SANTE-SENEGAL: Des associations féminines anti-SIDA plaident pour unegénéralisation des tests prénuptiaux

DAKAR, 27 août (IPS) – Plusieurs associations de femmes, regroupées au sein d'un collectif dénommé 'CAR-Femmes', ont invité les autorités sanitaires du Sénégal à rendre obligatoires les tests prénuptiaux afin de "protéger les jeunes filles contre la propagation du VIH/SIDA".

Les associations féminines sénégalaises sont soutenues, dans leur action, par l'Association des femmes et des jeunes de la Diaspora pour le développement de l'Afrique (AFDEAA).

Selon Safietou Ba Diop, coordonnatrice de CAR-Femmes, "beaucoup de femmes sénégalaises sont favorables à ces tests prénuptiaux, qui constituent à leurs yeux le seul moyen sûr et efficace de les prémunir contre une quelconque contamination du virus du SIDA". La présidente de l'AFDEAA, Anne Marie Sow Sall, estime que "pour ancrer la pratique des tests prénuptiaux chez les Sénégalais, il faut davantage miser sur une sensibilisation tous azimuts de toutes les composantes de la société", relevant toutefois que "ce combat est loin d'être gagné eu égard à certaines pesanteurs socioculturelles". La présidente de l'Association d'assistance aux enfants en situation difficile (AASED), Marie Cissé Thioye, affirme qu'il faut rendre obligatoire le test de dépistage avant le mariage, estimant que "cela permettrait surtout d'éviter des unions contagieuses et la naissance d'enfants infectés". Assistante sociale de profession, Thioye pense que la lutte contre le SIDA ne doit plus être menée seulement sur le terrain médical. Le parlement "est interpellé pour légiférer contre la contamination volontaire et en faveur du test de dépistage prénuptial. Jusqu'à présent, la loi ne prend pas en compte cette dimension de la lutte contre le VIH/SIDA", déplore Thioye. "Beaucoup de personnes sont exposées au VIH/SIDA sans le savoir. Ce sont, par exemple, des personnes qui vivent dans un couple légitime ou non et qui se croient protégées parce que fidèles à leurs partenaires. C'est aussi le cas des partenaires concubins des travailleuses du sexe", explique Mariéme Soumaré, coordinatrice de l'Association pour les femmes à risque face au SIDA (AWA).

"En effet, même si ces professionnelles sont souvent bien protégées parce qu'elles sont au fait de la maladie et de ses moyens de transmission, il arrive que certaines d'entre elles refusent leur état de séropositivité", souligne la coordinatrice de AWA, une association qui a principalement pour but de "venir en aide aux femmes à risque, prostituées, femmes en rupture familiale". De nombreuses organisations impliquées dans la lutte contre le VIH/SIDA, comme l'Alliance nationale de lutte contre le SIDA (ANCLS), estiment qu'il est temps que le législateur se prononce sur la contamination volontaire du VIH/SIDA, un acte jugé "criminel".

"Il faut d'abord légiférer pour que le cadre juridique puisse assurer une protection aux individus qui forment un couple", assure Thioye. L'islamologue Babacar Samb appelle à "une plus large sensibilisation des populations, qui donne une place prépondérante à l'abstinence et à un retour aux valeurs culturelles." Selon lui, "le seul moyen d'éviter une propagation du SIDA, c'est d'inviter les jeunes à se ressourcer dans les préceptes religieux qui leur conseillent l'abstinence sexuelle hors mariage".

Récemment, la première dame du Sénégal, Viviane Wade, avait invité les Sénégalais à faire le test de séropositivité pour ne pas contaminer leurs partenaires. Pour elle, "le fait de contaminer volontairement sa partenaire doit être assimilé à un crime intentionnel". Présidente de l'association "Education-santé", Viviane Wade estime que "la seule solution qui vaille pour combattre la propagation du SIDA au Sénégal, est de développer chez nos compatriotes le réflexe du dépistage volontaire".

Malgré l'ouverture des centres de dépistage volontaire du SIDA dans les plus grands centres urbains du pays, la plupart des Sénégalais rechignent encore à effectuer le test de séropositivité. Pour mieux populariser la pratique du dépistage volontaire du virus du SIDA chez les Sénégalais, Viviane Wade a initié une vaste campagne nationale de lutte contre le VIH/SIDA, étalée sur une année, de juillet 2003 à juin 2004. Le thème de cette campagne est "Vivre positivement avec le VIH/SIDA", et se fixe comme objectif d'atteindre un taux de moins de 10 pour cent de nouveaux-nés infectés par le VIH/SIDA".

Selon la première dame, cette campagne doit permettre de couvrir les onze régions du pays, "d'aller de village en village" pour faire la promotion du dépistage volontaire afin de prévenir les nouvelles infections chez les femmes et les jeunes. Elle prévoit également de sensibiliser les élèves, les étudiants, les militaires, "en particulier ceux qui interviennent dans les zones de conflit" ainsi que les familles d'émigrés, à travers des films et causeries-débats, ou encore des visites de travail" de structures de prise en charge de personnes affectées et infectées par le virus. L'association "Education santé" a signé des "protocoles de partenariat" avec plusieurs ministères (Santé, Développement social, Education famille et Solidarité nationale, Forces armées, Jeunesse, Affaires étrangères), ainsi qu'avec le Conseil national de lutte contre le SIDA au Sénégal (CNLS). Le plan d'action initié par Viviane Wade fait suite à la décision arrêtée en juillet par l'Organisation des pays d'Afrique contre le SIDA (OPDAS), mise sur pied par les premières dames d'Afrique à Bamako, au Mali. Par ce biais, les épouses des chefs d'Etat de toutes les régions d'Afrique se sont engagées à faire un plaidoyer contre le SIDA dans la mise en ?uvre des plans stratégiques de leurs pays respectifs.

Selon des données officielles, le Sénégal est l'un des pays les moins affectés par le VIH/SIDA, avec un taux de prévalence de 1,4 pour cent. Fin 2000, les chiffres officiels étaient de 80.000 personnes infectées par le virus dont 77.000 adultes, avec un ratio de neuf hommes infectés pour sept femmes.

Le Sénégal, qui a élaboré un plan national stratégique de lutte contre le SIDA (2002-2006), a pour objectif de maintenir ce taux en dessous de trois pour cent, à l'horizon 2006.