OUAGADOUGOU, 9 oct (IPS) – L'un des militaires soupçonnés d'avoir voulu renverser le régime du président Blaise Compaoré, au Burkina Faso, se serait pendu dans sa chambre mercredi alors qu'il était en détention à la gendarmerie nationale, à Ouagadougou, la capitale.
Moussa Kaboré, un sergent de 30 ans, se serait pendu à l'aide d'un bout de son pantalon militaire, a indiqué le commissaire du gouvernement (procureur général), Abdoulaye Barry. "Le sergent était gardé dans les endroits assez confortables dans des logements de la gendarmerie", explique Barry.
Selon le procureur, les conditions des détenus, qui avaient gardé leur tenue militaire et étaient logés dans des chambres individuelles, seraient revues.
Une autopsie a été demandée, indique Barry, même si, poursuit-il, "nous sommes pratiquement situés sur la cause de la mort; mais dans ce genre de situation, il faut prendre des garanties médicales".
Les autorités de ce pays enclavé d'Afrique de l'ouest ont annoncé mardi avoir déjoué une tentative de coup d'Etat qui devait conduire à un changement de régime.
Selon Barry, les personnes arrêtées, 12 militaires et un civil, depuis le 1er octobre, préparaient depuis 2001 des actes "pouvant porter atteinte à la sûreté de l'Etat".
"C'est un projet mûri depuis 2000-2001 et mis en veilleuse compte tenu du fait que les intéressés attendaient les moyens", précise le procureur.
"Pour certains d'entre eux, nous avons des éléments précieux", ajoute-t-il.
Les suspects auraient réactivé leur projet en septembre dernier après avoir reçu d'importantes sommes d'argent d'un pays étranger. Le cerveau présumé du coup de force, le capitaine, Ouali Luther Diapagri, aurait contacté, en septembre, des personnalités au Togo et en Côte d'Ivoire.
Des documents saisis sur les présumés comploteurs montrent qu'ils préparaient un coup de force, affirme Barry qui annonce avoir découvert une déclaration "numéro 10" dans laquelle les militaires des autres casernes étaient appelés à se rebeller.
Parmi les militaires arrêtés, figurent six sous-officiers faisant partie du régiment de sécurité du président Compaoré. Deux d'entre eux étaient toujours au sein de la garde rapprochée du chef de l'Etat burkinabè au moment de leur arrestation.
Le capitaine Diapagri, en service au ministère du Commerce, présumé cerveau de la tentative de déstabilisation, aurait recruté des militaires dans toutes les casernes du pays à qui il aurait déjà distribué des sommes d'argent allant de deux millions à trois millions de francs CFA (entre 3.636 et 5.454 dollars US).
D'après les premières investigations, certains des militaires arrêtés auraient demandé, en plus des sommes d'argent, des villas et la mise en sécurité de leurs familles.
Le seul civil du groupe, un pasteur, est décrit, par le procureur, comme "ayant pris une part active au début de l'exécution des actes de déstabilisation".
Selon le procureur, les militaires auraient avoué que la tentative de coup d'Etat visait à réparer des "injustices" dont ils auraient été victimes au sein de l'armée.
Pour Herman Yameogo, président de l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), parti de l'opposition, cette crise est "un signal fort" qui montre qu'il y a un problème au sein de l'armée. "Il faut une armée républicaine, il faut formater l'armée", explique Yameogo. Selon lui, il faut plutôt s'attaquer aux causes et se demander si les responsabilités ne viennent pas du pouvoir.
Le leader de l'UNDD pointe du doigt les disparités de traitement au sein de l'armée comme source de frustrations pouvant entraîner des mouvements d'humeur.
Le président Compaoré, ancien capitaine et ex-commandant d'une unité d'élite de l'armée (les para-commandos), s'appuie toujours sur ce corps pour sa sécurité depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 1987. Comme civil, il s'est fait élire deux fois, en 1991 et 1998.
"Il y a un mécontentement au sein de l'armée qui est sortie du cadre républicain pour devenir une affaire personnelle", affirme Yameogo.
Les premiers signes graves de dissension au sein de l'armée sont apparus en 1999 quand plusieurs centaines de soldats, de retour de mission de paix au Libéria et en Centrafrique, ont occupé les rues de Ouagadougou pour exiger leurs primes impayées.
Par ailleurs, d'anciens militaires de la garde du président réclament, depuis plusieurs mois, le versement de leurs primes qui leur auraient été promises quand ils étaient allés aider l'ancien président libérien, Charles Taylor, à mener sa guerre civile de 1989 à 1997.
Naboho Kanidouha, président du groupe parlementaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti au pouvoir, tout en condamnant et déplorant la tentative de prise de pouvoir par les armes, estime que s'il y a des frustrations, elles peuvent trouver une solution à travers le dialogue social et la justice.
"Ce qui se passe dans les pays environnants doit nous préoccuper. Un coup d'Etat réussi ou non réussi entraîne des violences et l'insécurité", souligne Kanidouha. "Ce serait un recul démocratique, un recul économique de faire un coup d'Etat aujourd'hui", ajoute Kanidouha qui souhaite que la crise se règle dans la transparence et le cadre de l'Etat de droit.
Le Burkina Faso, qui a adopté une nouvelle constitution en 1991, année au cours de laquelle le pays a renoué avec le multipartisme, est une ancienne colonie française. Le pays a connu cinq coups d'Etat depuis son indépendance en 1960, dont le plus sanglant est celui de 1987 qui a porté au pouvoir le président Compaoré. Son frère d'armes, le capitaine Thomas Sankara, qui était le président, avait été tué dans le putsch.

