BLANTYRE, 3 oct (IPS) – Ancien activiste anti-apartheid et prêtre anglican sud-africain de premier plan, l'archevêque émérite Desmond Tutu a demandé aux dirigeants africains d'augmenter la pression sur Robert Mugabe pour améliorer la performance du pays en matière de droits humains.
L'archevêque Desmond Tutu, qui était en visite au Malawi le week-end dernier, a indiqué dans une interview à IPS que quand les dirigeants africains négocient avec Mugabe, ils devraient lui signifier clairement qu'ils sont choqués par les violations des droits de l'Homme qui se déroulent dans cette nation d'Afrique australe.
"Le moment est arrivé pour les dirigeants africains de se lever et d'exprimer leur préoccupation par rapport à l'aggravation des violations des droits humains au Zimbabwe. Si les violations des droits de l'Homme continuent d'empirer, la crise économique et politique au Zimbabwe sera difficile à régler", a déclaré Tutu.
Tutu était au Malawi un invité d'honneur à une conférence régionale de l'Union internationale contre la tuberculose et les maladies pulmonaires (IUATLD). La réunion s'est déroulée dans la capitale Lilongwe, la semaine dernière.
Au cours de sa visite, Tutu a eu des discussions avec le président malawite, Bakili Muluzi qui – aux côtés des présidents sud-africain Thabo Mbeki et nigérian Olusegun Obasanjo – sont les principaux négociateurs de paix dans la crise politique zimbabwéenne.
Tutu a loué Muluzi et ses deux autres collègues pour avoir joué un rôle important et exprimé un vif intérêt dans la crise politique zimbabwéenne.
Il a dit que leurs initiatives avaient commencé par montrer certaines dividendes, mais qu'on devait faire beaucoup plus.
"La crise zimbabwéenne a affecté toute la région d'Afrique australe et il est nécessaire pour les dirigeants africains de lui trouver des solutions rapides. Lorsque les choses vont mal, nous devrions pouvoir nous lever pour dire que ceci va mal", a souligné Tutu.
L'archevêque sud-africain à la retraite a également réaffirmé la nécessité, pour les gouvernements africains, de reclasser leurs priorités afin de vaincre la pauvreté et la maladie au sein de leurs populations.
Tutu a ajouté que les gouvernements africains pourraient augmenter le bien-être de leurs populations avec le peu de ressources à leur disposition. "Utilisons ce que nous avons au mieux de notre capacité", a-t-il dit. "Avec des programmes simples, bien pensés, l'Afrique peut faire une différence".
Le militant non-violent contre l'ancien régime d'apartheid en Afrique du Sud, a conseillé aux groupes de la société civile d'obliger ceux qui sont au pouvoir de libérer la majorité des populations des chaînes de la pauvreté.
"Comment pouvons-nous persuader nos gouvernements de comprendre que c'est obscène de dépenser autant sur les armes en l'absence d'un ennemi externe lorsque les plus grandes menaces, dans la plupart des pays africains, sont la pauvreté, la maladie et l'ignorance".
Pendant ce temps, le président malawite Muluzi a nommé un Haut commissaire au Zimbabwe, le juge à la retraite William Hanjahanja.
Parlant avant son départ pour Harare, Hanjahanja a promis à la presse un dialogue accru entre la ZANU-PF, le parti au pouvoir au Zimbabwe, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition.
Hanjahanja, un ancien juge de la Haute Cour du Malawi et ancien président de la Commission électorale du pays, a déclaré dans une interview, après sa nomination, qu'il était heureux que le président Muluzi l'ait envoyé à Harare.
Il a assuré que pendant la durée de sa fonction, il achèverait les efforts faits par les trois dirigeants africains au début de cette année en vue de faire pression pour obtenir la paix.
"Ce n'est pas un secret que la crise économique et politique au Zimbabwe a beaucoup affecté le Malawi parce que le Zimbabwe est l'un des alliés commerciaux du Malawi dans la région. Plus tôt la crise politique et économique du Zimbabwe prendra fin, mieux ce sera", a indiqué Hanjahanja.
