NAIROBI, 26 sep (IPS) – "Nous voulons des médicaments! Vous parlez alors que nous mourrons", déclaraient, en colère, certains des activistes du SIDA qui protestaient mercredi contre la non-fourniture, par leurs gouvernements, des médicaments anti-rétroviraux (ARV).
Certains se roulaient par terre alors que d'autres criaient et marchaient, d'un bout à l'autre de la 13ème Conférence internationale sur le SIDA en Afrique (CISMA), s'arrêtant devant les sièges des donateurs et les firmes pharmaceutiques.
Revêtant des T-shirts déclarant leur statut séropositif, la centaine et plus d'activistes sous le Mouvement panafricain d'accès au traitement de VIH/SIDA (PATAM), a exigé des médicaments pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Le PATAM est une coalition panafricaine d'activistes et de personnes vivant avec le SIDA, qui se sont engagés à mobiliser les gouvernements et les communautés pour garantir l'accès au traitement abordable du VIH/SIDA.
Ils ont demandé aux gouvernements de mettre en œuvre leur plan national de traitement anti-VIH/SIDA afin d'atteindre l'objectif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) consistant à garantir les ARV à 3 millions de personnes dans les pays en développement d'ici à la fin de 2005.
Quelque six millions de gens dans les pays en développement ont des infections de VIH qui nécessitent un traitement anti-rétroviral, mais moins de 300.000 sont actuellement sous traitement.
En Afrique subsaharienne, où vivent plus de 29 millions des 40 millions de sidéens dans le monde entier, moins de 50.000 ont accès à la thérapie anti-rétrovirale.
"Je suis en vie aujourd'hui parce que j'ai accès au traitement, qu'en est-il des milliers de gens qui n'y ont pas accès", a déclaré Prudence Mabele, de Campagne d'action pour le traitement, basée en Afrique du Sud.
Mercy Otim, de la Coalition kényane pour l'accès aux médicaments essentiels, a regretté que son pays n'ait aucun plan national de traitement ARV, alors que "250.000 Kényans ont besoin d'un traitement immédiat ou risquent la mort par suite d'une négligence du gouvernement".
Le prix des anti-rétroviraux au Kenya a baissé de 6.000 Ksh (81 dollars US) à 3.000 Ksh(41 dollars US) par patient et par mois, un montant toujours exorbitant pour une majorité des 2,4 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA dans ce pays est-africain.
Une déclaration du PATAM attribue le manque d'accès au traitement qui prolonge la vie au manque de volonté politique.
"Nous sommes confrontés à d'énormes obstacles; des gouvernements nationaux n'accordent pas la priorité au traitement du VIH/SIDA; des pays donateurs refusent d'honorer leurs engagements à mobiliser les ressources nécessaires, tandis que des firmes pharmaceutiques refusent l'accès aux médicaments essentiels et aux diagnostics en faisant payer des prix exorbitants", affirme une partie de la déclaration.
Un rapport de l'ONUSIDA indique qu'au début de 2000, le prix de la thérapie anti-rétrovirale hautement active (HAART, également connue sous le nom de tri-thérapie), pour un malade par an, coûtait 10.000 à 12.000 dollars US. A la fin de 2000, les prix avaient baissé à 500-800 dollars US par personne par an pour le traitement ARV dans les pays en développement.
Jusqu'en mai 2003, la combinaison de marque, la moins chère, recommandée par l'OMS pour les pays à faibles revenus, était d'environ 675 dollars US par personne par an, et la combinaison générique la moins coûteuse était juste un peu moins de 300 dollars US par personne par an.
Des groupes de défense des droits soutiennent que les prix pourraient chuter, avec le fort taux de prévalence de VIH/SIDA dans les pays en développement.
Toutefois, le directeur de VIH/SIDA à l'OMS, Dr Paulo Teixeira, a réitéré l'engagement de son organisation à permettre l'accès aux ARV pour les millions de personnes vivant avec la maladie dans les pays en développement.
Au début de cette semaine, l'OMS a déclaré une urgence sanitaire mondiale pour l'incapacité à fournir la thérapie ARV du SIDA pour les millions de personnes qui en ont besoin dans les pays pauvres.
"Pour fournir un traitement anti-rétroviral aux millions de gens qui en ont besoin, nous devons changer notre manière de penser et d'agir", a déclaré le directeur général de l'OMS, Dr Lee Jong-Wook. "La vie continue n'aurait pas de sens. La vie continue signifierait regarder des milliers de personnes mourir chaque jour".
La crise ARV s'est manifestée encore le 23 septembre lorsque plus de 200 Kényans vivant avec le VIH/SIDA se sont réunis en un 'tribunal populaire' et ont prononcé un verdict de culpabilité contre le gouvernement et les firmes pharmaceutiques.
Ils ont accusé le gouvernement de Mwai Kibaki de se livrer à des "débats radiodiffusés" au lieu de fournir des médicaments qui prolongent la vie aux millions de personnes infectées par la maladie.
Scandant "Nous voulons un traitement maintenant, nous voulons un traitement maintenant", ils ont montré du doigt les firmes pharmaceutiques parce qu'elles sont intéressées par le bénéfice plutôt que de rendre les ARV accessibles aux pauvres.
Les manifestants se sont réunis devant le lieu où se déroule actuellement la Conférence internationale sur le SIDA.

