MONROVIA, 8 oct (IPS) – Décidé à transformer le Liberia un Etat en faillite et dans le trouble – en une nation de paix, un haut responsable des Nations Unies a dévoilé des plans pour conjurer une crise qui a déstabilisé la sous-région.
Jacques Paul Klein, représentant spécial de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU pour le Liberia, croit que la paix dans ce pays est la clé de la stabilité dans toute l'Afrique de l'ouest.
La guerre au Liberia a provoqué une circulation transfrontalière d'armes légères et portatives dans la sous-région ainsi que l'instabilité en Sierra Léone, en Guinée et en Côte d'Ivoire voisines.
Klein a eu des consultations avec un large éventail de dirigeants ouest-africains pour recueillir leur contribution sur ce qui doit être fait. "Au cours de ma rencontre avec les présidents de Sierra Leone, de Guinée et de Côte d'Ivoire, ils ont tous souligné l'importance de tenter de contenir les belligérants au Liberia pour stabiliser la région", a-t-il déclaré aux journalistes.
Klein a fait allusion à l'ultime chapitre 7 pour la mission de l'ONU composée d'une troupe de 15.000 hommes, de 200 observateurs militaires et de 1.100 officiers de la police internationale – la plus grande opération de maintien de paix de l'ONU dans le monde – pour démobiliser quelque 40.000 combattants et s'attaquer aux immenses crises humanitaires et politiques du pays.
Il est revenu dans la capitale libérienne, Monrovia, d'un voyage sur Bruxelles, le 1er octobre, où il est allé faire pression pour l'octroi des fonds et de la logistique pour assurer la mission de la force de maintien de paix, à partir d'une force de quelque 3.500 soldats ouest-africains qu'il a recoiffé en tant que premiers membres de la force de l'ONU.
Les soldats ouest-africains ont été envoyés à Monrovia en juillet dernier pour stabiliser la ville, ouvrir la voie pour le départ de Charles Taylor – l'homme perçu comme étant l'architecte du chaos dans la sous-région – et donner la chance aux Nations Unies de mobiliser une force de maintien de paix. Taylor, maintenant en exil à Calabar, dans le sud-est du Nigeria, est le premier dirigeant africain inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Tous les 15.000 soldats onusiens de maintien de la paix et leur personnel d'appui n'arriveront pas dans le pays avant trois mois. Lorsqu'ils sont arrivés sur le terrain, le commandant de la force, de nationalité kényane, le Lt-général Daniel Opande, a indiqué à IPS : "Nous les déploierons progressivement pour restaurer la paix et la sécurité autour du pays".
D'autres pays qui contribueront en troupes comprennent la Chine, le Pakistan, le Bangladesh, la Jordanie, l'Ethiopie, l'Afrique du Sud et la Namibie. Elles seront déployées dans un pays qui a été divisé en quatre quadrants avec une brigade soutenue chacune par un bataillon d'équipement et un hôpital dans chaque quadrant, a expliqué klein.
Avec une troupe aussi immense soutenue par des canonnières d'hélicoptères, l'envoyé a conseillé aux combattants maraudeurs de ne pas défier la force.
"Nous utiliserons tout ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre le mandat du Conseil de sécurité", a-t-il indiqué.
Klein a dit aux rebelles maraudeurs qu'il ne leur restait plus beaucoup de temps. Il a promis de les poursuivre pour avoir violé l'accord de paix signé entre le gouvernement et les rebelles, affirmant qu'il s'est entretenu avec des procureurs à New York sur la nécessité d'étendre le mandat du tribunal spécial en Sierra Leone pour autoriser le transfert des suspects de crimes de guerre du Liberia.
"C'est parce que", estime-t-il, "il est coûteux de créer nos propres tribunaux pour les crimes de guerre ici, maintenant".
La guerre interminable du Liberia, avec l'instabilité dans la région, a poussé plusieurs à se poser des questions sur la place du pays dans le concert des nations.
Klein a affirmé qu'il y avait un consensus général au sein du Conseil de sécurité pour dire que le Liberia est un "Etat en faillite où 85 pour cent de la population du pays (de 3,5 millions d'habitants) sont au chômage, 70 pour cent des belligérants sont des enfants, le trésor a été pillé par des criminels et maintenant nous devons reconstruire le Liberia".
Il a ajouté que les Nations Unies espéraient établir de "bons rapports avec le gouvernement intérimaire du Liberia, plutôt qu'une tutelle qui implique que les gens ne sont pas capables de le faire".
Avec un budget de 280 millions de dollars US, selon Klein, "Nous avons mis au point une bonne proposition pour reconstruire le pays (détruit)".
Les combats de juillet-août à Monrovia ont provoqué une vaste destruction de l'infrastructure sociale. Il a souligné que l'ONU étudierait la reconstruction de "tous les secteurs du Liberia – le réseau téléphonique, électrique, portuaire, sanitaire et éducatif".
Selon des analystes, la tâche à venir est énorme. Plusieurs Libériens croient que la communauté internationale est confrontée à une multitude de défis et ils veulent donc que le monde extérieur prenne des mesures énergiques en désarmant et en démobilisant les rebelles. "Cela va créer un environnement sain et sûr pour le retour des réfugiés et réglera les questions d'ordre public", a déclaré le militant des droits de l'Homme, Thompson Adebayo.
Des dizaines de milliers de combattants au Liberia – dont plusieurs sont des mercenaires venus des Etats voisins – ne connaissent aucune autre vie que celle de tuer, de violer et de piller.
Klein a ajouté qu'après l'instauration de la sécurité sur l'ensemble du pays, les principaux efforts qui suivront seraient de régler l'énorme crise humanitaire. Des travailleurs humanitaires estiment que 60.000 personnes trouvant actuellement refuge dans divers camps de déplacés à Monrovia et ailleurs, vivent dans des conditions effroyables.
Ils ont fui leurs maisons après les attaques des rebelles, et ont peur d'y retourner parce que leurs maisons sont sous le contrôle des rebelles.
"Nous n'avons pas reçu nos rations depuis plusieurs semaines. A cause de l'insécurité, nous ne pouvons pas retourner dans nos villages maintenant", a indiqué Barbara Lormia, âgée de 73 ans.
Barbara s'occupe de 17 enfants et personnes à charge au principal stade de football dans la ville.
"Le désarmement qui est supposé apporter une libre circulation des personnes reste illusoire. Qu'est-ce qui prouve que nous ne serons pas molestés ou même tués lorsque nous retournerons dans nos villages?", demande un maître d'école déplacé.
Klein croit que le principal défi est de "démobiliser tous les belligérants – dont plusieurs sont sans éducation, traumatisés et contraints à faire la guerre – leur trouver un emploi significatif et leur réintégration dans la société".
Sur le rôle des 1.100 officiers de la police internationale, il a indiqué qu'ils "recruteraient, formeraient et reconstruiraient une police libérienne qui comprend son rôle dans une société démocratique – protéger les citoyens".
Il a ajouté que la force de l'ONU entamerait alors la reconstruction d'une petite force de l'armée libérienne – reflétant tous les groupes ethniques et structures dans le pays – la reconstruire et la rendre professionnelle.

