LAGOS, 19 sep (IPS) – Les mesures sévères introduites dans les années 1990 pour contenir les activités des cultes dans les institutions d'enseignement supérieur au Nigeria semblent être en train d'échouer.
Les mesures, qui incluaient le renvoi et la condamnation à mort, ont porté des fruits seulement aux premières étapes, avec la renonciation publique des étudiants à appartenir aux sectes.
Les membres sont entrés dans la clandestinité après que le gouvernement a déclaré une guerre totale à leurs organisations, suite à un meurtre à l'Université Obafemi Awolowo, à Ilé-Ifè, dans l'ouest du Nigeria. Elles ont maintenant refait surface et opèrent sur la plupart des campus, en particulier dans le sud du pays.
Des milliers d'étudiants ont renoncé à leur appartenance et ont remis leurs insignes aux autorités universitaires dans les années 90.
A la mi-2001, deux ans seulement après que les étudiants ont commencé par renoncer à leur adhésion, les activités des cultes ont repris de nouveau, prenant une dimension effrayante aujourd'hui.
En septembre 2001, un étudiant a été tué par des membres du culte de tir à l'arme à l'Université d'Etat de science et de technologie d'Enugu, dans l'est du Nigeria. Deux étudiantes, qui seraient impliquées dans le meurtre cultuel à l'Université d'Ilorin, dans le centre du pays, en août 2001, ont été arrêtées par la police juste au moment où des affrontements sanglants entre deux groupes de culte rivaux à l'Université de Benin, dans le sud du Nigeria, faisaient plusieurs blessés parmi les étudiants. Les autorités de l'université ont conseillé aux groupes de culte de rester en dehors du campus.
En mars 2002, un étudiant à l'Université Ambrose Alli dans l'Etat d'Edo, dans le sud du Nigeria, a été décapité par des membres présumés d'une secte, qui ont emporté sa tête. Le corps sans tête a été retrouvé plus tard dans un buisson proche de l'université et portait des coups de machette.
Entre 1993 et 2003, au moins 115 étudiants dans diverses institutions d'enseignement ont perdu la vie pour cause d'activités violentes liées au culte. Durant la même période, 665 étudiants ont été punis pour leur implication dans des activités des sectes, sur lesquels 535 ont été expulsés et 129 ont écopé de diverses périodes de suspension, selon Ika Onyechere, directeur exécutif du Projet d'examen d'éthique.
A un séminaire récent à Benin, la capitale de l'Etat d'Edo, Onyechere a indiqué que c'était inquiétant que les sectes aient connu une expansion rapide, envahissant les écoles post-primaires.
Le président Olusegun Obasanjo, préoccupé, a également regretté que malgré les efforts du gouvernement pour supprimer les sectes des institutions scolaires de la nation, des jeunes s'y laissent toujours entraîner.
"Les autorités universitaires devraient prendre des mesures punitives appropriées pour traiter avec fermeté le cancer qui tente de détruire nos jeunes", a déclaré Obasanjo au début de cette année.
L'année dernière, Obasanjo a demandé aux autorités universitaires de construire plus de foyers pour les étudiants, croyant que les activités de culte augmentaient parce que la plupart des étudiants vivent en dehors des campus. Il existe 64 institutions d'enseignement supérieur appartenant au gouvernement fédéral, aux 36 Etats et aux privés, au Nigeria.
La recrudescence des sectes, des massacres et de la violence aveugles dans les institutions universitaires a pris une autre dimension à l'Université d'Etat de Lagos étant donné qu'un site de tuerie rituelle a été découvert non loin du campus en août.
Le corps de Peters Adaba, âgé de 24 ans, étudiant en dernière année de licence d'anglais a été découvert, avec ses yeux arrachés et une partie de sa peau entaillée.
Des responsables d'étudiants, accompagnés d'agents de sécurité sur le campus, ont conduit des journalistes sur le lieu, situé à quelque trois kilomètres du principal campus. Le corps a été retrouvé dans une section non habitée et non exploitée de l'université où plusieurs parties d'êtres humains, des articles comme des habits, des chaussures et des sacs à main ainsi que des bouteilles cassées et d'autres objets dangereux jonchaient le site, preuve que celui-ci était actuellement utilisé pour des tueries rituelles.
Des villageois ont raconté des histoires horribles sur comment, à plusieurs occasions, certains étudiants ont été amenés sur le site, comment ils ont été harcelés et battus, tandis que les filles étaient violées et abandonnées par des étudiants membres présumés des sectes.
La découverte de ce corps n'a pas empêché les étudiants des sectes d'abattre un étudiant en dernière année d'économie à l'Université d'Etat de Lagos à la fin d'août. L'étudiant assassiné était soupçonné d'appartenir à une secte rivale.
Selon des articles de presse, l'étudiant assassiné a été persuadé par la ruse de sortir de la salle de cours, par ses assaillants qui l'ont plus tard fusillé après une dispute et une bagarre.
Un membre présumé d'une secte, qui serait impliqué dans l'assassinat, a été arrêté par la police. L'assassin présumé de l'adolescent, décrit par la police comme un ancien étudiant de l'université, avait en sa possession, au moment de l'arrestation, plusieurs cartes téléphoniques, quelques amulettes et un bout de papier sur lequel étaient écrites des incantations. Le gouverneur de l'Etat de Lagos, Bola Tinubu, a prévenu que son gouvernement traiterait les membres de groupes de culte dans les institutions universitaires comme des criminels. "Nous ne pouvons pas permettre que nos institutions soient transformées en champ de bataille où coule abondamment le sang. Nous sommes alors déterminés à éjecter tous les étudiants membres des sectes de nos institutions. Tout étudiant arrêté écopera de la peine capitale", a-t-il averti.
Mais Kayode Oloke, l'avocat assurant la défense des deux étudiants membres présumés de la secte à Institut universitaire de technologie de l'Etat de Kwara, dans le centre du Nigeria, affirme que l'implication des étudiants dans les activités de culte des sectes, n'équivaut pas à une violation de la constitution du Nigeria.
Oloke a indiqué à la cour la semaine dernière : "Le fait d'appartenir ou d'être membre d'un culte secret au Nigeria n'a pas été proscrit par aucune loi nigériane". Selon lui, les accusations liées aux cultes ne peuvent être jugées que par des tribunaux spéciaux traitant de délits divers, une juridiction qui n'existe pas actuellement dans le pays.
Des parents sont inquiets que les tribunaux ne puissent prononcer des condamnations sévères contre les suspects.
"Aucun des étudiants arrêtés n'a été condamné à mort pour avoir tué un camarade étudiant, tout ce que les universités ont fait ensuite, était de renvoyer temporairement ou de suspendre les membres des cultes arrêtés", affirme Johnson Ojo, un habitant de Lagos.

