EDUCATION: Des solutions radicales préconisées pour résoudre la crise desuniversités africaines

ACCRA, 8 oct (IPS) – Pour résoudre la crise dans l'enseignement supérieur en Afrique subsaharienne, experts et bailleurs de fonds admettent désormais qu'il faut des solutions radicales qui passent par la recherche d'autres sources de financement, même si l'Etat doit rester le principal bailleur du secteur.

Selon des experts et représentants des pays de l'Afrique subsaharienne qui se sont réunis à Accra, au Ghana du 23 au 25 septembre, la formule de financement n'est plus à même de répondre aux besoins de formation des pays africains qui doivent, par ailleurs, mettre l'accent sur l'enseignement des matières scientifiques et techniques.

Pour l'Association des universités africaines (AUA), la pression des candidats pour de grandes écoles affecte sérieusement la qualité des diplômes ainsi que celle de la recherche qui y est produite.

"Pendant que les grandes écoles africaines font face à une rareté de ressources, on exige d'elles qu'elles recrutent davantage et produisent des diplômés prêts à être employés immédiatement", lance le professeur Akilapka Sawyer, secrétaire général de l'AUA.

L'enseignement supérieur, qui était, selon les participants, en grande partie dépendant des gouvernements ou des contribuables, ne peut plus faire face aux coûts élevés pour la prise en charge qui ne cesse d'augmenter.

Seulement 3,5 pour cent des jeunes en âge de fréquenter l'enseignement secondaire, sont inscrits en Afrique subsaharienne. "Ce taux faible ne s'explique pas par le manque de candidats", explique la ministre ghanéenne de l'Enseignement supérieur, Elizabeth Ohene.

"Ce n'est plus une question de barrière linguistique ni de géographie. Il y a aujourd'hui une réalité à savoir, notre enseignement supérieur fait face à une crise sans précédent et il faut des solutions radicales qui passent par une meilleure concertation entre les acteurs du continent", explique Hamidou Boukary, chargé de programme à l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA).

Selon Bruce Fredriksen, conseiller de la Banque mondiale pour les questions d'éducation, le système est en crise parce qu'il a été conçu pour l'élite et non pour un grand nombre d'étudiants. Ensuite, il n'a plus les moyens de financement nécessaires pour former les ressources humaines dont a besoin l'Afrique. "Cette crise arrive à un moment où les économies, qui doivent supporter ces institutions, font face à une récession sans précédent", dit-il.

Selon les participants qui ont passé en revue le système de gestion des grandes écoles africaines, il est évident que l'Etat à lui seul ne peut plus tout faire ni ne doit s'entêter à le faire.

"Il est clair que certains aspects de la vie des étudiants doivent revenir à d'autres acteurs du privé qui, en retour, vont payer des taxes utilisables pour la formation des étudiants", affirme Fredriksen.

Les grandes écoles ont été appelées à "vendre" leurs services dans leur milieu pour développer des ressources propres ou à placer des étudiants dans certaines entreprises qui pourraient payer, en compensation, les études de ces futurs cadres.

L'Institut rwandais de science et de technologie, une école qui a été construite après le génocide de 1994, est aujourd'hui une histoire de réussite. Il parvient aujourd'hui à obtenir 45 pour cent de son budget en travaillant pour des sociétés de la place, comme celles de l'électricité et l'eau.

Cette année, l'institut est parvenu à engranger 3 millions de dollar US.

"Cet argent, nous l'utilisons pour acheter des ordinateurs, la craie et pour la formation des enseignants", selon Silas Lwakakamba, directeur de l'institut. "Nous ne sommes pas totalement indépendants, mais nous ne dépendons pas totalement du gouvernement", explique-t-il.

"Nos étudiants vont sur le terrain au sein des communautés pour proposer notre savoir-faire en les formant souvent sur l'entretien de leurs outils et l'amélioration de leur cadre de vie", dit-il.

La Banque mondiale a indiqué qu'elle continuerait à accorder une grande importance à l'enseignement de base, même si l'accent sera désormais mis sur l'enseignement supérieur qu'elle ne peut pas laisser se dégrader continuellement.

"Il faut que les pays en fassent une priorité pour que la banque y accorde une importance dans l'accord des prêts car il en va de leur indépendance vis-à-vis du reste du monde", indique Fredriksen. Il suggère également que les pays incluent le développement de l'enseignement supérieur dans leur cadre stratégique de lutte contre la pauvreté afin que le secteur bénéficie de certaines facilités d'investissement.

La Banque mondiale, qui dépense déjà 400 millions de dollars par an pour l'éducation dans 45 pays en Afrique subsaharienne – dont la moitié va au secteur de l'éducation de base -, se dit prête à revoir à la hausse sa contribution jusqu'à 500 millions de dollars l'an. Mais elle attend des propositions et des priorités des ministères des Finances avec des projets clairs pour l'enseignement supérieur.

Dans le cadre des réformes, plusieurs pays accordent des prêts scolaires aux étudiants, mais des difficultés persistent dans recouvrement de ces fonds, reconnaît l'AUA. Seule l'Afrique du Sud a réussi un système efficace de recouvrement des emprunts. Cette mesure s'accompagne souvent par le gel d'une grande partie des bourses, l'introduction des frais d'inscription suivis de l'augmentation de ces frais et de ceux des frais de restauration. Cependant, fait remarquer l'ADEA, ces mesures ne doivent pas s'appliquer à tous les pays de façon systématique. "Nous recherchons des solutions, mais adaptées aux réalités des pays en fonction du tissu socioéconomique local", explique Boukary. "Il faut créer un climat favorable au changement et pour cela, nous avons besoin d'une volonté politique et d'un changement de culture", ajoute-t-il.