MEDIA: Un journal du Zimbabwe en difficultés se tourne vers le 'Bill Gates d'Afrique'

BULAWAYO, 7 oct (IPS) – Les éditeurs du quotidien indépendant du Zimbabwe, qui a été fermé par le gouvernement, le mois passé, se préparent pour une longue bataille judiciaire en vue de ramener le journal dans les kiosques.

Dans la dernière catastrophe qui lui est arrivée depuis sa création en 1999, le Daily News a été obligé de fermer le 12 septembre, un jour après avoir perdu suite à un recours, devant la Cour suprême, contre une loi répressive qui demande aux organes de presse et aux journalistes de se faire enregistrer auprès d'une institution nommée par le gouvernement.

Le journal ne s'était pas fait enregistrer conformément à la Loi sur l'accès à l'information et à la protection de la vie privée (AIPPA), condamnée dans le pays comme étant un instrument du gouvernement pour contrôler les opérations de la presse indépendante.

Nqobile Nyathi, la directrice de publication de ce qui était le journal le plus populaire et le plus distribué, affirme qu'ils ont l'intention de lutter pour le droit de publier aussi longtemps que durera la bataille.

Dans cette bataille, qui sera certainement longue et coûteuse, ils comptent sur le président de la maison d'édition, le manitou des affaires, Strive Masiyiwa, considéré souvent comme le 'Bill Gates d'Afrique'.

"Le président a dit qu'il soutient le journal quel que soit le temps que cela prendra", a-t-elle indiqué. "Il a assuré les gens qu'il prendra sûrement part au long voyage".

Des membres du personnel du journal soulignent qu'ils ont été assurés de recevoir leurs salaires même si la contestation devant la cour dure des années.

"L'explication donnée était que notre président a beaucoup d'expérience en matière de contestation du système", a déclaré un journaliste. "Il veut utiliser la même expérience pour combattre la AIPPA".

La société de téléphones cellulaires Econet Wireless Holdings, de Masiyiwa – actionnaire majoritaire dans Associated Newspaper of Zimbabwe (ANZ), les éditeurs du 'Daily News' – peuvent compter sur son expérience amère dans la lutte contre l'obstination du gouvernement.

Sous Masiyiwa, Econet, le leader du marché a mené une bataille juridique éprouvante pour obtenir une licence de téléphonie mobile qu'on lui refusait en partie parce qu'il n'aurait soi-disant donné aucune part au neveu du président Mugabe.

En fin de compte, en 1998, Econet a reçu la première licence du pays pour l'exploitation du téléphone mobile lorsque la Cour suprême a statué en sa faveur, mettant fin au monopole dont jouissait auparavant la Société des postes et télécommunications, une entreprise publique, sur les télécommunications.

Econet est devenue depuis l'une des cinq plus grandes compagnies de télécom en Afrique, avec des opérations dans huit pays, dont le Nigeria, la Nouvelle Zélande et la Grande-Bretagne.

Masiyiwa, qui, en 2002, a été désigné comme faisant partie de la Liste des personnes influentes du commerce mondial dans le magazine Times, reste l'ennemi déclaré de l'establishment. Durant ces trois dernières années, il a vécu en Afrique du Sud voisine.

L'administrateur des affaires de l'entreprise à l'ANZ, Gugulethu Moyo, estime que la similarité dans les questions du Daily News et de Econet réside en ce que toutes deux ont rapport à la section 18 de la constitution du Zimbabwe qui garantit la liberté d'expression, autorisant l'entrée d'une multiplicité d'acteurs sur le marché.

Moyo affirme qu'elle est sûre que la raison sortira victorieuse quel que soit le temps que prendra la bataille juridique pour assurer la réouverture du Daily News. "A un certain moment, la justice prévaudra, nous ne soulevons pas de nouvelles questions ici", dit-elle. "Même si cela prendra 20 années, cela va arriver". Pendant ce temps, la police accuse les journalistes du Daily News d'opérer sans l'accréditation de la même Commission sur l'information et les médias, nommée par le gouvernement, contre laquelle le journal proteste.

Si les journalistes sont déclarés coupables, ils risquent une peine maximum de deux ans d'emprisonnement ou se verront contraints de payer une amende de 300.000 dollars zimbabwéens (75 dollars US) ou les deux.

Toutefois, on comprend que depuis que la commission avait refusé l'accréditation aux journalistes, au début de cette année, au motif que l'ANZ n'était pas autorisé, ils pourraient être accusés "d'aider et de soutenir une opération illégale". La police a déjà accusé cinq des huit directeurs de la société d'avoir géré l'entreprise pendant neuf mois sans l'avoir enregistré auprès de la commission. Ils ont dit qu'ils voulaient également questionner Masiyiwa.

Le Daily News – ainsi que ses 45 et quelques journalistes – n'a pas été enregistré auprès de la commission comme l'exige la AIPPA, l'une des lois les plus draconiennes du Zimbabwe, promulguée en mars 2002 au moment où le parti au pouvoir a perdu son soutien au profit d'un parti d'opposition relativement jeune.

A ce jour, les deux autres recours en constitutionnalité contre la AIPPA sont pendants : l'un déposé par une institution de journalistes, l'Association des journalistes indépendants du Zimbabwe (IJAZ) et le second par l'Institut des médias d'Afrique australe (section du Zimbabwe).

Depuis qu'elle a été votée par le parlement, la AIPPA est critiquée pour la limitation de l'accès à l'information détenu par des institutions publiques, et pour la création de la commission qui régule la presse indépendante.

Toutefois, la section 80 de la loi qui prévoit une pénalité contre la publication d'une "contre-vérité" a été rayée par la Cour suprême en mai 2003, lorsque, dans un autre recours en constitutionnalité du Daily News, la cour avait statué en faveur du fondateur du journal Geoff Nyarota et du journaliste Lloyd Mudiwa, qui avaient été tous deux arrêtés et accusés d'avoir publié des "contre-vérités".

Mais dans sa requête perdue contre la AIPPA, l'ANZ avait soutenu que plusieurs dispositions de la loi, y compris la section 66 traitant de l'enregistrement des organes de services de médias, étaient anti-constitutionnelles et qu'il ne pouvait pas donc pas s'y soumettre et s'inscrire conformément à la loi.

La Cour suprême, dans son jugement, a dit qu'elle ne pouvait pas discuter du pour et du contre de la requête de l'ANZ à moins que la société du journal ne se soumette d'abord à la même loi en acceptant de se faire enregistrer.

Un jour après ce jugement, la police a mis sous scellés les bureaux du journal après avoir emporté des ordinateurs et autres équipements. La commission, à son tour, a refusé d'étudier la demande d'enregistrement du journal.

Quelques jours plus tard, l'ANZ a obtenu une ordonnance de la Haute cour demandant de publier l'enregistrement en instance. Mais cette victoire a été de courte durée puisque le gouvernement a contesté le jugement et a refusé de remettre l'équipement saisi par la police ou d'autoriser les membres du personnel à entrer dans leurs bureaux.

Le 1er octobre, le journal a souffert d'un autre coup dur lorsque la Haute cour a rejeté sa demande de restitution des biens saisis. L'ANZ fait actuellement appel contre cette décision.

L'entreprise a déposé également une requête auprès de la Cour administrative en vue d'annuler la décision de la commission.

Tout indique que ceci n'est que le début d'une bataille interminable pour la survie du Daily News qui, depuis sa création, avait bravé les efforts destinés à le fermer. Le journal a survécu à trois attentats à la bombe, au harcèlement de routine du personnel et à des menaces de mort.