LAGOS, 29 sep (IPS) – Amina Lawal, condamnée à mort par la lapidation dans l'Etat de Katsina, dans le nord du Nigeria, pour adultère l'année dernière, a été libérée.
La cour d'appel islamique siégeant à Funtua, une ville située à environ deux heures de voiture de la capitale Abuja, a déclaré, jeudi, que la charia n'avait pas été introduite dans l'Etat de Katsina au moment où Lawal avait commis le délit.
La décision a été applaudie par les activistes des droits. "C'est une bonne nouvelle. Même si elle avait été condamnée, il lui resterait toujours des options pour faire appel de cette décision. Nous sommes heureux de constater que c'est le processus de la cour qui l'a reconnue non coupable et non le gouverneur de l'Etat de Katsina qui la gracier après sa condamnation. C'est une bonne nouvelle", a déclaré Okeke Anyia de GADA, un groupe de défense de droits de l'Homme basé à Lagos.
Une responsable de l'Alternative pour la protection et l'avancement des droits des femmes (WRAPA) basée à Abuja, qui a soutenu juridiquement Lawal, a également exprimé sa joie à l'annonce de la décision.
"Le secrétaire général de notre organisation m'a appelée, il y a quelques minutes de Funtua, pour me dire que nous avons gagné le procès. Je suis très contente pour Lawal et pour notre organisation. Tous nos efforts n'ont pas été inutiles", a déclaré, exaltée, la responsable de la WRAPA.
Toro Oladapo, coordinatrice nationale de Femmes au Nigeria (WIN), a qualifié le jugement de louable. "Je suis heureuse qu'aucun précédent n'ait été créé par rapport à la lapidation à mort d'une femme pour adultère. Je remercie tous ceux qui nous ont supportés sur le plan local et international dans la lutte contre la mort de Lawal", a-t-elle indiqué à IPS, dans un entretien téléphonique, jeudi.
Oladapo a souligné que la mort de Lawal, par la lapidation, aurait créé un mauvais précédent au Nigeria. "Nous remercions Dieu, elle a été libérée.
Je suis heureuse que nous n'ayons pas eu à supplier le gouvernement de la gracier", a-t-elle dit.
Une coalition de 30 organisations de défense des droits au Nigeria a fait un appel de dernière minute, mercredi, pour sauver la vie de Lawal. Dans une déclaration, signée par la chargée de programme du Centre de documentation et de recherche des femmes avocates, Titi Salaam, la coalition a condamné ce qu'elle qualifie de préjugés de genre dans les jugements et attitudes des tribunaux de la charia au Nigeria.
"Seules des femmes soupçonnées de commettre l'adultère conformément à la charia sont actuellement poursuivies et condamnées. Les hommes se sont toujours tirés d'affaire faute de preuve", a ajouté la déclaration.
Un groupe de femmes sud-africaines, conduites par la section des femmes du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), a manifesté devant l'ambassade du Nigeria à Pretoria, il y a quelques jours, pour tenter d'obliger le gouvernement à pardonner à Lawal.
L'évêque catholique de Lagos, Olubunmi Okogie, a également rappelé à ceux qui faisaient campagne en faveur de la lapidation pour la condamnation à mort, que le premier et le droit le plus fondamental des êtres humains est le droit à la vie.
Même si le gouvernement avait le droit de punir des coupables, de promouvoir la sécurité des citoyens, de préserver la vie et d'assurer la bonne gouvernance, il ne devrait pas s'aventurer dans l'effusion de sang sous aucune forme puisque Dieu et la constitution nigériane l'interdisent, a déclaré Okogie.
Lawal, 31 ans, a été reconnue coupable d'adultère et condamnée à mort par la lapidation, en mars 2002, par un tribunal islamique de première instance à Funtua, pour avoir donné naissance à une fille plus de neuf mois après avoir divorcé. Elle a fait appel de la décision auprès d'une cour supérieure de la charia, espérant voir sa sentence annulée.
Toutefois, le 10 août 2002, la cour a confirmé la condamnation à mort, mais Lawal devrait sevrer son bébé de huit mois avant d'être lapidée à mort, soit cette année, soit en 2004.
