MBABANE, 25 sep (IPS) – Désireux de lancer des hommes d'affaires locaux, mais manquant de millions de dollars et d'années d'expérience nécessaires pour créer de grandes compagnies, des pays africains ont cherché à renforcer les petites et moyennes entreprises (PME) comme un moyen d'obtenir une classe commerciale autochtone qui peut "accompagner l'économie africaine".
Mais l'ambition dépend de la capitalisation, qui s'est révélée être un défi à obtenir.
"L'Afrique doit mettre son argent là où se trouve sa bouche. Les gouvernements doivent fournir aux petites entreprises des prêts, soit directement, soit à travers des programmes d'habilitation liés aux banques locales. Pour n'importe quel homme d'affaires, le plus grand obstacle pour parvenir au succès est de trouver de l'argent pour démarrer des opérations", a indiqué Joao Chiange, qui poosède un parc de taxis dans la capitale mozambicaine, Maputo.
"J'ai acheté mes taxis avec l'argent épargné en travaillant, et des prêts contractés auprès de ma famille. Je suis un petit commerçant. Mais vous ne pouvez pas capitaliser une concession d'automobiles ou une usine de fabrication de voitures de cette façon", a déclaré Chiange.
"Le manque de capital pour démarrer les affaires est la raison pour laquelle la croissance économique du pays est en train d'être entravée", a écrit le rédacteur économique de 'Times' du Swaziland cette semaine dans un commentaire.
Martin Dlamini, le gouverneur de la Banque centrale du Swaziland, a répété : "Plusieurs Swazis ont le potentiel de diriger des entreprises, mais ils manquent seulement de finance pour démarrer".
D'où doit venir l'argent? Pas du gouvernement, croient les économistes.
L'état annuel du rapport sur l'économie, publié cette semaine par la Banque centrale du Swaziland a réaffirmé : "Tandis que l'implication du gouvernement dans les affaires de prêt d'argent pourrait être perçue comme une mesure positive pour apporter une solution aux difficultés auxquelles sont confrontées les petites et moyennes entreprises dans l'acquisition des fonds, elle rivalise également avec ces banques qui désirent prêter à ces entreprises.
A la lumière de cela, il a été fortement recommandé au gouvernement de se retirer des affaires de prêts d'argent, et de se concentrer sur son rôle de pourvoyeur d'un environnement commercial propice".
La réponse, croit la banque, est de s'assurer que les épargnes privées gardées dans les banques sont dirigées vers des prêts aux petites entreprises.
Les banques ont raison de prêter aux petites entreprises. Ceci créerait de nouveaux clients. Certaines banques régionales offrent, gratuitement, des cours commerciaux, des ateliers et des séminaires à tout entrepreneur potentiel qui est intéressé.
"Nous croyons qu'en rendant nos clients plus prospères, nous garantirons la fidélisation du client, et que nous aurons une nouvelle affaire au fur et à mesure que les entreprises croissent", a déclaré le directeur d'une banque à Nelspruit, en Afrique du Sud.
Mais des banques sont également handicapées par des conditions strictes pour les prêts, qui sont parfois fixées par des agences gouvernementales de contrôle bancaire.
"Au Swaziland, il y a un problème de garantie pour les prêts. Quatre-vingt pour cent de la population vit sur des terres communales sous des chefs, et ils n'ont pas de titres de propriétés pour leurs biens. Les banques demandent une garantie au cas où un prêt ne peut pas être remboursé. Ceci a exclu une majorité d'hommes d'affaires potentiels de la compétition pour les prêts", a indiqué, à IPS, un responsable chargé des prêts dans une banque du Swaziland.
Mais le capital n'est pas la seule nécessité pour garantir la prospérité d'une petite entreprise. L'argent seul ne signifie rien si la connaissance des affaires fait défaut.
"Lorsque les profits des entreprises ne sont pas épargnés, ou sont dépensés imprudemment, l'entreprise ferme évidemment ses portes parce qu'elle n'a pas d'argent pour acheter un nouveau stock. Ainsi, il y a également la nécessité d'éduquer les petits entrepreneurs sur la gestion des affaires, qui les aidera à soutenir leurs efforts avantageusement", a souligné Dlamini, gouverneur de la banque centrale du Swaziland.
"Les gens doivent savoir qu'une entreprise doit d'abord prospérer avant qu'ils ne puissent commencer par s'octroyer eux-mêmes des salaires de leurs revenus; ce n'est pas comme dans les situations actuelles où des gens utilisent les petits profits qu'ils font, et n'arrivent pas ensuite à acheter un nouveau stock", a-t-il dit.
Mais apprendre des tuyaux sur la survie des entreprises est relativement facile, comparé à l'obtention du capital, qui est plus pénible. "Avant tout, les Africains sont confrontés au problème sérieux d'obtention de capitaux pour démarrer une affaire, ce qui, selon moi, peut aider à relever notre croissance économique de son niveau actuel", a ajouté Dlamini.
Plutôt que de compter sur le gouvernement et les banques commerciales, certains entrepreneurs potentiels se tournent vers leurs communautés pour trouver le capital. Au Swaziland, des agriculteurs combinent leurs petites fermes pour former des coopératives et cultiver des produits commerciaux en quantité pour le marché d'exportation. Une telle coopération a inspiré d'autres à trouver l'émancipation à travers eux-mêmes.
"Notre zone avait besoin d'un centre téléphonique. La société téléphonique désirait fournir des téléphones et des lignes en contrepartie d'un versement d'espèces. La communauté a fourni l'argent et m'a confié la direction", a indiqué Nomsa Dlamini, qui était précédemment un secrétaire au chômage.
Le centre téléphonique, situé dans une banlieue de la ville commerciale de Manzini, dans le centre du Swaziland, réinvestit actuellement ses profits dans l'expansion, introduisant une ligne de téléphones fixe, et vendant des journaux, des magazines et l'équipement de téléphone cellulaire.
"Les Africains financent des dépenses funéraires à travers des sociétés funèbres depuis des années. Les gens cotisent de petits montants pour constituer ce qui est nécessaire. Nous aimerions voir cela appliqué à la création des entreprises ", a indiqué le ministre de l'Entreprise et de l'Emploi du Swaziland, Lutfo Dlamini.
Thabo Mboweni, le gouverneur de la Banque centrale d'Afrique du Sud, a dit à un groupe de journalistes économiques récemment : "Nous croyons qu'une marée montante soulève tous les bateaux, donc notre job est de créer un environnement de bonnes conditions économiques. Il revient aux petits entrepreneurs d'en tirer profit, et aux institutions financières privées de leur donner le coup de pouce dont ils ont besoin".
Là où les banques privées ne peuvent pas aider, les entrepreneurs d'Afrique australe se tournent les uns vers les autres, leurs familles et voisins en vue d'obtenir les fonds requis pour réaliser leurs propres rêves d'entreprises.

