BAMAKO, 23 sep (IPS) – "Si une solution n'est pas trouvée à la chute du prix du coton, c'est l'avenir de la cotonculture qui sera compromise au Mali", déclare Tahirou Bamba, secrétaire général du Syndicat pour la valorisation des cultures cotonnières et vivrières (SYCAV).
Bamba, qui réagissait à l'annonce de l'échec du récent sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, au Mexique, a ajouté : "L'aide annuelle, apportée chaque année par les pays du Nord à leurs cotonculteurs, nous cause de graves préjudices. Ces subventions occasionnent la baisse du prix du coton sur le marché mondial. Dès lors, notre coton, bien que de meilleure qualité, n'est jamais acheté à un prix rémunérateur".
"Nous (cotonculteurs) sommes surendettés et ne savons même plus à quel saint nous vouer. Dans les principales zones cotonnières (sud du Mali), la misère crève les yeux. Les paysans ne peuvent plus subvenir aux besoins de leurs familles. Les structures sanitaires s'effilochent, les enfants sont de plus en plus déscolarisés", confie Bamba abordé par IPS à Bamako, la capitale malienne.
Bamba ajoute que "Les intrants coûtent chers; le taux d'intérêt des prêts bancaires oscille entre 12 et 14 pour cent. Dans ces conditions, si nous n'avons pas un prix rémunérateur, nous serons obligés d'abandonner le coton", s'indigne-t-il, réitérant les griefs à l'encontre des subventions des pays riches qui, selon lui, font une concurrence déloyale au coton africain.
"Ils subventionnent leur coton, alors que nos gouvernements ne peuvent pas nous subventionner. Or tous les produits vont se retrouver sur le même marché. Si le coton n'est pas bien vendu sur le marché international, la CMDT (Compagnie malienne pour le développement textile) ne peut pas nous accorder un prix assez rémunérateur", explique-t-il.
Pour que vivent réellement les paysans maliens du "fruit de leurs efforts", le secrétaire général du SYCAV exige des pays du Nord, notamment des Etats-Unis, à la fois une compensation financière et le maintien sur le marché mondial d'un prix plancher pour les producteurs du Sud.
"Il faut un prix très rémunérateur pour que nous, les agriculteurs africains, nous en sortions. Les 200 francs CFA (environ 34 cents US) le kilogramme de coton comme prix proposé aux producteurs maliens cette année, soit de 10 pour cent supérieur à celui de l'année dernière, sont largement en deçà de nos attentes", souligne Bamba.
Bamba avait dirigé avec autorité, en 2000, une grève des cotonculteurs maliens qui refusaient de retourner à la tâche tant que la CMDT ne relevait pas le prix de cession du kilogramme de coton de 160 à 200 FCFA (de 27 à 34 cents US environ).
Pour le président-directeur général de la CMDT, Mahamar Agoumour Maiga, "Il convient d'arrêter les subventions". A défaut, précise-t-il, des mécanismes de compensation doivent être trouvés pour combler le manque à gagner des pays pauvres. Selon lui, "tout ce que les producteurs de coton demandent, c'est que des voies et moyens soient trouvés pour qu'ils puissent vivre de leur labeur". La zone cotonnière malienne s'étend sur une superficie d'environ 170.000 km2 où habitent plus de 3 millions de personnes. La CMDT est la principale entreprise d'encadrement et de gestion du secteur cotonnier. L'Etat malien détient la majorité de son capital (60 pour cent contre 40 pour cent à Dagris-France), et elle comptait, en 2001, un effectif de 5.134 travailleurs, avec une masse salariale annuelle de 7,1 milliards de FCFA (environ 12 millions de dollars US).
Le coton est resté longtemps le premier produit d'exportation du Mali, dépassant, entre 1994 et 2000, les 40 pour cent de l'ensemble des exportations du pays. Représentant 14 pour cent du Produit intérieur brut (PIB), le coton fait vivre directement près de 3,5 millions de producteurs sur une population malienne d'environ 10 millions d'habitants.
La baisse des cours mondiaux du coton, liée pour une part importante à la forte subvention dont bénéficient 70 pour cent de la production cotonnière mondiale, a entraîné une crise de la filière au Mali, impliquant, entre autres, une chute de la production, de 400.000 tonnes en 1999 à 243.000 tonnes en 2000.
Le président Amadou Toumani Touré avait indiqué, devant des parlementaires américains en visite au Mali, en juin dernier, que la suppression des subventions américaines (2,3 milliards de dollars en 2001), "va engendrer pour l'économie malienne un gain de plus de 55 millions de dollars par an, une somme qui dépasse la valeur de toute l'aide des Etats-Unis à mon pays".
Selon le président Touré, au lieu de produire des richesses, le coton produit aujourd'hui le chômage et la pauvreté au Mali. "Il y a quelques années, le coton était pour nous une source de richesse; de nos jours, il est devenu un facteur d'appauvrissement", avait-il ajouté devant les parlementaires américains.
Le secrétaire général du SYCAV affirme que depuis le départ, il ne fondait aucun espoir sur le sommet de l'OMC à Cancun d'autant plus que selon lui, "l'OMC n'a jamais favorisé les pays du Sud au regard des multiples violations des règles du commerce international par les pays du Nord".
Choguel Maïga, ministre de l'Industrie et du Commerce, chef de la délégation malienne et porte-parole des "Quatre" pays – Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad – à la conférence ministérielle de l'OMC, déclare, pour sa part : "C'est la première fois que les pays pauvres parviennent à mobiliser toute la communauté internationale autour de leurs préoccupations. Et tôt ou tard, nous aurons gain de cause". Le Bénin, le Burkina, le Mali et le Tchad demandaient à Cancun une décision de démantèlement des subventions. Ils proposaient une réduction graduelle sur trois ans, de 2004 à 2006, au rythme de 33,3 pour cent – par an – du montant total des subventions accordées.

