NAIROBI, 28 août (IPS) – L'Union européenne (UE) tire profit du faible pouvoir de négociation de l'Afrique pour gonfler la liste des conditions – attachées à l'aide au développement avec d'autres exigences.
Washington Akumu, un ancien journaliste économique et chroniqueur dans un journal kényan, estime que la plupart des conditions de l'UE frôlent la politique de pure forme et "la forte envie d'être perçue comme politiquement correcte au sein de la communauté des nations".
"Maintes et maintes fois, l'Occident et l'UE en particulier ont appuyé et fait le commerce avec des Etats africains, non pas sur la base de leur adhésion à la bonne gouvernance, mais dans la poursuite de leur propre intérêt de domination", fait-il remarquer.
"Rien ne peut advenir de ces conditionnalités sauf si l'UE aide les institutions africaines comme l'Union africaine (UA) et le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) à développer des mécanismes de contrôle qui fonctionnent. Dans tous les cas, ils sont plus proches du terrain et ont des mains relativement plus propres", note Akumu.
Job Ogolla, du Consortium pour la recherche et le développement économique en Afrique, basé à Nairobi, prétend que certaines des conditions de l'UE, comme l'implication de la société civile et des groupes religieux dans la rédaction de proposition des projets, sont les bienvenues, puisqu'elles sont destinées à protéger contre la corruption des gouvernements.
"Le gouvernement est placé sous le droit de contrôle depuis la conceptualisation des idées jusqu'à la rédaction du projet. Lorsque les projets sont approuvés et que l'argent est envoyé, d'autres parties, à part le gouvernement, seront avisées de cela et les chances de le gaspiller sont par conséquent réduites", affirme-t-il.
"Mais certaines des conditions de l'UE exigent le changement de législation et la mise en place de nouvelles institutions. Ceci pourrait ne pas être une tâche facile pour les pays récipiendaires", souligne Ogolla.
L'UE a souvent exigé la privatisation, des lois d'acquisition et la restructuration de la fonction publique comme conditions pour accorder l'aide aux pays en développement.
L'UE a soutenu que les réformes économiques et institutionnelles étaient nécessaires pour attirer le financement international, et demande aux récipiendaires d'intensifier les réformes pour accroître la confiance des investisseurs.
Plus de 50 pour cent de l'appui de l'EU en Afrique cible la création d'un environnement favorable et viable pour la participation du secteur privé à la revitalisation de l'économie, déplorent des responsables du développement local.
L'infrastructure routière, le tourisme et le commerce sont quelques-uns des domaines clés que l'union privilégie pour ce qui est de la relance de l'économie.
Ogolla a accusé l'Union européenne de manipuler l'Afrique lorsqu'il s'agit de commerce. "Ils nous disent que nous bénéficierons du taux exempté de barrières douanières pour nos matières premières entrant sur le marché européen. Lorsque vous examinez cela d'un oeil critique, l'Afrique est condamnée à rester une économie de matières premières, parce qu'elle fournit à l'Occident des produits bruts, l'Occident transforme et réexporte les produits vers l'Afrique, ce qui n'est pas bien", indique-t-il.
Certains pays africains se sont trouvés en désaccord avec des responsables de l'UE sur des autorisations d'aide. L'année dernière, le Kenya s'est brouillé avec l'Union européenne, l'un de ses principaux partenaires au développement, sur le contenu de l'avant-projet d'un "document national de stratégie", qui définissait les conditions de l'aide.
Le document, préparé par la délégation locale de l'UE, énumérait des conditions inaccessibles en échange de l'aide.
Des responsables gouvernementaux ont soutenu que les termes étaient humiliants et touchaient à la souveraineté.
Le désaccord est intervenu après dix ans de "boycott des donateurs", mais le Kenya ne s'est jamais mis à genoux. Durant cette période, le pillage de l'économie du pays par sa classe dirigeante était au mieux de sa forme.
"Nous avons souffert d'une économie en ruine, mais avons survécu grâce à la résistance des populations", affirme Ogolla.
L'UE a gelé l'aide aux pays accusés de violations des droits de l'Homme et certaines nations africaines sont devenues des victimes.
Les fonds des donateurs au Zimbabwe, par exemple, ont été gelés à cause de – entre autres choses – sa politique agraire, où des terres appartenant à 4.500 fermiers commerciaux blancs ont été distribuées à des Noirs sans terre.
En juillet, l'Union européenne a gelé l'aide au développement à l'Afrique, s'élevant à des "centaines de millions d'euros", avec l'insistance que le président zimbabwéen Robert Mugabe ne peut prendre pas part aux réunions entre l'UE et l'Afrique.
Mugabe a été frappé par une interdiction de voyage en Europe, en accord avec les sanctions de l'UE, mais des dirigeants africains affirmaient que l'Europe ne pouvait pas imposer qui devrait participer aux rencontres.
La première réunion UE-Afrique s'est tenue au Caire, en Egypte, il y a deux ans. La réunion de cette année était supposée se dérouler à Lisbonne, au Portugal. Le porte-parole de l'UE Michael Curtis a estimé que malgré l'annulation de la réunion, le dialogue continuera entre l'union et les pays africains, dont la plupart partagent une aide lucrative de plusieurs milliards d'euros et un accord commercial avec l'union.
L'UE travaille avec l'Afrique à travers l'accord de Cotonou, dont le principal objectif est d'alléger la pauvreté par l'intermédiaire d'une aide accrue et mieux-ciblée, de nouveaux partenariats commerciaux et un nouveau dialogue politique.
L'accord a été signé dans la capitale économique du Bénin, Cotonou, en juin 2000, et établit un lien entre 77 pays en Afrique, aux Caraïbes et dans le Pacifique (ACP) avec les 15 Etats membres de l'UE. L'accord, qui fournit le cadre pour la coopération de l'UE avec des pays ACP, cherche également à libéraliser le commerce entre les deux blocs.
Cette année, l'Union européenne a répondu aux appels des Etats-Unis et de la société civile en vue d'intensifier l'aide humanitaire à l'Afrique en promettant plus de 2 millions d'euros d'aide financière au continent en proie à des troubles.
La France et l'Allemagne, deux des plus grands pays dans l'UE, forte de 15 membres, ont emboîté les pas à l'union en augmentant l'aide financière qu'elles donnent à l'Afrique.
L'Allemagne, la plus grande économie de l'Europe, a accordé 215 millions d'euros supplémentaires pour combattre le VIH/SIDA sur le continent, en plus des 300 millions d'euros qu'elle avait déjà promis à des organismes sanitaires internationaux opérant en Afrique. Le président français Jacques Chirac a dit que Paris allait également tripler sa contribution, la faisant passer de 50 millions d'euros à 150 millions d'euros. Il s'était dit confiant que l'Union européenne se préparerait également, dans l'avenir, à donner un million de dollars pour la cause.
L'aide à l'Afrique subsaharienne a baissé de 16 milliards de dollars US en 1996 à 12,7 milliards de dollars US en 2000.
Selon Oxfam, la plus grande organisation caritative britannique, les dépenses d'aide en Afrique doivent augmenter d'au moins 25 milliards de dollars par an si la région veut atteindre l'objectif de réduction de moitié du nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour, d'ici à 2015.

