DROITS-MALAWI: Les travailleurs des médias rejettent l'appel dugouvernement au dépistage du VIH/SIDA

BLANTYRE, 22 sep (IPS) – Des travailleurs des médias au Malawi ont répondu négativement à un appel du gouvernement les invitant à servir de modèles communautaires en allant prendre des conseils et en faisant le dépistage volontaire du VIH/SIDA.

Les travailleurs des médias, qui comprennent des directeurs de médias, des directeurs de publication, des personnalités de radio ou de télévision et des journalistes à Blantyre, la ville commerciale du Malawi, ont rejeté l'appel, affirmant qu'ils craignaient la stigmatisation. Le ministre malawite de l'Information, Bernard Chisale, a invité récemment les journalistes à faire un dépistage du VIH afin de servir de modèles dans la campagne pour un changement de comportement.

Chisale, s'exprimant au lancement du Projet de stratégie d'intervention pour un changement de comportement sur le VIH/SIDA, a indiqué que les journalistes avaient un rôle crucial à jouer dans le changement de comportement des populations à travers leurs articles et programmes.

"J'aurais voulu que des agents de l'Organisation de documentation et de conseils sur le VIH/SIDA au Malawi – MACRO – soient ici. Ils devraient vous faire subir le test de dépistage du SIDA", a déclaré Chisale aux journalistes. Il a ajouté que les masses prendraient les journalistes au sérieux s'ils mettaient en pratique ce qu'ils écrivent.

Mais des interviews réalisées au hasard ont révélé que la plupart des travailleurs des médias malawites étaient réticents à faire le test de dépistage du VIH. Anthony Kasunda, un grand journaliste du 'Daily Times' a dit qu'il n'allait pas faire le test de dépistage à cause de la honte attachée à l'obtention d'un résultat positif. "Les gens diront : voilà le journaliste séropositif. Je n'aimerais pas être soumis à une telle raillerie", a-t-il ajouté.

La journaliste du 'Malawi News', Caroline Somanje, a estimé que le ministre de l'Information n'avait aucun droit de forcer les gens à aller faire le dépistage. "Aller faire le dépistage est un choix personnel. L'on doit être préparé psychologiquement. Des gens sont morts après qu'on leur a dit qu'ils étaient séropositifs juste parce qu'ils ont fait un dépistage au moment où ils n'étaient pas prêts. En réalité, tout le monde devrait être un modèle", a-t-elle souligné.

Le journaliste de l'Office de radiodiffusion du Malawi, Charles Vintula, a dit qu'il supportait l'idée de dépistage, mais a ajouté qu'il n'aimerait pas être présenté comme un modèle. Il a indiqué que certaines ONG profitaient des gens qui déclarent leur statut en se faisant de l'argent et en les présentant dans des villages. "J'aimerais seulement être impliqué dans des activités de VIH/SIDA là où je parlerais de mon statut gratuitement", a-t-il indiqué.

Milly Kafuka, une journaliste de la radio privée 'Capital Radio FM', basée à Blantyre, a déclaré qu'elle n'aimerait pas se faire dépister juste parce qu'elle était une journaliste. "Je pense que la chose la plus importante, c'est d'écrire avec exactitude sur le fléau parce que même si je suis dépistée, cela ne changerait rien. Mais je me concentrerais plutôt à faire efficacement le reportage", a-t-elle dit. Chisale a souligné qu'ils avaient décidé d'instituer le projet après s'être rendus compte que beaucoup de journalistes manquaient de connaissance sur comment rédiger des articles qui renforceraient le changement de comportement. Selon lui, il est nécessaire que les journalistes élaborent des stratégies qui combattraient la honte contre des personnes vivant avec le SIDA. "Vous savez que c'est très surprenant que des gens appellent une personne vivant avec le VIH/SIDA une 'victime du SIDA'. Pourquoi est-ce que vous n'appelez pas une personne souffrant du paludisme 'une victime du paludisme'?", a demandé Chisale.

Le directeur de l'Information du Malawi, Robert Ngaiyaye, a souligné que le projet de deux ans formerait le personnel des médias dans le reportage sur le VIH/SIDA afin qu'ils puissent collecter, analyser et disséminer une information exacte sur la pandémie au sein de la population, dans le pays.

Il a affirmé que les professionnels des médias avaient l'obligation d'écrire positivement sur les expériences des personnes vivant avec le SIDA dans les zones rurales pour combattre la honte attachée à la pandémie.