Hanjahanja a affirmé que les problèmes économiques harcelant Harare ont gagné d'autres nations africaines, y compris le Malawi.
Il a dit qu'il a été délégué par le président Muluzi pour jouer un rôle crucial afin de s'assurer que les discussions de paix n'échouent pas. "Le président Bakili Muluzi a déjà fait certaines avancées dans le dialogue entre la ZANU-PF et le parti d'opposition MDC. J'espère que ma présence à Harare faciliterait le dialogue continu, que Muluzi a entamé", a poursuivi Hanjahanja.
Au début de ce mois, Muluzi a eu des discussions avec une délégation du principal parti d'opposition du Zimbabwe, le MDC, conduite par le secrétaire général Welshman Ncube. Les discussions faisaient suite à une réunion organisée au début de cette année par la troïka des dirigeants africains sur la crise zimbabwéenne.
Après avoir rencontré Muluzi, Ncube a indiqué aux journalistes que la délégation du MDC était au Malawi pour briefer Muluzi sur les progrès faits jusqu'ici entre l'opposition et le parti au pouvoir, la ZANU-PF, en vue de réduire la "tension politique" au Zimbabwe.
Ncube a ajouté que même si le MDC ne reconnaît toujours pas le gouvernement du président Mugabe, il s'est conformé à une requête de la troïka Muluzi-Mbeki-Obasanjo de réduire la tension politique au Zimbabwe.
"Pour montrer notre engagement à faire baisser la tension politique, nous avons décidé de commencer par prendre part aux travaux du parlement", a-t-il indiqué.
Ncube a également dit que le dialogue entre les deux partis, qui a été lancé par les leaders religieux, progressait bien. Il a affirmé qu'il avait bon espoir que la troïka convoquerait bientôt une autre réunion pour passer en revue les progrès et établir la voie à suivre.
Pendant ce temps, le président zimbabwéen a appelé, la semaine dernière, à une unité avec l'opposition. S'exprimant au cours de la cérémonie d'enterrement de son vice-président Simon Vengai Muzenda, le président Mugabe a dit que le MDC était libre de ne pas être d'accord avec le gouvernement, mais devrait cesser de s'assurer les services de la Grande-Bretagne dans le débat.
Il a ajouté que les Zimbabwéens devraient travailler ensemble quelle que soit la couleur de leur peau ou leur affiliation politique. Selon le journal d'Etat, le Herald, Mugabe aurait salué la présence de la direction du MDC à la cérémonie d'enterrement.
Mugabe aurait déclaré publiquement que les solutions aux problèmes du pays devraient être discutées sur le plan interne sans l'implication ni l'interférence des étrangers.
"Il est vrai qu'il y aura des différences, juste comme cela aurait été le cas si j'avais des disputes avec mon petit frère. Mais nous devrions faire en sorte que les disputes restent à l'intérieur de notre maison, et non les amener dans la maison du (Premier ministre britannique Tony) Blair", aurait déclaré Mugabe dans le Herald.
Il a indiqué que les discussions sur l'unité ne devraient pas être organisées dans le vide, mais devraient se faire d'une façon directe et se concentrer sur l'obtention de certains points essentiels. Il a ajouté que la ZANU-PF et le MDC étaient des "fils du pays et qu'ils devraient se comporter comme des fils du pays".
"Chaque Zimbabwéen avait le droit de danser. Aussi entretenons-nous le droit de lutter pour cela lorsque c'est menacé par d'autres du dehors. Qui sommes-nous, et que sommes-nous? Ce sont des questions qui doivent auxquelles nous devons répondre".
De hauts responsables du MDC, y compris le vice-président national du parti Isaac Matongo, et le secrétaire général adjoint Gift Chimanikira, ont pris part à la cérémonie d'enterrement de Muzenda.
Commentant le discours de Mugabe, un responsable du MDC, Paul Temba Nyathi, a déclaré : "C'est la responsabilité d'un leader de prononcer un discours rassembleur afin de réduire la tension". Nyathi a dit que le MDC a décidé de participer à la cérémonie d'enterrement de Muzenda en raison de la contribution positive qu'il a apportée à la libération du Zimbabwe.

