ECONOMIE: L'UE négocie de nouveaux accords commerciaux avec les régionsafricaines

COTONOU, 9 oct (IPS) – Les nouveaux Accords de partenariat économique (APE) entre l'Union européenne et les Etats ouest-africains – visent "à appuyer la création d'un réel marché régional et organiser sa respiration avec le reste du monde", selon Pascal Lamy, commissaire européen au commerce.

Les négociations ont été ouvertes le 6 octobre à Cotonou, au Bénin, avec les représentants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO). Ces négociations interviennent au lendemain de l'échec de la dernière conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Cancun, au Mexique.

L'objectif poursuivi à travers les APE, explique Lamy, est de "transformer l'Afrique de l'ouest en un pôle d'attraction économique qui attire les investisseurs et qui mobilise l'initiative privée, un centre d'activité économique garant d'une croissance plus soutenue, et moteur d'un développement économique, social et environnemental". Les APE constituent des étapes pour faciliter l'intégration des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans l'économie mondiale.

Avant Cotonou, le commissaire européen au commerce et son collègue chargé du développement et de l'aide humanitaire, Poul Nielson, étaient à Brazzaville, au Congo, la semaine dernière pour négocier les mêmes accords avec la Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique Centrale (CEMAC). Suivront ensuite les négociations avec les pays des Caraïbes et du Pacifique pour couvrir l'ensemble des pays ACP. Les négociations dureront cinq ans et devront aboutir à la mise en place, à l'horizon 2008, d'accords privilégiés d'échanges entre les 25 pays de l'Union européenne (UE) et les 77 pays des ACP regroupés au sein de blocs régionaux. Les accords APE se fondent sur quatre principes fondamentaux : la réciprocité, les régions comme cadre de négociation, le développement, et des liens privilégiés avec l'OMC. Pour y parvenir, il faudra établir une zone de libre-échange qui supprime progressivement l'essentiel des droits de douane entre les parties, ainsi que toutes les mesures non tarifaires. Les partenaires comptent également simplifier toutes les procédures et réglementations relatives aux importations et aux exportations en vue d'atteindre les niveaux internationaux les plus élevés. Ils prévoient enfin d'élargir le libre-échange au commerce des services, ce secteur devenant de plus en plus important dans le commerce des marchandises. L'UE est aujourd'hui le premier partenaire commercial des ACP. La masse des exportations des pays ACP vers l'Union européenne est constituée de matières premières, notamment les produits agricoles. En 2002, huit produits constituaient 61 pour cent de la totalité des exportations des ACP vers l'UE : pétrole, 28 pour cent; diamants, 9 pour cent; cacao, 8 pour cent; poissons, 6 pour cent; bois, 4 pour cent; sucre, 3 pour cent; aluminium, 2 pour cent; et tabac, 2 pour cent. L'UE absorbe la grande majorité des exportations des produits clés comme le sucre, la banane, le bœuf, les poissons, et les fleurs. En considérant les régions, l'Afrique occidentale représente 37 pour cent de toutes les importations de l'UE en provenance des ACP. L'Afrique orientale et l'Afrique australe (hormis l'Afrique du Sud) représentent une proportion similaire; l'Afrique centrale, 12 pour cent; les Caraïbes, 11 pour cent; et le Pacifique, 2 pour cent. Le commerce entre pays ACP demeure en revanche très limité puisque seulement 10 pour cent des importations et exportations s'effectuent entre ces Etats. Les investissements de l'UE dans les pays ACP ont augmenté, passant de 1,114 milliard d'euros en 1995 à 5,581 milliards d'euros en 2000. Au terme du cycle des négociations, les accords APE mèneront à une intégration économique plus étroite des pays ACP et de L'UE et agrandiront ainsi le marché des ACP. Cela conduira à une augmentation des flux commerciaux entre les pays ACP d'une part, avec l'UE, et avec le reste du monde, d'autre part, promouvant ainsi le développement durable des ACP et contribuant à l'éradication de la pauvreté. "Le but de tout le processus de négociation des accords APE est le développement", affirme Nielson, commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire. A Cotonou, Lamy et Nielson ont discuté des modalités de mise en œuvre de ces accords avec les ministres du Commerce des 15 pays de la CEDEAO et de la Mauritanie. Cet aspect sous-régional des négociations contribuera à renforcer l'intégration en Afrique de l'ouest et favorisera notamment la paix, la stabilité politique, la bonne gouvernance, les échanges socio-économiques et culturels. "Les APE constituent une importante contribution pour renforcer les relations entre l'Union européenne et la CEDEAO. Nous sommes en train de bâtir un avenir économique dans lequel nos destinées sont unies. C'est un défi colossal que les deux parties doivent relever", souligne Mohamed Ibn Chambas, secrétaire exécutif de la CEDEAO. Pour le secrétaire général du groupe des pays ACP, Jean Robert Boulongana, les accords APE représentent pour les pays ACP un "moyen d'insertion dans l'économie mondiale, un instrument au service du développement de nos pays". Le ministre d'Etat béninois chargé du Plan, Bruno Amoussou, a souhaité que "les présentes négociations jettent les bases d'un commerce mondial équitable et n'aggravent point les disparités qui existent déjà entre les pays du Nord et ceux du Sud". Au cours d'une rencontre entre les deux commissaires européens et la société civile béninoise, Marie-Elise Gbèdo, vice-présidente de l'Association des femmes juristes du Bénin, a estimé qu'il était très important que les pays du Nord fassent de gros efforts pour que l'élimination des subventions au coton devienne une réalité. "Ce n'est qu'à cette seule condition qu'un vrai partenariat peut se faire entre les pays du Nord et ceux du Sud", a-t-elle souligné. Henri Gouthon, président du Conseil national pour l'exportation du Bénin, revendique un commerce équitable entre l'UE et les ACP. "Nous recevrons suffisamment d'appui si nous sommes dynamiques, si nous assumons notre part de responsabilité, pour quitter la zone de préférence et entrer dans la zone de compétition", explique-t-il.