SANTE-NIGERIA: Les enfants exclus des médicaments anti-SIDA prolongeant lavie

LAGOS, 27 août (IPS) – Des adultes vivant avec le VIH/SIDA reçoivent des anti-rétroviraux subventionnés, alors que des enfants se trouvant dans une situation similaire ne bénéficient pas des médicaments que le gouvernement a lancés l'année dernière, se plaignent des activistes défenseurs des droits.

"Les enfants infectés ont le droit à la vie comme leurs homologues adultes qui bénéficient actuellement du programme anti-rétroviral du gouvernement", affirme Oba Oladapo, président de l'Association vie positive, une organisation non gouvernementale (ONG).

Oladapo, qui vit avec le VIH/SIDA, soutient que le retard dans l'exécution des plans gouvernementaux d'administration des cocktails anti-rétroviraux à de tels enfants, conduira au décès de plus d'enfants.

Babatunde Oshotimehin, président de la Commission nationale d'action contre le SIDA (NACA), a annoncé au début de cette année que le gouvernement allait bientôt commencer à administrer le cocktail anti-rétroviral à 5.000 enfants. Mais on attend encore que le programme démarre.

Conformément au programme anti-rétroviral, des cocktails de médicaments sont administrés à environ 10.000 adultes infectés à des taux fortement subventionnés de 1.000 Naira (moins de 10 dollars US) par mois. Les médicaments non subventionnés coûtent 50.000 Naira (environ 500 dollars US) par mois. Plus de trois millions d'adultes et 800.000 enfants vivent avec le VIH/SIDA au Nigeria, selon la NACA.

Le président Olusegun Obasanjo se vante que le Nigeria soit le premier pays en Afrique à introduire les médicaments anti-rétroviraux à un prix subventionné pour des personnes vivant avec le VIH /SIDA. "Nous sommes allés jusqu'à ce point dans la lutte contre le VIH/SIDA, alors que d'autres pays se demandent encore si le SIDA existe ou non", a déclaré Obasanjo à la télévision nationale le 24 août.

Il a affirmé que le niveau de prise de conscience fait que les gens ne répugnent plus à faire le test du VIH. "Ils savent qu'il n'y a aucun tabou, et ils savent qu'ils peuvent obtenir de l'aide et qu'on peut leur donner de l'espoir", a ajouté Obasanjo.

Ceci ne peut, toutefois, pas être dit des enfants qui sont quotidiennement infectés sans qu'ils en soient pour quelque chose.

Des statistiques montrent que chaque jour, 17.123 femmes tombent enceintes, au nombre desquelles 993 sont séropositives et 308 transmettent la maladie à leurs enfants. Sur ce chiffre, 246 femmes donnent naissance à des enfants non infectés par le VIH à travers le programme élargi de prévention de la transmission mère-enfant.

La recherche montre qu'il y a près de 40 pour cent de chance que les femmes transmettent le VIH à leurs enfants, 25 pour cent de nouveaux-nés avec le VIH sont infectés durant ou avant leur naissance et environ 15 pour cent de bébés infectés par le VIH le sont à travers l'allaitement. Des ONG ont accepté le défi de réduire la tendance.

Le premier cas de VIH a été enregistré au Nigeria en 1986. Et le rapport 2001 montre que le Nigeria a 3,5 millions de cas de VIH, et les femmes sont en tête avec 55 pour cent, alors que les hommes représentent 45 pour cent des cas. Près de 850.000 décès ont été enregistrés depuis 1986, selon la NACA.

La nouvelle politique nigériane sur le VIH/SIDA, qui a remplacé celle de 1997, a déplacé son centre d'intérêt de l'approche axée sur la santé à l'approche multi-sectorielle. Mais peu de choses ont été dites sur l'assistance aux enfants vivant avec le VIH/SIDA ou aux orphelins du SIDA.

En Afrique, l'Ouganda et le Sénégal ont réduit leurs taux de prévalence de VIH/SIDA. "Si d'autres nations peuvent atteindre de tels résultats, le Nigeria peut en faire de même", a déclaré Obasanjo.

Certaines ONG ont commencé par étudier les voies et moyens d'aider les enfants et les personnes vulnérables dans la société. Par exemple, la Fondation Gede, une ONG contribuant à la santé et à l'espoir en Afrique, a initié deux programmes importants pour s'occuper des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Nigeria.

L'organisation met au point un programme de bourse pour les orphelins et les enfants vulnérables ainsi qu'un programme de nutrition pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA, qui étaient jusqu'ici évités par d'autres groupes. Un million d'enfants nigérians ont perdu leurs parents pour cause de SIDA, selon des chiffres de la NACA.

Jennifer Atiku-Abubakar, fondatrice de la Fondation Gede, souligne que son organisation travaille avec d'autres groupes à la base pour s'occuper des enfants orphelins depuis le jardin d'enfant jusqu'au niveau secondaire. La bourse aidera des orphelins et réduira la pression imposée sur le système social par le nombre croissant des enfants.

"Cela aidera à empêcher ces enfants de commettre des crimes, de s'engager dans la prostitution et d'être victimes des abus sur les enfants dans leurs communautés et au sein de leurs familles", a déclaré Abubakar.