SANTE-TOGO: Un plan d'action élaboré pour la prise en charge des orphelinsdu SIDA

LOME, 6 oct (IPS) – "Nous sommes cinq enfants, nos parents sont morts, mes quatre frères ont été récupérés par des proches parents qui malheureusement les maltraitent, ils mangent à part et sont marginalisés, ce qui les affecte sérieusement et c'est d'ailleurs visible", témoigne Kodjo Koffi (un surnom).

Les enfants orphelins du SIDA "perdent les possibilités qu'ils ont de bénéficier de l'éducation, de la chaleur de leurs parents, bref, tout ce qu'il y a de psychologique qui puisse alimenter leur évolution", regrette Dr Teyi Lawson, épidémiologiste au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) au Togo. "Si nous allons sur un autre plan, ces enfants, surtout lorsqu'ils n'ont plus aucun parent, et en plus, aucun autre soutien et qu'ils sont obligés, à un moment donné, de travailler eux-mêmes, ou lorsqu'ils doivent trouver des moyens eux-mêmes pour survivre, ils s'adonnent à des pratiques peu recommandables", explique Lawson. Les enfants sont l'objet de rejet, de stigmatisation et de marginalisation.

Leur bien-être et leur sécurité sont ainsi compromis. Ils rencontrent des difficultés pour se nourrir, pour avoir des soins, se vêtir et se loger. Lawson révèle que la communauté semble plus soudée en milieu rural qu'en milieu urbain. "En milieu rural, les orphelins peuvent avoir plus de chance au plan psychologique de bénéficier de l'appui des ménages de proximité et des ménages de la famille élargie, mais il se fait que le milieu urbain a plus d'enfants orphelins ou rendus vulnérables par le SIDA", indique-t-il.

Seules quelques structures associatives et communautaires tentent de venir en aide à ces enfants orphelins en zone urbaine. "Il existe des ONG, des centres de réinsertion qui mènent des actions de réhabilitation, de réintégration à l'égard des enfants", affirme Boyodi N'Dadiya, ministre des Affaires sociales, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfance. "Mais malheureusement, ces efforts restent en deçà des attentes à cause de l'ampleur du phénomène du SIDA", révèle-t-elle.

Aïchatou Flambert, représentante du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Togo, déplore la faible mobilisation pour les orphelins et les enfants rendus vulnérables du fait du SIDA.

"Ils sont vulnérables parce qu'ils ne bénéficient pas de l'encadrement et de l'amour familial pour les conduire dans la vie, vulnérables également parce qu'ils font l'objet de discrimination et de stigmatisation, mais aussi parce que les familles ne disposent plus de ressources financières pour leur donner des soins appropriés", déclare Flambert. La prise en charge de ces enfants s'avère une priorité. "Cette prise en charge commence avant le décès des parents; nous nous intéressons à l'enfant du vivant des parents", indique Stella Kouak de l'association Vivre dans l'espérance. Cette association assure la prise en charge médicale, scolaire, nutritionnelle et psychologique des orphelins et enfants rendus vulnérables par le SIDA. Elge Boccovi, pédopsychiatre, propose un accompagnement et un suivi des enfants dès que les parents sont malades. "Cet accompagnement se poursuit après le décès des parents et quand les enfants doivent poursuivre leurs activités comme l'école", estime-t-elle.

Mais ces différentes actions doivent faire l'objet d'une harmonisation pour que la prise en charge des enfants soit efficace. C'est ce qui a motivé l'élaboration, au Togo, d'un plan d'action national pour la prise en charge et la protection des orphelins et autres enfants rendus vulnérables par le VIH/SIDA. Le plan d'action comprend le renforcement des capacités communautaires pour la prise en charge des enfants et orphelins rendus vulnérables par le SIDA, la mise à jour du code de l'enfant pour que la prise en charge soit efficace, et d'un plaidoyer pour la création d'un cadre juridique pour les enfants. Le plan prévoit également de coordonner les interventions des acteurs dans le domaine de la prise en charge des orphelins du SIDA.

Le plan d'action a été élaboré après des échanges sur l'identification des besoins prioritaires de protection et de prise en charge des enfants, le recensement des mécanismes existants en vue du renforcement des moyens dont disposent les familles. Il a été élaboré en septembre à l'occasion d'un atelier national à Lomé, la capitale togolaise, qui a examiné les informations disponibles sur la question des orphelins et enfants rendus vulnérables par le SIDA.

Le plan devra être soumis à des experts qui en détermineront le coût, selon les participants. L'UNICEF et l'Etat togolais font partie des sources probables de financement du plan. Selon un document publié à l'occasion de la rencontre, il est difficile de connaître le nombre total d'enfants rendus orphelins à cause du SIDA au Togo. "A ce jour, les analyses disponibles dans le pays sont peu nombreuses et incomplètes et ne permettent donc pas de connaître l'ampleur du phénomène des orphelins", lit-on dans le document de l'atelier.

Le document fait néanmoins état des estimations de l'ONUSIDA, selon lesquelles le nombre d'orphelins du SIDA encore en vie au Togo en 2002 est de 63000. En 1999, 3.300 décès d'enfants suite au SIDA avaient été enregistrés.

Les estimations de l'ONUSIDA indiquent que le pourcentage d'orphelins, toutes causes confondues, était évalué au Togo à 10,9 pour cent des enfants âgés de zéro à 14 ans en 2001. Le taux de prévalence du VIH au sein de la population adulte est de 6 pour cent. Ce pays d'Afrique de l'ouest compte environ 4,5 millions d'habitants. "Une collecte et une analyse des données sur la situation des orphelins et des familles affectées par le SIDA sont aujourd'hui indispensables", souligne le document de l'atelier.

Si ces données sont connues, elles "permettront d'évaluer, d'une part, l'impact de la crise sur la situation éducationnelle, nutritionnelle, psychosociale et médicale de ces populations affectées et, d'autre part, d'apprécier les forces et les faiblesses des stratégies actuellement utilisées pour leur prise en charge", ajoute le document.