ABIDJAN, 25 sep (IPS) – Les Forces nouvelles anciens mouvements rebelles de Côte d'Ivoire – ont annoncé le retrait momentané de leurs ministres du gouvernement de réconciliation nationale, mardi à Bouaké.
Le gouvernement de réconciliation, dirigé par le Premier Seydou Diarra, a été formé aux termes des accords de Linas Marcoussis, en France, en janvier.
Réunies les 21 et 22 septembre à Bouaké, leur fief dans le centre de la Côte d'Ivoire, les Forces nouvelles ont déclaré avoir analysé la situation politico-militaire dans le pays et l'avancée du processus de réconciliation nationale, un an après l'insurrection armée du 19 septembre 2002. Au terme des travaux qui se sont déroulés sous la présidence du secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro, deux principales décisions ont été prises : la suspension de la participation de leurs ministres au Conseil de gouvernement et au Conseil des ministres, ainsi que la suspension de la participation des Forces nouvelles au programme national de démobilisation, désarmement, réinsertion et au comité de réunification. "La prise de ces mesures est consécutive à la mauvaise foi du chef de l'Etat qui, de façon artificielle, bloque le processus de réconciliation nationale", a notamment déclaré Soro. Un blocage illustré, selon lui, par le refus, au Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale, les prérogatives qui sont prévues par les accords de Marcoussis et d'Accra. "Du moment que le partage du pouvoir n'est pas effectif, et que le président (Laurent Gbagbo), défiant la communauté internationale, continue de détenir la plénitude des pouvoirs de l'exécutifà, les Forces nouvelles ont décidé tout simplement de mettre fin momentanément à leur participation au Conseil de gouvernement et des ministres", a-t-il précisé. Soro cite l'exemple de "la nomination des ministres de la Défense et de la Sécurité" qui s'est faite, selon lui, "en violation de l'accord d'Accra".
Recevant une délégation des communautés de l'ouest du pays (région sous contrôle rebelle), le jour même de l'annonce du retrait momentané des Forces nouvelles du gouvernement, le président Gbagbo a réagi en guerrier comme il l'avait fait au moment du déclenchement de la guerre en septembre 2002. "Nous n'allons pas regarder ces rebelles indéfiniment piller nos richesses, il va falloir que nous réagissions un jour", a-t-il déclaré.
Selon le chef de l'Etat ivoirien, "Les commanditaires de cette sale guerre, tapis dans l'ombre mais dont on voit le dos tels des nageurs, n'ont pas encore obtenu ce qu'ils veulent, à savoir la modification de la loi sur le foncier rural et la modification de l'article 35 de la constitution relatif aux conditions d'éligibilité à la présidence de la République".
Sur ces points, Gbagbo s'est voulu très clair. "J'ai été élu pour défendre la constitution de mon pays. Nul ne peut me contraindre à tripatouiller la constitution pour aller à une paix factice", a-t-il dit.
Evoquant la vie de l'Etat, Gbagbo a voulu rassurer les Ivoiriens. "L'Etat de Côte d'Ivoire n'a aucun problème à payer les salaires", a-t-il martelé.
Mieux, le nouveau statut des policiers va entrer en vigueur et le statut des préfets, qui va être signé par le chef de l'Etat, entrera aussitôt en vigueur, a-t-il souligné.
"Ce qui est certain, nos forces armées… ont réussi à sécuriser 90 pour cent de l'outil de production économique. Les 90 pour cent de l'outil économique se trouvent dans les zones sous contrôle des forces gouvernementales", avait déjà déclaré triomphalement le chef de l'Etat, depuis février.
Gbagbo avait ajouté : "C'est pourquoi la Côte d'Ivoire continue de vivre normalement. Ce qui est certain, c'est que nos forces ont réussi à sécuriser 82 pour cent de la population. Voilà la vérité".
Les réactions de la classe politique ivoirienne restent cependant divergentes par rapport à ce clash. Cissé Bacongo, porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR) de l'opposant Alassane Ouattara, estime que "Cette décision est une alerte". "Nous regrettons cette décision pour le pays parce que nous considérons qu'une telle décision pourrait faire peser un grave péril sur le processus qui est en cours. Cependant, cette décision ne nous surprend pas, puisque lors de l'avant-dernière rencontre des forces politiques signataires des accords de Marcoussis, la décision avait été prise, non pas par les Forces nouvelles, mais par d'autres partis politiques de suspendre la participation de leurs ministres au gouvernement de réconciliation nationale". Michel-Benoît Coffi, secrétaire général par intérim du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ancien président Henri Konan Bédié, déclare : "Même si cette décision nous surprend, elle ne nous a pas été notifiée en tant que telle, parce que le vendredi 19 septembre, nous avons eu une première réunion, et une autre le lundi 22 septembre, avec l'ensemble des signataires de Marcoussis. Réunions au cours desquelles nous avions décidé de mener un certain nombre d'actions". La concertation se poursuit, selon lui.
Le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI) du président Gbagbo, Miaka Oureto, estime que "les rebelles ont continué dans leur logique".
"Depuis un certain moment, Soro Guillaume et les Forces rebelles posent des actes graves de défiance. D'abord, à l'occasion de la célébration du 43ème anniversaire de notre indépendance, ils se sont permis d'organiser à Bouaké une cérémonie de prise d'armes", dit-il. "Ensuite, ils érigent des barricades à l'entrée des villes qu'ils contrôlent, ils organisent des administrations pour pouvoir lever l'impôt, etc. Tout ceci traduit manifestement une volonté de sécession", affirme Ouréto. La Côte d'Ivoire est divisée en deux depuis le 19 septembre 2002. Les parties nord et ouest sont occupées par les trois mouvements rebelles dont le plus ancien est le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI). Et le sud est contrôlé par les forces gouvernementales.
Aux termes des accords de Marcoussis, le président Gbagbo avait nommé, le 25 janvier 2003, un Premier ministre de consensus, Seydou Diarra. Le gouvernement complet n'a été formé que le 12 septembre 2003, avec la nomination des ministres de la Défense et de la Sécurité intérieure, respectivement René Amani et Martin Bléou. Des nominations qui ont été contestées aussitôt par les rebelles et le RDR, et qui ont conduit au blocage actuel.