Le conseil de Lawal, Aliyu Musa Yawuri, a réaffirmé, à l'audience du second appel à la fin d'août, que conformément à la loi islamique, il y a une disposition selon laquelle une femme pourrait porter "un embryon latent pendant une période de cinq ans à partir de la date du divorce. Lawal avait divorcé depuis environ 10 mois, lorsqu'elle a accouché de sa fille, donc le tribunal aurait dû appliquer la loi en sa faveur".
Yaweri a également indiqué à la cour que Lawal avait retiré sa confession de culpabilité faite en mars 2002.
Mais l'accusation a soutenu que la déclaration de confession ne pourrait être retirée que si une explication alternative pour sa grossesse est présentée, ce qui, selon le parquet, n'était pas le cas. Les cinq juges avaient fixé la date du 25 septembre pour le jugement.
Des centaines de milliers de signatures ont été compilées par des activistes des droits aussi bien au Nigeria qu'à l'étranger, y compris aux Etats-Unis, en vue de sauver la vie de Lawal.
En fait, les groupes de défense des droits étaient inquiets lorsque la Cour supérieure de la charia a confirmé la peine de mort. "Nous avons très peur dans ce cas particulier, le jugement n'est pas, par exemple, compatible avec la constitution nigériane et l'engagement du Nigeria vis-à-vis des instruments internationaux et de la Charte africaine des droits de l'Homme.
Nous espérons qu'on donnera à cette femme le droit de jouir de son droit à l'appel", a déclaré Steven Callow, porte-parole d'Amnesty international, en août.
Une avocate de Lawal et activiste des droits, Hawa Ibrahim, a dit que le Nigeria était signataire d'instruments internationaux et que de telles condamnations à mort ne devraient pas être exécutées. Elle a qualifié le jugement du tribunal de première instance de la charia de cruel, d'inhumain et de traitement dégradant.
Mais le gouvernement avait déjà assuré que personne ne serait tué par la lapidation puisque, sur le plan international, la condamnation et la mise à mort de Lawal allaient avoir un impact négatif.
Dubem Onyia, ancien ministre délégué aux Affaires étrangères, qui a fait connaître la position du gouvernement, a déclaré : "La décision n'est pas une parodie de justice puisqu'il y a des cours supérieures qui doivent encore examiner l'affaire. Le gouvernement nigérian n'a jamais sapé les droits de ses citoyens et ne fermera pas les yeux lorsque ces droits sont menacés. Il est intéressant de mentionner que dans l'histoire de la justice au Nigeria, aucune femme n'a jamais été punie d'une façon aussi ignoble comme l'anticipait ce procès, et cela ne sera pas une exception".
"La constitution nigériane prime dans ce cas. Dans le fonctionnement de notre constitution, lorsque les lois d'un Etat empiètent sur les lois fédérales, les lois fédérales les supplantent généralement", a ajouté Onyia.
Lawal est la seconde femme à être libérée par une juridiction supérieure de la charia après avoir été condamnée à mort par la lapidation pour adultère, par un tribunal islamique de première instance.
Safiya Hussein, une autre femme condamnée par un tribunal inférieur de la charia pour avoir eu un bébé hors mariage, a été libérée plus tard par une juridiction supérieure, suite à la pression internationale et au tollé général des groupes de défense des droits, ainsi qu'à l'intervention de la présidence.
Le Nigeria était près d'être transformé en un Etat paria pour la seconde fois après l'époque du tristement célèbre feu le général Sani Abacha (1993-1998) si la Cour d'appel de la charia n'avait pas annulé le jugement de condamnation à mort contre Hussein et ne l'avait libérée.
Hussein est aujourd'hui une citoyenne de Rome, en Italie, ayant obtenu le droit d'y élire domicile.
La charia a été introduite dans l'Etat de Zamfara, par la campagne du gouverneur Yerima Sani, en 1999, plus comme une plate-forme politique, que pour une raison purement religieuse. Onze autres Etats du Nord ont rejoint depuis la croisade, ce qui fait que des centaines de personnes sont soumises à des sentences cruelles et humiliantes comme l'amputation des membres pour vol et des flagellations publiques pour la consommation d'alcool.

