de sa vie.

Durant l'incursion, sa veuve et ses enfants n'ont fait que répandre des larmes alors qu'ils assistaient à la disparition de leurs biens.

Selon Ngeyi Kanyongolo, un professeur de droit à l'Université du Malawi, "l'un des problèmes les plus fréquents liés à la violation des droits humains, en relation avec les biens des défunts, qui affecte directement les veuves, peut être appelé la 'saisie des biens'." Kanyongolo, qui est également la présidente de l'Association des femmes juristes du Malawi, basée à Blantyre, définit la saisie des biens comme une pratique par laquelle une veuve est dépossédée de force de tout ce que le défunt a comme propriété ou de la plus grande partie, par des parents du mari durant sa maladie, la cérémonie funèbre ou immédiatement après.

Selon le Centre de conseils, de recherche et d'éducation sur les droits, une organisation non gouvernementale, plus de 50 pour cent des affaires juridiques et liées aux droits de l'Homme qu'elle traite, sont des questions relatives aux biens de personnes défuntes.

Vera Chirwa, directrice exécutive de Voix de femmes, indique que la saisie de propriétés est maintenant une pratique courante aussi bien dans les villages que les villes du Malawi.

Elle souligne que la section 24 de la constitution du Malawi reconnaît les droits des femmes et les classe comme une catégorie spéciale, en dehors des autres droits.

"La section 24(2) (C) protège les femmes contre la dépossession de leurs biens, y compris des propriétés obtenues par héritage", a-t-elle fait remarquer.

"La disposition constitutionnelle s'étend jusqu'à l'invalidation de toute loi et la suppression des pratiques coutumières qui font une discrimination contre les femmes, par rapport au statut marital", poursuit Chirma.

Les femmes deviennent des victimes de saisie de propriété parce que la plupart d'entre elles ne sont pas informées des dispositions de la Loi sur les testaments et l'héritage, ajoute-t-elle.

La loi stipule que "tout bien du ménage utilisé par la veuve avant le décès lui revient automatiquement. Secundo, les propriétés restantes seront distribuées entre la veuve, ses enfants et toutes les personnes qui dépendent directement du défunt d'une part, et leurs héritiers comme le reconnaît le droit coutumier".

"Tercio, là où le mariage serait matrilinéaire, les enfants de la veuve et les personnes dépendant directement du défunt obtiendront deux-cinquièmes des biens alors que les héritiers coutumiers auront un cinquième. Si le mariage était patrilinéaire, la distribution entre ces deux parties est de 50/50".

Des avocats et des militants des droits décrivent certaines des pratiques coutumières désuètes comme étant les causes premières de la saisie de biens au Malawi. Selon le militant des droits, Mazengera, bon nombre de personnes qui arrachent les biens se réfugient derrière le droit coutumier.

"L'une des pratiques que certains arracheurs (de biens) exploitent est le 'kusudzula'. Conformément à cette coutume, une veuve doit, après la mort de son mari, être purifiée et divorcer ensuite. Dans la plupart des cas, la veuve est renvoyée dans son village avec très peu de biens seulement ou sans aucun bien du tout", affirme Mazengera.

Le lobola (la dot), une autre pratique coutumière, selon Kanyongolo, empiète sérieusement sur les droits des femmes. Conformément à cette pratique, une fois qu'un homme a payé la dot, sa femme et ses enfants deviennent littéralement sa propriété. En cas de décès, tous les biens de l'homme, y compris sa femme et ses enfants, sont supposés appartenir à la famille du défunt.

"C'est navrant de voir que lorsqu'une épouse tente de protester, elle est souvent dépossédée de tout, y compris ses enfants, ce qui la rend désespérée et misérable", déplore Kanyongolo.

Pour Emmie Chanika, directrice exécutive de la Commission pour les libertés civiles au Malawi, la pauvreté et la cupidité sont responsables du problème. "La pauvreté est l'une des causes majeures de la saisie des biens. Dans la plupart des cas, les parents et amis du défunt disent que leur fils était leur investissement et que, par conséquent, ils ne peuvent pas abandonner les biens qu'il a laissés derrière lui. Quant à la femme, elle est juste mise de côté", explique Chanika.

Environ 55 pour cent de la population du Malawi, qui est de 11 millions d'habitants, vit au-dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar US par jour, selon la Banque mondiale.

Seodi White, directrice exécutive de la section kényane de Femmes et droits en Afrique australe, estime que les arracheurs de biens s'en sortent parce que la loi n'est pas assez répressive.

"Le problème est qu'il n'y a pas de sanctions punitives pour réprimer ceux qui dépossèdent les veuves et les enfants des biens du défunt", dit-elle.

White lance un appel aux agents chargés de l'application de la loi pour qu'ils protègent les veuves et les enfants contre les personnes qui arrachent les biens.

Un autre problème auquel sont confrontées les veuves est la bureaucratie..

"Mon mari est décédé il y a un an. Presque tous les mois, je me rends dans le district de mon mari pour voir si les biens sont prêts pour être distribués. Franchement parlant, je suis fatiguée qu'on me dise toujours "de venir voir le mois prochain", regrette Maseko, venant du sud du Malawi.

Dereck Chimombo, qui a perdu son père il y a deux ans, se plaint également des lenteurs bureaucratiques. "Certaines personnes ont été victimes de pertes de fichiers et de perte ultérieure des avantages dus aux ayant droits", déclare Chimombo, âgé de 22 ans.

Certaines veuves se sont également plaintes de corruption de la part des mêmes agents qui sont supposés les aider.

Parfois, les agents demandent des pots-de-vin pour s'occuper des allocations, le travail pour lequel ils sont payés.

Pendant que des militants débattent du sort des veuves, la femme de feu Matemba, le maître d'école, comme la majorité des veuves au Malawi, continue de souffrir de la perte de ses biens.