"Les journalistes devraient prendre des voix positives de personnes vivant avec le VIH/SIDA en publiant des interviews et des témoignages des réalités quotidiennes des pauvres ruraux, et de cette façon, la guerre contre la honte et la discrimination sera gagnée", a déclaré Ngaiyaye.

Il a fait remarquer qu'en écrivant sur le VIH/SIDA avec un visage humain, les médias dissiperaient les mauvaises conceptions et les mythes qui contribuent à entretenir la honte sur la maladie. "Vous devez écrire avec précision et avec compassion en abordant le sort des personnes vivant avec le VIH/SIDA. Vous avez la capacité d'influencer plus efficacement les attitudes et les perceptions de la société envers le VIH/SIDA", a-t-il poursuivi.

Pendant ce temps, un groupe de jeunes célébrités malawites venant de diverses institutions de presse, représentant aussi bien la presse écrite qu'électronique, s'est manifesté et a uni ses forces dans une campagne pour encourager des membres du public à s'abstenir des rapports sexuels occasionnels et des relations sexuelles avant le mariage. Les jeunes célébrités des médias, qui ont formé un groupe appelé Ambassadeurs du SIDA, ont dit que leur première audience cible était les jeunes qui vont à l'école.

Le coordonnateur national de Ambassadeurs du SIDA, Jolly Ntaba, un présentateur à la télévision du Malawi, a souligné que le principal objectif du projet était d'amener les célébrités des médias à se servir de leur popularité et de leur influence pour encourager les jeunes à changer leur comportement.

"Notre objectif est de nous doter d'informations adéquates sur le VIH/SIDA et d'utiliser notre popularité et notre influence pour changer le comportement des jeunes gens", affirme Ntaba. "Nous ne nous appliquerons pas seulement à dire aux jeunes de s'abstenir des unions sexuelles illicites, mais également à leur transmettre la connaissance sur la manière dont ils peuvent s'occuper de ceux qui souffrent du VIH/SIDA, les avantages des conseils et du dépistage volontaire", a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'au lieu de compter seulement sur la presse pour atteindre leurs objectifs, les Ambassadeurs du SIDA ont décidé d'entrer en plein activisme en échangeant avec les jeunes.

Récemment, les Ambassadeurs du SIDA, constitués de Jolly Ntaba, Innocent Gandali et Khumbo Kachibekete de la télévision du Malawi, de Jennifer Mmodzi de l'Office de radiodiffusion du Malawi, de Peter Makossa du journal 'Nation', de John Ng'ambani de l'Association nationale des personnes vivant avec le VIH/SIDA (NAPHAM) et de Ken Manana, un musicien de l'orchestre familial des Adams, ont visité dix écoles secondaires dans le nord du Malawi pour discuter des stratégies de prévention avec les élèves.

"En tant que jeunes menant une vie publique et posant comme modèles, les Ambassadeurs ont décidé d'échanger avec les élèves du secondaire pour partager avec eux l'importance de l'abstinence. Notre interaction avec les élèves dans le nord du Malawi a fait une grande différence. La curiosité, les questions, le drame et les témoignages, que les élèves ont partagés avec nous, montraient qu'à part l'écriture, l'interaction est très importante dans la lutte contre le VIH/SIDA parmi les jeunes", a déclaré Ntaba.

Selon lui, la jeunesse est le secteur de la population le plus susceptible d'être impliqué dans des activités ayant un risque d'infection de VIH plus élevé. Bien que les jeunes soient ciblés dans les campagnes de VIH/SIDA, les voix sont restées silencieuses. Les activités des Ambassadeurs du SIDA ont offert une opportunité aux jeunes pour discuter, partager et apprendre sur le VIH et le SIDA.

L'activisme des médias contre le VIH/SIDA remonte au milieu des années 1990 lorsque le journaliste malawite expérimenté, Kaulanda Nkosi, a déclarait publiquement qu'il était séropositif. Il a voyagé à travers tout le pays pour donner aux gens des enseignements sur les dangers, les mesures préventives et les méthodes de soins aux personnes affectées et infectées par le VIH. Nkosi est mort à la fin des années 90. Les Ambassadeurs du SIDA poursuivent la tradition en tant qu'une nouvelle génération de célébrités des médias qui dénoncent le VIH et le SIDA.